Le Jouet

Ça a commencé par un match sur un site de rencontres. Puis il y a eu ce léger jeu de séduction qui a pris fin quand il m’a appris son statut. Nous n’avions pas les mêmes aspirations mais il est quand même resté un bon camarade. Nous nous sommes un peu éloignés depuis que j’ai rencontré mon chéri mais j’aime toujours lire ses histoires. 

Et puis je me suis rappelé il y a peu qu’il m’avait proposé un jouet quelques mois auparavant. Et j’ai imaginé à quel point ça pourrait être excitant de lui proposer un échange. Il me l’enverrait et je lui ferais part de mes impressions à l’essai. Charge à lui ensuite de raconter une histoire là-dessus. Je ne me suis pas fait prier pour lui en parler. Et puis c’était l’occasion de reprendre contact. 

Je n’ai pas été surprise qu’il accepte mon deal avec joie. Je pense que c’est ce dont il a toujours eu envie mais sans oser le demander de vive voix. Il peut être tout aussi réservé que coquin. Étrange paradoxe. C’est peut-être ça aussi qui le rend attachant. 

Je lui ai donné mon adresse professionnelle pour l’expédition. Ce sera plus simple pour réceptionner. Mais il a refusé de me dire quand il le ferait. Ce sera une surprise m’a-t-il dit. Je retrouve là son côté joueur. Alors, depuis quelques jour, je guette l’arrivée du facteur avec un mélange d’excitation et d’appréhension. J’ai hâte de recevoir l’objet du délice et  je l imagine déjà en action. Mais je ressens aussi ce délicieux trouble de recevoir un sextoy sur mon lieu de travail. De savoir que personne autour de moi ne le saura. Que je serai la seule. 

Mon ami me dit que c est pour bientôt. Mais je ne sais toujours pas quand et l’attente décuple mon envie. 

Jusqu’à ce samedi. Je suis en pleine discussion avec un patient au sujet du nouveau traitement que son médecin lui a prescrit et lui explique la posologie ainsi que les heures de prises lorsque le facteur entre dans l’officine. Je lui jette un regard et rougis aussitôt. Mon Dieu ! Il a un petit colis à la main. Celui que j’attends ? Le préposé me regarde et me tend l’ensemble d courrier avec un petit clin d’œil. Comme s’il savait ce que ce colis contient. Mais comment cela se pourrait-il ? Il me faut vite reprendre une contenance. Tout le monde va se douter de quelque chose sinon. Alors je me dis que le facteur a sûrement voulu me signifier ainsi qu’il ne souhaitait pas m’interrompre avec mon patient. Mais j’ai l’impression que tous les regards sont braqués sur moi. Que tout le monde sait ce que je viens de recevoir. J’ai subitement très chaud…

Je me saisis du paquet d’un geste rapide, rougissant jusqu’au bout des oreilles. Il me faut le mettre en lieu sûr avant que mon patron ne pense que c’est pour lui et qu’il ouvre la boîte. L’idée d’être ainsi démasquée fait tourner à toute allure un tas de pensées dans mon esprit 

Le pharmacien est derrière moi. Je l’entends s’approcher. Je me retourne et lui tend le courrier. Le colis est resté à côté de moi et j’ai gardé une main dessus comme pour affirmer un peu plus qu’il était à moi. Mon patron me lance un regard interrogateur associé à un sourire en coin. J’essaie de conserver une attitude la plus neutre possible. S’il savait… 

Je regarde le paquet, d’apparence anodine, qui est resté posé sur le comptoir et mes pensées vagabondent vers d’autres paysages, beaucoup moins médicaux et sérieux que là où je me trouve. J’ai vraiment beaucoup de mal à rester concentrée et un sourire m’échappe. Mon patient me regarde, passablement intrigué. Il finit par me glisser qu’il ne sait pas ce que cette boîte contient mais que tout cela a vraiment l’air de me rendre heureuse. Et me voilà de nouveau rougissant  jusqu’à la racine de mes cheveux.

Je finis de donner mes explications tant bien que mal au patient. Il sort. J’ai quelques instants de liberté avant le prochain. Mon précieux colis jalousement serré contre moi, je prends la direction du vestiaire. J’ai besoin d’intimité. 

J’ai pris le soin d’amener un objet tranchant pour ouvrir la boîte. J’ai besoin de prendre connaissance de son contenu. Même si ce n’est que du regard. L’endroit ne s’y prête pas vraiment. Et je manque de temps

Fébrile, je découpe le carton. J’ai maintenant l’emballage dans les mains. J’avale péniblement ma salive. L’idée qu’on me surprenne ici avec ça dans les mains m’effraie tout autant qu’elle me fascine. Je comprends maintenant pourquoi il était si content de me l’envoyer dans un lieu public plutôt qu’à mon domicile. Je prends une grande inspiration. Et puis j’ouvre. Et l’ai enfin sous mes doigts. 

Il est doux, délicat, et d’une blancheur immaculée. C’est un rabbit, avec ses deux extrémités. Une plus longue et légèrement incurvée et une plus courte et qui possède un embout circulaire. La fameuse partie aspirante. Je passe ma langue sur mes lèvres furtivement. J’ai déjà envie. Mais le devoir m’appelle. Je le range vite au fond  de mon sac en me promettant de vite le retrouver. Dès que j’aurai fini de travailler. J’ai vraiment hâte de pouvoir le regarder plus en détail. Et pas seulement 

La vue de mon patron qui se dirige vers le vestiaire m’arrache à ma rêverie. Zut ! J’ai laissé la notice du jouet bien en vue sur une étagère et il ne pourra pas ne pas la voir. Je ne pourrai pas arriver avant lui pour la prendre et il est hors de question que je le bouscule pour la soustraire à son regard. Alors j’esquisse une prière muette pour qu’il n’y prête pas trop attention. Pétrifiée, je le vois jeter un œil sur l’étagère. Je l’entends se demander ce que ce papier fait ici. Il va le prendre. Le lire.

Je fais appel à tout mon courage pour m’approcher et, en lui demandant de m’excuser, je me saisis de la notice pour la ranger dans la poche de ma blouse. Ouf ! J’adresse alors à mon patron un sourire franc et lui dis : « Oups ceci est à moi ». A-t-il eu le temps de lire ? De comprendre ce qu’expliquait cette notice ? Toujours est il qu il me rend mon sourire en me disant de ne pas laisser traîner mes affaires comme ça. Je ne sais plus où me mettre. 

La matinée s’achève. Il est l’heure de rentrer chez moi pour déjeuner. Je prends mon sac et son précieux contenu, impatiente de le découvrir mieux. 

Une fois arrivée, je m’installe confortablement pour prendre mon repas. L’appareil est posé sur la table basse, devant mes yeux. Je n’ai pas oublié de sortir la notice de ma blouse et elle est juste à côté du rabbit. Je mange rapidement sans le quitter des yeux et je m’attaque à la lecture. Je la trouve fascinante. Je n’avais jamais pensé une telle chose d’un mode d’emploi auparavant. Mais je n’avais pas eu l’occasion d’étudier ce genre d’objet non plus.

Ma pause est hélas trop courte et je dois retourner à la pharmacie. C’est dommage. Je serais volontiers passée au travaux pratiques juste après avoir appris la théorie. Il va me falloir attendre ce soir. Bigre ! Ce que l’après midi va être long…

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