Du train où vont les choses

Il en avait vu d’autres pourtant. Au point de plaisanter à l’occasion sur le fait qu’il était déjà mort bien trop souvent pour que quoi que ce soit puisse encore l’atteindre. Mais il devait se rendre à l’évidence : ça n’allait pas vraiment fort en ce moment. Ce qu’il avait pris au début pour un simple trou d’air s’avérait être en réalité une sacrée zone de turbulences et il se sentait perdu, ballotté de toutes parts.

Il y réfléchissait tristement dans le train qui le ramenait à Paris pour une nouvelle semaine de travail. Et il ne pouvait pas dire qu’il avait fait provision d’extase pendant le week-end. Trop préoccupés par une situation professionnelle complexe, ils n’avaient point pas su profiter l’un de l’autre. Ça n’avait pas été sans tendresse, non. Mais on avait été loin de la communion charnelle que certaines retrouvailles pouvaient générer. Ça avait plutôt été une sorte de rejet poli et plus ou moins conscient de l’autre. Sans heurts. Sans mots. Sauf au moment où elle l’avait ramené à la gare et où elle avait regretté le trop de temps passé à jouer sur son smartphone. Il ne pouvait pas lui jeter la pierre dans la mesure où, en réponse, il avait consacré plus d’attention que nécessaire à des relations que la distance rendait hélas trop virtuelles. Bref, ça avait été deux jours de perdus.

Le voyage était long et il avait décidé de faire une escale à la voiture bar pour se désaltérer. Il avait pris également du chocolat. Il avait vaincu beaucoup d’addictions mais avait décidé de conserver celle-ci. En plus du café. Les consommations en restaient encore raisonnables se disait-il, et elles lui provoquaient encore beaucoup de plaisir. Et Dieu sait s’il en manquait en ce moment. 

Il n’avait pas regagné sa place finalement, préférant rester sur place après avoir pris sa bouteille d’eau et sa tablette. L’ambiance de fin de soirée un peu étrange qui y régnait allait finalement bien à sa mélancolie.

Tout à ses ruminations, il n’avait pas fait attention à la femme qui avait pris place sur le tabouret à côté du sien. Et c’est quand elle lui demanda de jeter un œil sur ses affaires qu’il avait pris conscience du fait qu’elle avait quelque chose d’étrangement familier. Comme une vieille connaissance. Mais l’aborder d’un « on s’est déjà vu quelque part » était parfaitement exclu. Ca allait tellement à l’encontre de sa réserve naturelle.

Finalement c’était elle qui avait pris les devants quand elle s’était rassise avec sa mignonnette de blanc et sa barquette.

  • Seul avec du chocolat ? Ça va si mal que ça ?

Ça l’avait fait sourire, d’autant qu’elle l’avait regardé avec une réelle gentillesse dans les yeux. Il n’avait pas cherché à démentir. Mais ça finirait par s’arranger avait-il ajouté. La conversation avait rapidement embrayé sur les raisons qui les faisaient voyager si tard un dimanche. Et ils s’étaient découvert, outre des métiers similaires qui les amenaient à de fréquents déplacements en région parisienne, des contextes conjugaux qui les avaient poussés à accepter ces missions comme des bouffées d’oxygène.

Elle avait accepté le carré qu’il lui avait offert pour sceller leur rencontre. Et lui avait donné son numéro en échange. Puis le train était arrivé en gare. Leurs chemins allaient se séparer mais il mesurait à quel point leur conversation avait été le courant ascendant dont il avait besoin pour repartir, ne pas descendre plus bas. Il ne voulait pas que ça s’arrête. Il fallait qu’il continue à se laisser porter.

Était-il trop tard pour un dernier verre ? Il le paierait certainement au réveil et plus cher encore dans l’avenir, mais une nouvelle soif avait remplacé sa lassitude.

Il lui proposa donc de sortir. Et son bras. Elle s’y pendit. Sa vie venait de basculer.

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