Boire et déboires

Son herboriste le lui avait annoncé : avec ce mélange, il allait lui en faire voir de toutes les couleurs. Encore mieux qu’un arc-en-ciel. Il serait inépuisable et d’une incomparable rigidité. On pourrait y suspendre une balançoire avait-il dit.

Et pourtant…

Après un enchaînement missionnaire, Andromaque, levrette des plus mous, il s’était endormi lamentablement. Au grand dam de son amazone qui s’attendait se faire démonter façon puzzle.

Sa créativité lui avait joué un bien vilain tour. En bon épicurien il avait voulu faire un rhum arrangé avec ces plantes. Sans avoir lu sur le sachet qu’elles potentialisaient les effets de l’alcool.

 

Sous la contrainte des oulimots  du 25/04/2019

Désirs et réserve

J’ai envie d’elle. C’est indéniable. Elle ne peut pas l’ignorer et je crois qu’elle partage ce désir. Ne reste plus qu’à mettre nos corps en présence. Et laisser faire. Ce sera sans nul doute un agréable moment. Et je veux que ce soit caressant. Doux comme je me plais à imaginer sa peau. Mes bras seront enveloppants c’est certain. Et peut-être lui prendrai-je le menton entre mes doigts pour m’emparer de sa bouche. Mon corps me hurle de le faire. Mais mon esprit conserve encore ce vernis de réserve qui m’a souvent desservi. Je souhaite qu’il fissure en sa présence.

Résurgence

Un SMS d’Elle

Il l’espérait mais ne l’attendait plus. Elle avait disparu depuis si longtemps. Mais Elle restait présente dans son esprit. Alors son visage s’était éclairé d’un large sourire quand il avait vu la photo qu’Elle lui avait envoyée. Elle n’avait pas changé. Malgré le temps et l’adversité Elle avait gardé Ses traits de Madonne et Son corps semblait défier les outrages du temps. Car oui, Elle était nue sur le cliché qu’il avait reçu. Une image d’une sensualité incroyable et dénuée de la moindre vulgarité malgré Sa pose. Mais d’ailleurs qui en était l’auteur ? Était-ce Elle ? Avait-Elle usé de ces artifices que permet la technologie pour lui offrir un autoportrait ? S’était-Elle dévoilée sous l’objectif d’un tiers ? Il envisageait cette hypothèse sans la moindre jalousie. Il La savait libre et ça lui plaisait. Il ne cherchait même pas à savoir le pourquoi de Son si long silence. Il était juste heureux d’avoir été l’objet de Son attention par ce message. De savoir qu’Elle pensait à lui quand même.

Il pensa longtemps à la réponse qu’il pourrait Lui faire. Il ne voulait pas La décevoir. Et finalement il se décida à Lui rendre la pareille. Il avait une photo dans ses archives, mais qu’il n’avait encore jamais osé Lui soumettre. C’était l’occasion. Il cliqua sur le bouton d’envoi, tremblant de son audace.

Un nouveau SMS d’Elle.

Un cœur.

Elle aimait.

Pas vu pas pris ?

Il avait la baraka en ce moment. Ou bien prenait-il juste la mesure du charme qu’il dégageait ? Quoi qu’il en soit, les contacts se succédaient et, même s’ils ne se concrétisaient pas forcément en rencontres, c’était un bien joli jardin secret à entretenir.  Alors quelle ne fut pas sa joie quand cette femme, avec laquelle il entretenait une belle relation épistolaire, lui apprit qu’elle passerait bientôt dans sa région et qu’elle aimerait bien le voir. S’en étaient bientôt suivies les coordonnées du lieu où elle lui donnait rendez-vous. Et elle lui promit une surprise.

Il fut à l’heure devant la porte de l’établissement. Il sonna. Un portier à l’allure de karatéka lui ouvrit et il entra. Comme il l’avait présumé de l’extérieur, son rencard se passait dans un lieu libertin, ce qui ne manqua pas de lui donner d’agréables frissons. Elle n’était pas encore là. Il passa donc au vestiaire avant d’aller, vêtu d’une simple serviette, prendre une consommation. Il y avait à la carte toutes sortes de cocktails épicés. Sans doute pour faire monter la température. Il choisit le Medicine Man, curieux de savoir ce que donnait la combinaison du rhum, du jus de citron, du sirop d’érable et du paprika, le tout relevé d’une feuille de sauge.

