La cérémonie

C’était la contrainte des oulimots du premier mai 2018. Elle prenait la poussière.

 

 

Bratsk, Siberia 1967 | Elliott Erwitt

Ils étaient en vacances sous les tropiques. Ils avaient un peu bu. Alors, quand il s’était mis à genoux devant elle et lui avait tendu l’écrin contenant la bague, elle avait bredouillé un “oui” qui maintenant l’effrayait un peu. La cérémonie ainsi que le vin d’honneur et le repas allaient être collet monté. Et le bref aperçu qu’elle avait pu avoir de sa belle-famille ne laissait rien augurer de bon. Et s’il n’y avait eu que cette appréhension…

Lors de son enterrement de vie de jeune fille, les choses étaient allées très loin. Trop ? Elle ne le pensait pas. Quoi que… Il y avait eu ce beau gosse au bar qui l’avait dévisagée longuement avant de lui offrir un cocktail, bravant ainsi les gloussements de ses amies. Brun, le cheveu en bataille, un sourire énigmatique, il avait immédiatement attiré son attention. Alors, quand il l’avait invitée à danser, elle s’était laissé faire avec plaisir. Il l’avait collée à lui avec une force non dénuée de tendresse et, aussitôt, elle avait ressenti entre ses jambes la nature des intentions de l’homme. Émoustillée et un peu pompette, elle avait répondu à cette invite en plaquant un peu plus son bassin contre lui. Ils avaient donc ondulé de concert pendant quelques minutes, sous les acclamations des fossoyeuses. Et puis il l’avait prise par la main et elle l’avait suivi jusqu’à la réserve. Elle n’avait pas résisté quand il avait dégrafé son chemisier, libérant ses seins en poire pour les embrasser et les caresser. Pas plus que quand il avait retroussé sa jupe bien au-dessus de sa taille et retiré sa culotte. Elle avait même empoigné sa tignasse pour guider son visage vers son sexe brûlant de désir. Le cunnilingus qu’il lui avait prodigué lui avait fait un temps oublier son union à venir, tant elle s’était noyée dans le maelstrom de plaisir qui l’emportait. Alors, décomplexée, elle avait déboutonné son pantalon, en avait extirpé sa verge et l’avait caressée un peu avant de s’empaler sur lui. L’étreinte qui avait suivi avait été brève. Mais intense. Sauvage et douce à la fois. Elle ne l’oublierait pas. Et puis il était parti, sans un mot sinon un : « à bientôt” qu’elle n’avait pas compris. Elle ne cessait d’y penser depuis, se disant qu’elle avait fait une erreur de le laisser partir. Qu’elle en faisait peut-être une autre en prononçant tout à l’heure le « Oui  » fatidique.

Et, maintenant qu’elle et son promis attendaient leur tour pour passer devant le Maire, l’inconnu était apparu et venait de s’asseoir à côté d’eux, arborant toujours le même sourire que la veille, quand il était venu l’aborder. Et il avait longuement dévisagé le couple avant de prendre place sur son siège.

 » Il ne manque pas de toupet le cousin Paul, on n’a pas gardé les cochons ensemble. » pensa-t-il.

 » Pourvu qu’il ne dise rien. Mais qu’il reste après la cérémonie.  » se dit-elle.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s