Au bonheur des dames

 

— Monsieur, veuillez me suivre. Et sans faire de drame. C’est pour une simple vérification.

C’est ainsi que j’avais été abordé par la vigile du supermarché dans lequel j’avais pris l’habitude de faire mes courses durant ce déplacement professionnel. Et, ayant sans doute présupposé une tentative de fuite de ma part, elle m’avait agrippé par le bras pour me diriger vers le PC sécurité. Je ne résiste pourtant à aucune femme, portât-elle un uniforme, une casquette et des rangers. Tenue dont l’ajustement révélait un usage intensif de la corde à sauter qui n’était pas pour me déplaire. Et je n’avais rien à me reprocher. Je lui avais donc emboîté le pas sans me poser de question.

Une femme nous attendait dans le local, étrangement décoré par une série de plaques US typiquement nineties. Ma geôlière avait pris soin de verrouiller la porte derrière nous, me coupant ainsi toute possibilité de retraite. J’étais perplexe. J’étais sûr de mon innocence et ne voyais absolument pas la raison de ma présence.

— Vous avez une idée concernant cet homme ?

Elle m’avait désigné à la civile du bout de sa matraque. Je commençais à être inquiet.

— Il me semble bien avoir vu quelqu’un qui lui ressemble au rayon boucherie planquer quelque chose sous son manteau en effet. Mais ce n’est peut-être pas lui.

— Si ce n’est lui c’est donc son frère. Ou un proche parent. Mais nous en aurons vite le cœur net. Ôtez donc vos vêtements monsieur.

Une fouille au corps maintenant ! C’était le pompon ! Je fais d’habitude moins de manières quand une dame me demande de me déshabiller. Mais, bien qu’elle fût à mon goût, je ne voyais rien d’amical dans sa demande et il n’y avait aucun ‘attachement entre nous.

— Non mais oh, ça ne va pas ? Je n’ai rien fait moi ! Et c’est bien réglementaire ça ? Un homme se faisant palper par une représentante de l’ordre devant une témoin ? Ah elle est belle la révolution féministe !

— Vous êtes du mauvais côté du taser monsieur. Et sachez que je n’aurai pas d’états d’âme à en faire usage. Alors à poil et vite !

J’avais tenté de me rebeller. J’avais été maté. Et vite dénudé. Il fallait croire que j’aimais ça. Car cette situation, devenue carrément glauque, m’avait paradoxalement collé une solide érection qui déformait maintenant mon caleçon.

— Ah ! Vous la voyez maintenant l’andouille de Vire qu’il essayait de faucher ? J’ai eu raison de vous le signaler, hein ?

— Mais oui ! Merci de contribuer ainsi au maintien de l’ordre dans notre magasin.

Et elle s’était tournée vers moi.

—Quant à vous monsieur, il va falloir me remettre sur le champ l’objet du délit. Et, si vous vous montrez coopératif je vous assure que ce regrettable incident ne sortira pas d’ici.

Elles avaient alors échangé un clin d’œil.

J’avais fini par sortir de ce guêpier quelques heures plus tard. Cela avait été un des moments les plus éprouvants de mon existence. Et j’y avais laissé mon panier à provisions, perdu dans la confusion. Mais je gardais le sourire. Mes achats passeraient en note de frais. Et, finalement, j’avais vraiment aimé cet abus de pouvoir.

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