Le présent

(Photo Mark y Julia on Flickr)

Des hommes courtois mais virils et qui n’ont de cesse de venir et revenir en elle depuis des heures. Tout en respectant son désir de n’être prise que par derrière. Au point qu’elle sent son cul être devenu un cratère bouillonnant de leur lave.

Elle n’est pas dans l’oubli d’elle-même pourtant. C’est au contraire grâce à ces multiples amants qui s’abandonnent en elle qu’elle se sent exister plus intensément. Et, en se donnant à eux plutôt qu’ils ne la possèdent, elle côtoie le divin.

Cela fait une éternité qu’elle n’a pas été si heureuse. A-t-elle d’ailleurs jamais été la reine de la soirée comme c’est le cas en ce moment ? Cela n’a pas tellement d’importance après tout. Elle profite du présent qu’ils lui offrent. Ça lui suffit pour le moment.

Et elle n’aura même pas le souci de cacher les marques bleues de leurs assauts quand elle rentrera chez elle. Son homme est au courant de ce qu’elle faisait et les soignera de toute sa tendresse.

Renouveau ?

 

Il repartait. Une nouvelle aventure se disait-il. En se disant qu’il était dommage de se restreindre à ce singulier.

Les précédents voyages étaient de simples ballons d’essai. Un avant goût de ce qui pouvait l’attendre. Il y avait eu du bon et du mauvais mais il avait globalement aimé l’expérience. Et il lui restait tant à découvrir. Il était fermement décidé à ne pas passer à côté de certaines choses cette fois.

C’était un nouveau tournant dans sa vie. Il voulait le négocier au mieux. Il en avait loupé tellement déjà.

Alors il n’avait pas tergiversé longtemps.

Il avait signé

Loveletter

Ce sont des mots. Encore des mots, rien que des mots. C’est ce qu’on pourrait se dire. Mais ce qui nous lie, plutôt que d’être une histoire de cœur, en est une de lettres.

Sans elles, qui aurait pu dire que nous aurions, en d’autres temps, guetté la moindre occasion de nous revoir ? Qu’entre chacune de ces rencontres nous nous serions abreuvés de messages brûlants, véhiculés par tout ce que la technologie nous offrait ? Absolument personne. Nous évoluions dans des univers tellement éloignés que la simple hypothèse que l’un de nous deux ait vent de l’existence de l’autre serait apparue comme parfaitement farfelue aux yeux des plus rêveurs.

Et nos mots furent notre passerelle. Chacun de nous écrivait. Mais dans son coin. À destination de publics différents. Mais le destin voulut, par le plus grand des hasards, que nous ayons un unique lecteur commun. Et qu’il ait un jour l’idée folle de réunir dans un même projet toutes les plumes qu’il connaissait. Et ma curiosité s’en est mêlée. J’ai voulu lire tous les auteurs du projet. Parmi eux, toi, dont j’ignorais jusqu’à l’existence avant de voir que tu avais écrit.

Ce fut une révélation. Tes mots me parlaient et tes rythmiques m’étaient étrangement familières. Au point que j’eus envie  d’essayer de te répondre. Avec mes mots mais avec ta structure. J’eus bientôt quelques vers. Je trouvai l’entreprise folle mais je te les adressai. Timidement. Et j’eus très vite l’heureuse surprise de recevoir en guise de réponse quelques lignes tellement proches de ce que je t’avais envoyé. Cela m’encouragea et je m’employai à rédiger une suite à tes mots, toujours avec notre structure originelle. De fil en aiguille nous eûmes bientôt la trame d’un texte. Et nous vîmes que ça fonctionnait plutôt bien. 

Je t’en fis part. Ainsi que de mon admiration pour ce que tu écrivais. À ma grande surprise, tu me répondis qu’elle était réciproque. Je découvris alors que là où je voyais une froide mécanique dans mes écrits, tu y trouvais une merveilleuse recherche esthétique. Et je t’appris que dans ce que tu considérais comme de la maladresse dans les tiens, se trouvait une formidable sincérité, une énergie que je n’avais jamais trouvée chez moi.

C’est alors que notre relation commença. Purement épistolaire et pleine d’un respect mutuel qui, je crois, nous manquait tant. Que dire aussi de cette confiance entre nous qui s’instaura ? Je n’ai jamais eu de secret pour toi et tu ne m’as rien tu. Et ce qui devait arriver arriva. Fatalement. Nous eûmes envie de donner corps à cet autre qui nous fascinait tant.

Notre réserve fit que, lorsque la première fois que cela arriva, nous ne sûmes pas nous étreindre et nous contentâmes d’un chaste baiser. Qui alimenta toutefois les conversations qui suivirent. Nous nous en voulions d’avoir été si tièdes et un pacte fut alors scellé. Notre prochaine rencontre serait sensuelle ou ne serait pas. Mais il nous fallait des jalons, comme nous décrire comment nous nous embrasserions. Cela nous rassurait, je crois, de nous scénariser. Et nous respectâmes ce que nous nous étions promis lorsque nous nous revîmes.

