Tournez manèges

Son bolide rutilant venait de stopper en plein milieu de la piste et ses lumières s’étaient éteintes. Pas le sien à elle et il la voyait virevolter autour de lui, esquivant avec grâce les autres véhicule. Mais il ne voulait pas en rester là. Hélas, il n’avait plus le moindre jeton en poche et le forain lui avait fait signe de céder sa place et de gagner le bord, côté caisse, au plus vite. Il s’était exécuté à contre cœur.

Que faire en attendant qu’elle finisse son tour ? Un stand de tir venait de se libérer juste à côté. Il pouvait faire un carton vite fait. Et comme il n’était pas maladroit à cet exercice il gagnerait sûrement une bricole à lui offrir. La carabine était parfaitement déréglée comme elles l’étaient toutes dans ce genre d’endroit alors il avait loupé son premier tir. Mais il s’était vite adapté et avait mis dans le mille pour les quatre restants. De sorte qu’il était parti la rejoindre avec un énorme chien dans les bras. Elle avait battu des mains, enchantée, en voyant la peluche et s’était mise à esquisser quelques pas de danse avec ce nouveau compagnon.

Il l’avait regardée faire,subjugué par la fraîcheur qui émanait d’elle. Elle allait entrer à l’Université dans un mois mais elle n’avait pas perdu son âme d’enfant. Il aimait ça et n’avait pas su lui dire non quand, passant devant un marchand de barbe à papa, elle lui en avait demandé une. C’est quand il avait regardé sa bouche plonger dans la douceur neigeuse du sucre filé que de drôles d’idées lui étaient venues. Et puis elle avait levé les yeux. Et son regard était devenu beaucoup moins innocent. Elle n’avait plus rien d’enfantin et ça l’avait troublé un peu plus. Une sorte de tension sensuelle venait de s’établir entre eux.

Elle avait souri à nouveau, presque innocemment, et lui avait proposé de finir la barbe à papa. Ensemble. Chacun de leur côté. De sorte que, fatalement, leurs lèvres avaient fini par se coller. C’était son premier baiser. À lui. Pas à elle visiblement,  à voir comment elle lui avait fourré sa langue dans la bouche. Il avait osé poser une main sur ses seins. Les enfantillages étaient finis. Elle l’avait alors pris par la main pour l’emmener à l’écart de la foule et, dans l’obscurité du champ qui jouxtait la fête foraine avait baissé son pantalon avant de s’asseoir sur son sexe dressé. Elle s’était déflorée en le déniaisant car un peu de sang avait coulé. Elle était allée et venue presque méthodiquement sur lui en poussant de petits cris de douleur et de plaisir mêlés. Il n’avait pas tenu bien longtemps à ce rythme et avait joui assez vite en elle, ses doigts crispés sur ses hanches. Elle s’était alors dégagée de lui avant de s’essuyer avec sa culotte. Elle avait également tamponné avec tendresse la verge qui l’avait faite femme. Avant de le regarder avec une nouvelle assurance.

— On l’a fait. Je voulais que ce soit avec toi la première fois. C’est cool on ne sera pas les puceaux de la fac. Qu’est-ce qu’on va pouvoir s’amuser maintenant.

Avant de déposer un baiser sur son front et de disparaître dans la nuit, le laissant rouge, hagard, échevelé mais heureux. Il savait qu’il venait de la perdre à peine avait-ils fini de s’aimer, que leurs chemins allaient se séparer en suivant les branches de leurs orientations respectives. Mais, ce soir, elle avait laissé une trace indélébile dans sa mémoire.

Sa vie d’adulte avait commencé ce soir. Il allait vivre bien des choses. Mais il se souviendrait jusqu’à son dernier souffle de cet été 1989.

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