Shoot’em all

Le sniper conserva sa position. Ça avait été un beau carton, comme à la fête foraine, et la cible avait fini par s’immobiliser dans le fossé, foutue, le capot moteur criblé d’impacts de balles bien groupés.

Il avait pourtant marqué un temps d’hésitation en la voyant arriver dans ses jumelles. Une Mercedes 300 SL méritait mieux que le sort qu’il allait lui réserver. Esthète dans l’âme malgré sa drôle de profession, il avait le plus profond respect pour ces voitures de légende. Mais ses derniers états d’âme s’étaient vite envolés. Quel que soit ce sur quoi il devait tirer, un boulot était un boulot et il avait fini par vider son chargeur sur le prestigieux coupé en prenant grand soin d’éviter l’habitacle. Il n’avait pris aucun risque. Ses commanditaires tenaient absolument à ce que l’occupant du siège passager soit pris vivant et on ne discutait pas leur consignes.

Les portières papillon finirent par s’ouvrir et le conducteur sortit d’un bond, un revolver à la main. À travers l’oeilleton de sa lunette le sniper vit que le chien était relevé et l’arme prête à tirer. Encore un qui voulait jouer les héros se dit-il. Il ne voulait prendre aucun risque et, de toute façon, ce n’était pas lui la cible. Alors il engagea un nouveau chargeur et pressa la détente.

Une balle. Une seule. En pleine tête. Le chauffeur voltigea sous l’impact avant de tomber au sol, foudroyé.

Restait maintenant celui pour qui il avait été grassement payé. Il le vit tenter une sortie de l’autre côté en direction d’un champ. Il ne fallait pas le tuer mais personne ne lui avait interdit de l’immobiliser.

Nouvelle détonation. Le genou disloqué, la cible tomba au sol. Le sniper sourit. Il ne manquait jamais sa cible. Une balle pour chacune d’entre elles, c’était sa coquetterie.

Il observait maintenant l’homme essayer d’enrayer l’hémorragie en frottant sa jambe avec de la neige. Il s’était même fait un garrot avec sa ceinture. Le gars ne manquait pas de ressources se dit-il.

Pour ce que ça allait lui servir désormais. Un gros véhicule tout terrain était en train d’arriver. La deuxième équipe, venue le cueillir pour le conduire Dieu sait où. Qu’allait-il lui arriver ? Sans doute pas du joli mais ça ce n’étaient pas ses affaires.

Son job était terminé. Il démonta son fusil et le rangea dans son étui. Puis il disparut dans la forêt.

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