Je ne sais pas vraiment ce que nous sommes l’un pour l’autre aujourd’hui. Des amis ? Ça va bien au delà je crois. Mais pas des amants toutefois. Je sais que ton cœur appartient à un autre mais j’ai la prétention de penser que nous nous aimons à notre façon. Je ne suis plus le même depuis que tu es entrée dans ma vie et j’aime celui que je suis devenu à ton contact. Alors merci d’exister.

 

(écrite à l’occasion de l’appel à texte à nos amours chez litt’orale)

Chut…

(photo Johnson Keith on Flickr)

 

Nous partageons un thé dans les salons d’un grand hôtel. Nos regards sont amicaux, complices, mais nous préférons pour le moment nous imprégner de l’atmosphère feutrée des lieux. Nous avons appris durant notre relation épistolaire que nous aimions prendre notre temps. Et cela fait moins d’une demi-heure que nous sommes ensemble.

Mais, à force de demi-mots, une légère tension sensuelle a fini par s’établir.

Je vais me jeter à l’eau Mais son index vient se poser sur ma bouche.

— Chut…

Je le saisis entre mes lèvres.

Nos regards s’éclairent.

Les mots n’ont plus cours.

Le temps des corps est venu.

Au bonheur des dames

 

— Monsieur, veuillez me suivre. Et sans faire de drame. C’est pour une simple vérification.

C’est ainsi que j’avais été abordé par la vigile du supermarché dans lequel j’avais pris l’habitude de faire mes courses durant ce déplacement professionnel. Et, ayant sans doute présupposé une tentative de fuite de ma part, elle m’avait agrippé par le bras pour me diriger vers le PC sécurité. Je ne résiste pourtant à aucune femme, portât-elle un uniforme, une casquette et des rangers. Tenue dont l’ajustement révélait un usage intensif de la corde à sauter qui n’était pas pour me déplaire. Et je n’avais rien à me reprocher. Je lui avais donc emboîté le pas sans me poser de question.

Une femme nous attendait dans le local, étrangement décoré par une série de plaques US typiquement nineties. Ma geôlière avait pris soin de verrouiller la porte derrière nous, me coupant ainsi toute possibilité de retraite. J’étais perplexe. J’étais sûr de mon innocence et ne voyais absolument pas la raison de ma présence.

— Vous avez une idée concernant cet homme ?

Elle m’avait désigné à la civile du bout de sa matraque. Je commençais à être inquiet.

— Il me semble bien avoir vu quelqu’un qui lui ressemble au rayon boucherie planquer quelque chose sous son manteau en effet. Mais ce n’est peut-être pas lui.

— Si ce n’est lui c’est donc son frère. Ou un proche parent. Mais nous en aurons vite le cœur net. Ôtez donc vos vêtements monsieur.

Une fouille au corps maintenant ! C’était le pompon ! Je fais d’habitude moins de manières quand une dame me demande de me déshabiller. Mais, bien qu’elle fût à mon goût, je ne voyais rien d’amical dans sa demande et il n’y avait aucun ‘attachement entre nous.

— Non mais oh, ça ne va pas ? Je n’ai rien fait moi ! Et c’est bien réglementaire ça ? Un homme se faisant palper par une représentante de l’ordre devant une témoin ? Ah elle est belle la révolution féministe !

— Vous êtes du mauvais côté du taser monsieur. Et sachez que je n’aurai pas d’états d’âme à en faire usage. Alors à poil et vite !

J’avais tenté de me rebeller. J’avais été maté. Et vite dénudé. Il fallait croire que j’aimais ça. Car cette situation, devenue carrément glauque, m’avait paradoxalement collé une solide érection qui déformait maintenant mon caleçon.

— Ah ! Vous la voyez maintenant l’andouille de Vire qu’il essayait de faucher ? J’ai eu raison de vous le signaler, hein ?

— Mais oui ! Merci de contribuer ainsi au maintien de l’ordre dans notre magasin.

Et elle s’était tournée vers moi.

—Quant à vous monsieur, il va falloir me remettre sur le champ l’objet du délit. Et, si vous vous montrez coopératif je vous assure que ce regrettable incident ne sortira pas d’ici.

Elles avaient alors échangé un clin d’œil.

J’avais fini par sortir de ce guêpier quelques heures plus tard. Cela avait été un des moments les plus éprouvants de mon existence. Et j’y avais laissé mon panier à provisions, perdu dans la confusion. Mais je gardais le sourire. Mes achats passeraient en note de frais. Et, finalement, j’avais vraiment aimé cet abus de pouvoir.

