Le renouveau

Il avait remarqué, depuis quelques jours, des modifications subtiles. Autant dans son comportement à lui que venant d’elle.

Ca avait d’abord été cette façon plus virile qu’il avait eue de la prendre. Rien de bien méchant à bien y regarder. Juste des gestes un peu plus mâles. C’était quand même surprenant, venant de sa part, lui le gentil garçon qui s’excusait presque d’un mot ou un geste de travers. Mais il avait lu de la reconnaissance dans ses yeux après leurs ébats, et dans l’action, le goût lui était venu rapidement de jouer en douceur de cette nouvelle rudesse.

Et puis ils en avaient parlé. De ça et d’autres choses. Et il avait noté comme il prenait de l’assurance au fil de leurs discussions. Et comme elle lui laissait cette place. Elle si présente auparavant, presque autoritaire, buvait maintenant ses paroles. Même son regard avait changé

Il avait pris la main. C’était maintenant limpide. Un nouveau jeu allait commencer.

 

Offrande

Je suis là devant vous, ouvert et attentif,

Le corps gainé de cuir et d’un peu de résille.

Cela me met à nu plus que ça ne m’habille.

Mais aimez-vous au  moins tous mes préparatifs ?

J’ai pris le plus grand soin, il n’y a rien de hâtif

Dans tout  ce que j’ai fait, afin que vos yeux brillent.

Et vous m’aurez autant comme garçon que fille

C’est vous qui décidez, je suis votre captif.

Pourrai-je vous vous baiser ? Me possèderez-vous ?

Je voudrais tant des deux, être verge et puis trou,

Connaître de l’amour charnel tous les plaisirs

Par réciprocité ou simultanément

Pour peu qu’à ce rendez-vous un de vos amants

Ne nous rejoigne pour en avoir le loisir.

Répétitions

Ils allaient se retrouver bientôt. Et il s’y préparait au mieux. Il savait l’effet que produisait sa souplesse et l’avait déjà accueillie. Mais il désirait que cela demeure un perpétuel ravissement. Alors il s’exerçait le plus fréquemment possible, jouant de ses chairs comme un concertiste de son instrument. Ce parallèle l’amusait car lui aussi montait et descendait des gammes pour travailler sa technique. Il le fallait bien. Leurs jeux, même s’ils laissaient la part belle à l’imagination, étaient extrêmement codifiés pour éviter tout accident. Cette connaissance de l’autre comme de soi-même était indispensable pour qu’ils puissent envisagent de se dépasser

Face à face

(Image by Nicole Boxberger on Flickr)

Ils n’avaient pas projeté de passer ce moment dans cette chambre. Tout juste savaient-ils qu’ils se retrouveraient quelques temps dans la même unité de lieu.

Et leur désir avait fait le reste. Ce n’était pas quelque chose de sauvage, d’animal, non. Cette envie l’un de l’autre était quelque chose qui s’était construit. Née d’une longue relation épistolaire, elle avait grandi à l’ombre de leurs messages. Et, maintenant qu’ils étaient face à face, elle leur avait sauté au yeux.

Ils avaient vite compris qu’il ne servirait à rien d’aller à son encontre. Et c’était au tour de leurs corps de dialoguer.

Initiation

(Photo by Alia Baroque on Flickr)

Contrainte : touffeur, envisage, ruisseau, frisson, lunule, allegro, navrant, maudit, divague.

— J’irai crescendo. Et si, au début, tu ne ressentiras qu’un frisson, tu finiras par implorer ma grâce. Mais ta semence sera ruisseau tant ta jouissance sera grande. Tu dois te dire que je divague, je le vois à ton air perplexe. Et je ne chercherai pas à te détromper par des mots. Mais nous en reparlerons après.

Elle l’avait prévenu lors de leur prise de contact, il s’en souvenait parfaitement. Mais il n’avait pas imaginé à ce moment à quel point ce serait fort.

Comme elle l’avait annoncé, les choses avaient été croissant dans l’intensité. Il avait tout d’abord été impressionné par la mise en scène. Un éclairage savamment agencé et Carmina Burana sorti d’enceintes invisibles avaient annoncé la couleur. Puis elle était apparue, gainée de noir et masquée, ce qui lui avait conféré une classe folle. Il avait cru qu’il sourirait de ce décorum. Il en avait été extrêmement troublé, se disant que, rien que pour cela, cela resterait un grand moment. Quoi qu’il en soit.