Il sirotait tranquillement son verre en étudiant les lieux. À peine avait-il fait négligemment passer un doigt le le long du sillon fessier d’une dame qui le lui avait ostensiblement mis sous les yeux. Il se réservait pour son rencard. qui finit par arriver

— Vous êtes tout seul ? Vous n’avez pas pris cul en m’attendant ?

Même ici, et alors qu’ils étaient nus, elle continuait de le vouvoyer. C’était charmant. Il lui avoua alors son bref attouchement.

— Raie vaut cul ou pas ?

Elle sourit.

— Oh que non ! Il faut aller au fond des choses si vous me permettez l’expression.  Suivez-moi donc. Je ne voudrais pas que vous soyez celui qu’a raté cul à cause de moi.

Et elle l’entraîna dans une des alcôves. Ils étaient visiblement attendus car une demi douzaine de femmes étaient présentes, leurs fessiers redressés et offerts.

— La voilà ma surprise. Je n’ai pas envie de baiser aujourd’hui. Juste de vous voir en action. Mais toutes ces dames attendent, mon cher, que vous leur donniez du plaisir. Alors à vos culs !

Il s’en donna à cœur joie, passant de l’un à l’autre, parfois avec tendresse, le plus souvent avec fougue. Et sous les encouragements de sa complice, qui venait parfois rafraîchir de sa salive son sexe en surchauffe. C’était divin. Il n’aurait jamais imaginé une telle attention pour cette première rencontre.

Hélas, les choses se gâtèrent quand il sortit. Tapis au cul d’un camion, un photographe et un huissier faisaient visiblement un bien préjudiciable constat. Et, pour couronner le tout, sa femme surgit en hurlant.

— J’ai bien fait de te suivre ! J’ai maintenant la preuve que tu traînes dans des bars à culs ! Je fermais les yeux sur tes frasques et tes cachotteries. Tu pouvais bien t’amuser. Mais pas dans un lieu pareil. Pas comme ça. Je ne peux pas le supporter. J’ai déjà prévenu mon avocat et je peux t’assurer que tu ne t’en sortiras pas indemne. Ce sera beau si, une fois le divorce prononcé, il te reste de quoi te faire un potage au tapioca.

C’est en ces mots qu’elle révoqua les vingt ans de leur union. Il allait prendre cher, il le savait.  Mais, même ainsi, il était soulagé que ça se termine. Une page se tournait, restait à écrire les suivantes. Et, avec sa nouvelle complice, elles promettaient d’être belles.

Lettre de motivation

Ma chère amie,

Avec le temps, je commence à mieux vous connaître. Et, plus il passe, plus je me dis que tout le mal que j’ai pu entendre sur vous n’est qu’un tissu de mensonges. Alors je crois que je vais prendre la liberté de vous proposer une rencontre autour d’un verre. Et dieu sait ce qui se passera après. Car si, sur le papier nous nous plaisons, rien ne remplace une rencontre dans la vraie vie. Mais, déjà, la confiance règne entre nous et c’est, à mes yeux, la pierre angulaire d’une relation. C’est d’autant plus important ici que j’ai l’intention de m’en remettre entièrement à vos mains et de vous offrir mon abandon le plus complet. Je vous sais dominatrice à l’occasion et je vous avoue que la perspective de vénérer votre plastique gainée de cuir dans l’intimité ne me laisse pas de bois. Alors pourquoi ne pas tenter l’expérience ? Et, pour vous montrer la passion que vous m’inspirez, je vous ‘envoie une photo de mon cul orné de ce plug de métal que j’ai acheté spécialement pour vous. J’espère que vous aimerez. Et que, quand nous nous verrons, vous saurez vous occuper de moi comme il se doit.

Votre dévoué F.

La distraite

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Elle joue de son éventail le dos tourné.

Distraitement. Tout pour elle est futilité.

Je la contemple. J’aime la légèreté

Qu’elle offre à mes yeux. Elle est la grâce incarnée.

****

Elle semble m’avoir oublié. Et pourtant

Je la dévore du regard. Faute de mieux,

Je n’ai le droit de la caresser que des yeux.

Mais c’est déjà pour moi tellement important.

****

Je lui suis dévoué. Elle dit et je fais

Tout pour son plaisir. Je suis conscient de l’effet

Qu’elle a sur moi. C’est fou. C’en est presque inhumain.

****

Elle occupe à plein temps le fil de mes pensées.

