Transports

Contrainte : Exercices de style façon Queneau

IMG_3945

Anima, Wajdi Mouawad ; Page 175, collection Babel

Les oulimots de Faffwah :

Sa charmante collègue ne le laissait pas indifférent, loin de là. Et le fait qu’ils covoiturent entre le bureau et leurs domiciles respectifs n’avait fait qu’exacerber son envie d’elle. Mais elle ne semblait pas vraiment intéressée par lui. Ou, du moins elle ne le lui laissait pas entrevoir. Mais il voulait savoir. Il brûlait de connaître le goût de ses lèvres et le grain de sa peau. Il avait alors décidé de lui faire le coup de la panne en la ramenant chez elle ce soir. Au moins il serait fixé.

Il avait donc immobilisé son véhicule en rase campagne,  le long d’un champ enneigé. Il avait alors prétexté qu’avec cette perte de puissance il était impossible d’aller plus loin. Coup de chance s’était-il dit, le réseau était aléatoire et ils n’avaient pas pu appeler de dépanneur. Il ne leur restait donc plus qu’à attendre le plus confortablement possible qu’un autre automobiliste croise leur chemin et leur vienne en aide. C’est en tout cas ce qu’il lui avait dit en passant négligemment le bras sur le dossier du siège, juste au-dessus de son épaule.

Le hic, c’est qu’elle ne semblait pas l’avoir entendu de cette oreille et que, d’un mouvement brusque avait ouvert la portière et était sortie de la voiture. Elle avait littéralement volé jusqu’au capot qu’elle avait ouvert avant de se plonger dans le compartiment moteur, de sorte qu’il ne la voyait plus. Un goût amer lui était alors venu dans la bouche. Si elle avait un minimum de compétences mécaniques, elle se rendrait vite compte de la supercherie. Et Dieu sait comment elle réagirait. Et, pour peu qu’elle en parle à la machine à café, il passerait probablement pour le chien jaune de service, prêt à tout pour parvenir à ses fins. Et ce serait une réputation pas tout à fait usurpée au final.

Il en était là de ses réflexions quand, tout aussi virevoltante, elle avait regagné son siège. La réparation était faite lui avait-elle dit. C’est alors qu’il avait remarqué son chemisier largement ouvert sur une poitrine débarrassée de son soutien-gorge. Elle l’avait utilisée soi-disant pour remplacer la courroie de pompe à eau. Aucun des deux n’était dupe et, après un long regard trouble, elle avait pris possession de sa bouche d’un baiser brûlant. Puis elle avait littéralement arraché sa chemise avant d’allonger le siège au maximum et de lui offrir ses jambes largement ouvertes sur sa jupe retroussée. Il ne s’était pas fait prier pour défaire son pantalon et la couvrir de son corps. La baise alors avait été épique et elle s’était avéré être une vraie tigresse qui lui avait labouré les flancs et le dos de ses ongles et qui lui avait mordu l’épaule jusqu’au sang.

Une fois leurs corps repus, il était allé bouchonner ses plaies en tassant de la neige dans ses mains. Il espérait, sans se faire trop d’illusions, que ça atténuerait les marques et que son épouse ne remarquerait rien.

« Quand on veut donner des coups de canif dans le contrat, il faut accepter de se blesser un peu. » lui avait-elle lancé en se rajustant.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s