20181216 : oulimots

Une contrainte muette :

Muet, Centre, 11h, Os, Sapeur, Boutique, Après-midi, Plume, Élément.

Elle avait décidé de prendre sa journée pour elle. Un rendez-vous chez l’esthéticienne à 11h pour un soin complet et une épilation, l’après-midi était consacré à écumer les boutiques des copines, loin de l’effervescence du centre de services partagés où elle travaillait. Elle s’y sentait complètement dans son élément et c’était au moins autant pour étoffer son dressing que pour profiter de l’amitié bienveillante qu’elle savait y trouver qu’elle aimait y faire fumer sa carte bancaire.

Elle sortait de la cabine, un énième essayage plus tard, quand elle sentit un regard posé sur elle. C’était un homme entre deux âges, dont la présence dans ce temple du prêt à porter féminin ne semblait même pas incongrue tant il respirait l’aisance. Il lui sourit.

— Vous avez un goût remarquable et je serais bien incapable de déterminer laquelle des tenues que vous avez passées vous convient le mieux. Vous les portez toutes à merveille. Une légère préférence toutefois pour la robe longue bleu nuit et ses plumes dorées. Ma parole d’homme qui vaut ce qu’elle vaut.

Elle resta muette, à la fois soufflée par l’audace de ce monsieur et troublée par ses paroles. Elle se sentait subitement visible, appréciée. Pas comme à la maison où son mari la regardait à peine, complètement obnubilé par les chaînes de sport. Elle dut rougir car le visage de son admirateur s’était éclairé d’un sourire mi-amusé mi-charmeur. Elle s’engouffra de nouveau dans la cabine pour se rhabiller et se donner une contenance. Allait-elle prendre la robe ? Elle lui avait redonné un semblant d’élan mais il y avait un os : elle était un peu chère. Et que dirait-elle à son mari ?

Elle n’eut pas à se torturer l’esprit longtemps. Un sac l’attendait au comptoir. Et une carte.

— Mes conseils valent bien un goûter. Je vous attends.

Suivaient les coordonnées du salon de thé d’un grand hôtel local ainsi qu’un numéro de mobile. Elle ne savait que faire. Son amie trancha :

— Il est marié lui aussi. Mais, je le connais, c’est un adorable garçon et tout ce que tu risques c’est de passer un bon moment. Tu l’appelles ou je le fais à ta place ?

C’était peut-être en effet le moment. D’avoir pour autre horizon que l’écran plasma du salon et de s’émanciper un peu, de travailler un jardin secret qu’elle avait laissé trop longtemps à l’abandon. Elle se sentait de nouveau femme, presque prête à sauter le pas. Elle sourit, satisfaite d’être passée à l’institut le matin même.  Elle y avait opté pour un cœur joliment dessiné et assez consensuel. Le tablier de sapeur qu’elle arborait avant d’y aller aurait-il été du goût de ce potentiel amant ?

Elle composa le numéro.

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