Elle est ma déesse. Ma muse. Elle le sait

Elle en joue avec grâce. Elle a les cartes en main.

 

 

Dessin par Céline Otero. Merci à elle.

Bleu Calypso

 

Pour son premier roman, Bleu Calypso, Charles Aubert a choisi le polar. À la sauce sétoise. Et, pardon pour l’expression, je dois dire que la mayonnaise prend parfaitement. Charles mène parfaitement sa barque et évite tous les écueils avec brio, sans tomber dans les poncifs du genre. On se laisse volontiers prendre par l’intrigue qui sait alterner rebondissements et moments plus contemplatifs. Les personnages sont attachants et, ce qui ne gâte, rien, Charles a une écriture très agréable à lire.

Le pitch quand même : Niels a choisi de vivre sans histoires, au bord de l’eau et en marge de la société. Mais une série de crimes sans liens apparents et une rencontre improbable vont le plonger dans de sacrés remous dont il ne sortira pas indemne

Bleu Calypso est disponible aux éditions Slatkine sur toutes les plateformes et je vous invite à vous y précipiter. Vous passerez un bon moment.

Sweet eighties

Une soirée Batcave : voilà ce que cette amie m’avait proposé. On ne parlait pas de gothique à l’époque. J’étais quand même un peu perplexe. Passer ma nuit dans un endroit sinistre à écouter de la musique lugubre ? Très peu pour moi qui étais plutôt jazz fusion. Mais voilà, j’avais besoin de m’évader pour ne plus être hanté par le triste souvenir ma récente rupture. Vous me direz que c’était paradoxal alors d’aller dans un tel endroit. Mais je n’étais plus à un paradoxe près. Et elle était plutôt jolie mon amie, dans ses habits noirs, ses dentelles, et avec ses cheveux corbeau. Alors si ses consœurs étaient à l’avenant, le phénomène pouvait être intéressant à étudier de l’intérieur. J’avais donc accepté. Je n’avais rien à perdre après tout, si ce n’était un peu de temps. Et, à l’heure dite, nous nous étions retrouvés devant le club. Bien sûr, je n’avais pas respecté le dress code, ce qui l’avait fait rire. Et aurait pu m’interdire l’accès à la soirée. Mais, après quelques palabres avec le videur, la lourde porte s’était effacée devant nous et nous avions descendu les marchés qui nous menaient au sous sol. J’avais alors commencé à me laisser envahir par l’ambiance. Ce romantisme noir qui ressortait n’était pas pour me déplaire et, finalement, je n’y voyais rien de déprimant. Cerise sur le gâteau, du fait de ma tenue iconoclaste pour les lieux, j’étais l’objet de beaucoup de regards et, ma modestie dût-elle en souffrir, de quelques sourires pas si narquois que ça. Ce qui avait beaucoup amusé mon amie au moment de  rejoindre son amant du moment. 

— Je te laisse seul dans l’arène, bon courage.

Et elle m’avait planté pour gagner une des alcôves qui jouxtaient la salle. J’étais donc parti explorer les lieux, histoire de voir et de m’occuper. Et, à  ma grande surprise, je m’étais fait harponner par une de ces créatures, charmante malgré sa pâleur exagérée par le maquillage.

— Ouah, l’angoisse tes fringues ! Sans ça tu serais presque mignon tu sais ?

Et elle m’avait tendu une bière. Cette entrée en matière, plutôt péremptoire, avait brisé la glace et nous avions entamé une discussion passionnante sur l’influence du Velvet Underground sur les groupes qui faisaient la bande son de la soirée. De fil en aiguille, nous nous étions considérablement rapprochés et vint le moment d’envisager de finir la nuit ensemble. Hélas, je vivais encore chez mes parents, ce qui rendait la chose difficile de mon côté. “Y a pas de malaise” m’avait-elle répondu. Et elle était partie chercher les clés d’un appartement. Ça avait été ensuite un beau moment de sensualité. Tout juste avais-je été un peu interloqué par l’aspect un peu masculin de la piaule. Mais j’appris par la suite de la bouche de mon amie que ma partenaire de ce soir m’avait entraîné chez son compagnon, lequel m’avait repéré aussi dans la soirée et avait donné son accord.

Alors ce soir, au moment de retrouver cette femme mariée à la demande de son époux, je repense à cette première première approche du candaulisme à laquelle je n’avais pas su, en son temps, donner de nom. Et je me dis à posteriori que je devais y être prédestiné.