Départ

Sous la contrainte des toupies hurlantes du 30/07

Des vacances, enfin. Longues. Pour se ressourcer d’un job qui l’avait usé et qu’il venait de quitter avec soulagement, Yann avait décidé de partir bivouaquer en totale autonomie pendant trois mois afin de repartir d’un bon pied dans sa vie. Il avait vidé son bureau, restait à faire le sac. Le départ était dans 3 jours.

Yann errait donc, perplexe, de la salle de bain au dressing, du dressing à la chambre et réciproquement, à la recherche d’inspiration sur le contenu de son sac. Ne prendre que le nécessaire, rien de superflu était son leitmotiv. La pince à épiler sur le lavabo l’avait interpellé un moment. Un accessoire léger et peu encombrant. Et puis il s’était ravisé. Il resterait velu et barbu pendant sa retraite. Et, même s’il commençait à avoir des poils dans le nez ou les oreilles, nul n’irait les prendre en photo ni juger de son esthétique là où il irait. C’était la même chose pour les cheveux. Il les raserait au début et il verrait bien. Et puis, fuyant la civilisation, il ne croiserait pas la moindre piscine municipale Il n’aurait donc nul besoin du bonnet de bain qu’il venait de tirer de la boîte aux accessoires sportifs. Il le remisa donc, le laissant de nouveau dans l’oubli.

Un moment de lassitude le prit et il s’assit sur le lit pour faire une pause Comment en était-il arrivé à prendre cette décision de tout quitter et partir en ermite ? Déjà, quitter son boulot était une question de survie. Il n’en pouvait plus de cet entourage professionnel nocif qui était en train de le tuer à petit feu. Il se souvint de ce que son futur ex chef, plus décoratif que vraiment manager, lui avait dit, un verre de vin blanc à la main, à l’occasion du pot de départ auquel il n’avait pas pu se soustraire :

  • Vous vous quittez, c’est dommage pour la société. En tout cas c’est formidable qu’à votre âge vous ayez encore des objectifs de carrière. Je vous souhaite de réussir.

Yann n’avait pas voulu lui répondre que c’était en grande partie à cause de sa toxicité de mouche du coche ainsi que des contraintes de plus en plus ubuesques de son poste qu’il avait décidé de tout plaquer. Mais il n’était pas dupe de l’hypocrisie des propos qu’il venait d’entendre. Et tant pis pour les bougies d’anniversaire pour ses 20 ans de poste qu’une gentille collègue gardait précieusement dans le tiroir de son bureau et qu’elle espérait lui faire souffler. C’était dommage pour elle. Mais pour si peu d’autres.

Ce bref moment de réflexion, assis au milieu du fatras qu’il avait répandu pour en avoir une meilleure vision, l’avait rasséréné. Depuis le temps que ce désir d’évasion couvait en lui. Il se dit qu’il avait eu raison de débarquer et de brûler des vaisseaux derrière lui pour enfin aller de l’avant et vivre. Il reprit donc l’inventaire des affaires à prendre le sourire aux lèvres. Ça allait être bien cette retraite. Il avait hâte.

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