Une contrainte policière

Elle finit d’ouvrir les yeux, un peu amère. Comme elle pouvait le craindre, il n’avait pas fini la nuit en sa compagnie et s’était débiné pendant son sommeil. Une illustration de plus de la faillite de sa vie sentimentale.

Quelle idée aussi de chasser dans les bas fonds agenais. Quelle idée aussi d’avoir accepté cette mutation ici sitôt la proclamation des résultats du concours. Certes, elle était dans le bas du classement. Mais une citadine comme elle ne pouvait que s’étioler dans une ville de moins de 100000 habitants. Il ne s’y passait quasiment rien à l’exclusion des troisièmes mi-temps les weekends et elle commençait à se lasser de sa collection de rugbymen avinés.

Alors quand cet inconnu l’avait abordée ce vendredi soir elle avait cru à une embellie. Il avait été courtois, discret en engageant la conversation et s’était montré d’une culture rare quand elle s’était prolongée. Pour ne rien gâter, il était aussi fin de visage que d’esprit, ce qui la changeait des oreilles en chou fleur et des nez cassés qui faisaient usuellement sa cour. Ce qui le rapprochait pourtant de ses soupirants sportifs était la solide musculature qu’elle avait devinée sous le cachemire noir.

Elle avait très vite eu envie qu’il la prenne dans ses bras. Qu’il la prenne tout court tant il émanait de lui une animalité qu’elle n’avait pas ressentie depuis longtemps. Et, à voir ses yeux, elle avait deviné qu’il n’en pensait pas moins. Ils avaient donc fini leurs verres avec toute la lenteur nécessaire à la sauvegarde des apparence avant de quitter le bar et de s’engouffrer dans un taxi qui les avait amenés sans surprise à un hôtel. Elle ne s’était pas vue le ramener chez elle le premier soir et comprenait aisément qu’il en fît de même.

Le vernis de civilisation qui leur restait avait vite volé en éclats une fois la porte fermée. Ils s’étaient jetés l’un sur l’autre et s’étaient furieusement  dévoré la bouche tout en se débarrassant de leurs vêtements devenus inutiles. Une fois nus, elle s’était arraché de ses lèvres pour s’agenouiller devant lui. Il bandait dur et sa queue, légèrement courbée vers le haut, était une invitation à laquelle elle n’avait pas pu résister. Elle l’avait donc pris en bouche, bien décidée à ne le laisser qu’une fois repue de son sperme. Il avait, dans un premier temps, commencé par se laisser faire. Puis, la saisissant aux tempes, s’était mis à lui imprimer son rythme et sa longueur. Et elle s’était laissée faire, ne voulant plus que s’abandonner entre ses mains. Il allait et venait donc entre ses lèvres, la faisant hoqueter. La salive dégoulinait de son menton sur ses seins mais elle aimait ça.

Il avait toutefois d’autres projets pour elle et finit par se retirer de sa bouche. L’empoignant par la nuque, il la fit mettre à quatre pattes sur le tapis, une joue contre le sol. Ses reins exagérément cambrés, elle avait le cul relevé face à lui dans une offrande obscène, elle attendait qu’il la prenne. Il prit le temps d’écarter grand ses fesses et de cracher sur sa chatte et son anus en une symbolique lubrification avant de s’y enfoncer brutalement. Elle se prit à aimer cette saillie où elle ne savait pas lequel de ses trous serait investi à chaque poussée. Les fibres lui brûlaient coudes et genoux mais elle s’en moquait, tout entière à son plaisir attachée. De temps à autres il se retirait entièrement et ajoutait un peu de salive à ses orifices avant de reprendre son pilonnage.

Combien de fois jouit-elle ? Elle n’arrivait plus à compter, son cerveau complètement déconnecté. Elle n’était plus que sensations physiques. Il l’avait traînée dans toute la chambre, l’avait prise de toutes les façons possibles avant de jouir à son tour, inondant son visage et ses seins. Puis il l’avait portée sur le lit, inerte comme si elle eût été une poupée de chiffon, et l’avait câlinée et couverte de baisers. Tant de douceur après une telle rudesse, elle avait adoré et avait fini par s’endormir, repue, dans le creux de ses bras.

C’était la sonnerie de son téléphone qui l’avait réveillée. On avait besoin d’elle sur une nouvelle affaire. Il fallait qu’elle file au labo récupérer son matériel. Et ce crétin qui, non content de l’avoir abandonnée, avait entouré son corps de fruits secs, jusqu’à lui en avoir inséré un dans le nombril. Comme s’il avait été cuisinier et elle un plat. C’était vraiment n’importe quoi et elle était maintenant poisseuse autant de sucre que de sperme. Elle fila à la salle de bain et prit une douche longue et revigorante, se frottant méthodiquement, avant de se rhabiller et de descendre. La chambre était déjà payée, il avait eu au moins la délicatesse de ne pas lui laisser ce plaisir.

Moins d’une demi-heure plus tard elle était sur les lieux, vêtue de sa tenue stérile pour ne pas polluer la scène de crime. Ce n’était pas beau à voir. Le tueur s’était acharné sur sa victime. Il lui fallait pourtant procéder aux divers prélèvements que nécessitait la procédure habituelle. Et c’est là qu’elle découvrit un corps étranger dans la bouche du cadavre. Il ne fallait pas être invasif mais elle finit par l’extraire avec mille précautions. Et là, elle dut faire un effort considérable pour ne pas laisser la panique la dominer. Car, une fois qu’elle eut l’objet sous les yeux, un titre de la presse locale lui revint en tête :

Le tueur d’Agen dépose un pruneau séché dans la bouche de ses victimes.

Et c’est ce qu’elle avait dans sa pince. Ce qu’elle avait eu tout autour d’elle quand elle avait ouvert les yeux. Et ce souvenir qui lui revenait de la façon qu’il avait eue de la questionner sur sa vie, sa personne, tout quoi. Elle l’avait pris pour de l’intérêt. Ce n’était que le jeu d’un fauve avec sa proie. Elle avait été à la merci de ce criminel toute la soirée ainsi qu’une grande partie de la nuit et s’était même endormie auprès de lui. Elle avala péniblement sa salive. A bien y repenser,  elle l’avait échappé belle. Si elle avait su…

Et elle avait effacé toutes les trace d’ADN qu’il avait pu laisser sur son corps. Sans compter qu’il avait dû “nettoyer”  la chambre et que les femmes de ménage avaient probablement fait le reste à cette heure. L’’enquête allait être difficile. Mais elle se jura qu’elle ferait tout son possible pour qu’il soit capturé. Son métier était de faire parler les cadavres. Celui qu’elle avait sous les yeux serait, elle l’espérait, sa dernière victime.

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