Bistro c’est trop

(photo par Matthew Wiseman on Flickr)

 

— Moi, pas cap de m’enfiler ce mètre de bières ? En cinq minutes ? Les paris sont ouverts ! Et vous allez cracher au bassinet, je vous le dis !

Il y a une dizaine de pintes sur le comptoir. Ça pourrait paraître énorme mais je n’ai aucun doute quant au fait que je vais réussir. Je me sais solide buveur et, dans le sauna qu’est devenue l’arrière-salle du bar pendant cette période de canicule, la perspective de me désaltérer à l’œil tout en épatant la galerie m’apparaît comme quelque chose de merveilleux. Sans compter que je ne suis plus à ça près. Je fanfaronne depuis la fin de l’après-midi entre déclarations à l’emporte pièce et ballons de rosé et Je suis déjà un peu fait. Mais je n’ai pas l’intention de quitter ma place au centre de toutes les attentions.

En moins de temps qu’il ne m’en était imparti, les verres sont vides. Je lève les bras au ciel et, un sourire victorieux aux lèvres, je rafle les mises avant de filer sur le parking. Il me faut aller assouvir à la ville ce trop plein d’excitation que m’ont procurée une journée de matage à la plage et, réciproquement, d’avoir été le point de convergence de tous les regards durant l’apéro. Dans ce club dont on m’a tant parlé. Et je vais le faire en compagnie de Valérie, ma conquête du soir, qui m’éclaire avec son briquet tandis que j’essaie d’ouvrir ma portière en titubant.

Je démarre. Valérie pose sa main sur ma cuisse. Je commence à bander. Elle le sent et se met à caresser ma queue à travers le tissu de mon pantalon. Nous allons passer un bon moment, je le sais. J’accélère, pressé d’arriver à destination. Puis jusqu’au bout avec elle. Je pense déjà à tout ce que nous allons faire, toutes ces caresses, ces ébats que, l’espace d’un regard, nous nous sommes promis quand je l’ai abordée. Elle me plaît tellement. Et, après mon exploit de ce soir, il ne fait aucun doute qu’elle a vu le bonhomme que je suis.

L’air du soir me fouette le visage à travers la vitre ouverte. Je me sens invincible. Tout à ma rêverie, je ferme les yeux un instant.

Tout a été très vite après. Trop. Et ce sont les cris de Valérie qui me ramènent à la réalité alors que je viens de m’endormir et de mettre la voiture dans le fossé.

Nous ne sommes jamais arrivés à Lorient.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s