Les actes qui avaient suivi avaient confirmé cette entrée en matière. Les premières caresses s’étaient faites d’abord coups légers. Il l’avait, par défi, encouragée à aller plus loin. Alors elle avait augmenté la cadence. Jusqu’à ce moment où, le prenant allegro avec un godemiché qu’il ne se serait jamais imaginé pouvoir accueillir aussi facilement, elle avait claqué ses fesses au rouge. Il n’avait alors plus pu se contenir et en avait griffé le tapis jusqu’aux lunules, de douleur autant que de plaisir, tandis qu’il se vidait. Ils avaient ainsi atteint le point culminant de cette séance qu’il s’était maudit de ne pas avoir acceptée plus tôt. C’était tellement navrant d’avoir si longtemps jeté un voile pudique sur ce genre d’envies. De s’être dit que ce n’était pas pour lui. Le cérébral qu’il était se retrouvait parfaitement dans ces jeux. Il mesurait tout de même la chance qu’il avait de l’avoir rencontrée. Elle n’y était certes pas allée de main morte. Mais en demeurant à son écoute et jamais au delà.

Laminé par ses sensations, il n’avait pas pu lui dire quoi que ce soit. Et, quand bien même, il n’aurait pas su quoi lui dire pour lui manifester sa gratitude. Alors il s’était tu. Mais le regard qu’il lui avait lancé avait été tellement éloquent. Et l’avait tellement ravie.

— Tu ne dis rien ? Je devine tout. Et je suis heureuse de m’être occupée de toi. J’envisage maintenant de grandes choses pour la suite. Tu es réceptif, plus que je ne pensais, et je sens en toi une réelle volonté de progresser. Pour ton plaisir et le mien. Et je sais que je serai plus qu’un souvenir pour toi, que tu me reviendras. Je le lis dans tes yeux. Mais il est temps que je te libère. Tu as une autre vie que je me dois de respecter. Alors Va !

Elle lui avait donné ainsi son congé. Et quand il s’était retrouvé seul, béant, et l’épiderme cuisant dans la touffeur de cette nuit d’été, il avait compris qu’il n’en était qu’aux prémices de l’exploration de sa face cachée. Et qu’elle serait son guide.

Il s’en était complètement remis à elle ce soir, il recommencerait.

La bande son ici

Si près, si loin…

(photo by Thomas Hawk on Flickr)

 

Il avait toujours le Polaroid dans son portefeuille. Ce vestige d’une époque hélas révolue. Il le ressortait parfois, le posait sur son bureau et le contemplait avec tristesse.

Il savait qu’ils étaient tous les deux happés par une vie dont ils ne voulaient plus mais avec laquelle ils devaient composer, et qu’ils ne se verraient probablement plus. Ou sûrement trop tard.

Ironie du sort, ils n’étaient pas si loin l’un de l’autre.

Leurs sentiments, si purs soient-ils, se consumaient dans cette fausse distance. Les flammes s’étaient peu à peu éteintes. Et il essayait maintenant de souffler sur les dernières braises.

l’échange (2)

Il venait à peine d’en prendre conscience. Ces nudes qu’ils s’envoyaient étaient bien plus que des images. Ils étaient prétextes à des discussions durant lesquelles ils se mettaient bien d’avantage à nu que sur les photos. Et, finalement, ces dernières devenaient une sorte de ponctuation de leur relation épistolaire, un souffle qu’ils s’accordaient quand la tension de leurs mots devenait trop grande. Il aimait la regarder, c’est certain. Comme il aimait se sentir beau dans ses yeux. Mais ce n’était en rien comparable au bonheur qu’ils partageraient à écouter l’autre se raconter. S’aimaient-ils ? Ce n’était pas impossible. À leur manière.

L’échange

Le casque sur les oreilles, il se passait en boucle le fichier qu’elle lui avait envoyé. Une vidéo à l’écran noir que l’on prend avec son smartphone pour ne partager que du son. Et, en l’occurrence, ce qu’il entendait était suffisamment explicite pour se passer d’image. Alors il n’avait pas pu résister à la tentation et ses mains n’étaient pas longtemps restées libres. D’un lent balancement du poignet, il se donnait du plaisir, rythmé par celui qu’il écoutait. Il savait qu’elle aimait la causalité sans fin entre leurs orgasmes. Il allait donc lui offrir le sien. En le lui racontant.

Sad sonnet

(Photo par mizmackey on Flickr)

Je suis le transparent, le nul, l’insignifiant

Celui qu’on considère un peu. Puis qu’on oublie

Et alors, ma personnalité abolie,

Je retourne un peu plus chaque jour au néant

****

Je fais pourtant des efforts pour être présent

Et puis que tout soit bien, que la vie soit jolie

Mais je n’ai en retour qu’une affection polie

Et, je dois l’avouer, tout cela est lassant

****

J’ai le choix : me recouvrir d’une carapace

À moins que, une fois de plus je ne m’efface,

Quelqu’un le verra-t-il ? Je n’en suis pas certain

****

Ce n’est certainement qu’une mauvaise passe

Et qu’inutilement, en fait, je me tracasse

Je suis triste aujourd’hui, ça ira mieux demain