Le grand monde


Quelle soirée !
Je découvrais un lieu, y rencontrais des gens
Et c’était merveilleux
J’étais à ce moment comme un poisson dans l’eau
Frayer est, je le crois, le plus juste des mots
Pour décrire l’ambiance
J’évoluais, glissant d’une troupe vers l’autre
Y remontais le fil d’une conversation
Flattais quelques fessiers, goûtais du bout des lèvres
Aux bouches écarlates que l’on me tendait
Certains regards curieux échauffaient mon esprit
Et je le leur rendais.
Un attrait ? J’y succombais, me laissant porter
Les choses étaient faciles
Et elle est arrivée
Posant ses yeux sur moi elle m’a capturé
J’avais trouvé ma #elle

Sybilline

 

Un simple numéro. C’était tout ce qu’il avait reçu comme réponse au long message qu’il lui avait envoyé pour lui expliquer ses motivations.

Il était perplexe. Elle lui avait répondu, certes. Et c’était peut-être déjà une preuve de l’intérêt qu’elle avait porté à ses mots. Mais enfin, cette simple suite de chiffres parfaitement désincarnée, c’était tellement peu. Tellement détaché. Il ne savait que faire.

Il pensa soudainement qu’il s’agissait d’une épreuve qu’elle lui donnait déjà. Celle de l’appeler et de trouver les mots justes de vive voix.

Le défi était de taille. Mais diablement excitant.

Il tapota sur son clavier.

Les hommes grillagés

 

J’ai lu « les hommes grillagés » de Martine Roffinella.

Je l’ai englouti d’un trait serait un terme plus exact. J’ai été happé et ai voulu aller jusqu’au bout. Pas pour en connaître la fin, non. Ce n’est pas un livre qui se conclut. Mais plutôt pour le shoot émotionnel qu’il procure. Sans craindre l’overdose. Parce que même si le texte est dur, brutal presque, ce qu’il en ressort est touchant. Et m’a rappelé certaines choses. Car, même si ce ne fut que l’espace d’une journée, j’ai connu la vie de ces hommes. Et leur humanité dans cette inhumanité.

Alors merci Martine

Bistro c’est trop

(photo par Matthew Wiseman on Flickr)

 

— Moi, pas cap de m’enfiler ce mètre de bières ? En cinq minutes ? Les paris sont ouverts ! Et vous allez cracher au bassinet, je vous le dis !

Il y a une dizaine de pintes sur le comptoir. Ça pourrait paraître énorme mais je n’ai aucun doute quant au fait que je vais réussir. Je me sais solide buveur et, dans le sauna qu’est devenue l’arrière-salle du bar pendant cette période de canicule, la perspective de me désaltérer à l’œil tout en épatant la galerie m’apparaît comme quelque chose de merveilleux. Sans compter que je ne suis plus à ça près. Je fanfaronne depuis la fin de l’après-midi entre déclarations à l’emporte pièce et ballons de rosé et Je suis déjà un peu fait. Mais je n’ai pas l’intention de quitter ma place au centre de toutes les attentions.

En moins de temps qu’il ne m’en était imparti, les verres sont vides. Je lève les bras au ciel et, un sourire victorieux aux lèvres, je rafle les mises avant de filer sur le parking. Il me faut aller assouvir à la ville ce trop plein d’excitation que m’ont procurée une journée de matage à la plage et, réciproquement, d’avoir été le point de convergence de tous les regards durant l’apéro. Dans ce club dont on m’a tant parlé. Et je vais le faire en compagnie de Valérie, ma conquête du soir, qui m’éclaire avec son briquet tandis que j’essaie d’ouvrir ma portière en titubant.

Je démarre. Valérie pose sa main sur ma cuisse. Je commence à bander. Elle le sent et se met à caresser ma queue à travers le tissu de mon pantalon. Nous allons passer un bon moment, je le sais. J’accélère, pressé d’arriver à destination. Puis jusqu’au bout avec elle. Je pense déjà à tout ce que nous allons faire, toutes ces caresses, ces ébats que, l’espace d’un regard, nous nous sommes promis quand je l’ai abordée. Elle me plaît tellement. Et, après mon exploit de ce soir, il ne fait aucun doute qu’elle a vu le bonhomme que je suis.

L’air du soir me fouette le visage à travers la vitre ouverte. Je me sens invincible. Tout à ma rêverie, je ferme les yeux un instant.

Tout a été très vite après. Trop. Et ce sont les cris de Valérie qui me ramènent à la réalité alors que je viens de m’endormir et de mettre la voiture dans le fossé.

Nous ne sommes jamais arrivés à Lorient.

Du train où vont les choses

 

Ce matin est brumeux. Aussi bien dans la campagne qui défile par la fenêtre du TGV que dans ma tête. Il est beaucoup trop tôt et j’ai du mal à avoir les idées claires. Il me faut un café. Ça ne débouchera pas mon horizon mais la sensation de chaleur du liquide coulant dans ma gorge me fera du bien.

Allez, un petit effort. Direction la voiture bar.

Et peut-être que, quand j’aurai regagné ma place, j’aurai la force de relever la tête. Et de voir qu’elle est assise en face de moi. Et qu’elle me dévisage, sourire aux lèvres