Loveletter

Ce sont des mots. Encore des mots, rien que des mots. C’est ce qu’on pourrait se dire. Mais ce qui nous lie, plutôt que d’être une histoire de cœur, en est une de lettres.

Sans elles, qui aurait pu dire que nous aurions, en d’autres temps, guetté la moindre occasion de nous revoir ? Qu’entre chacune de ces rencontres nous nous serions abreuvés de messages brûlants, véhiculés par tout ce que la technologie nous offrait ? Absolument personne. Nous évoluions dans des univers tellement éloignés que la simple hypothèse que l’un de nous deux ait vent de l’existence de l’autre serait apparue comme parfaitement farfelue aux yeux des plus rêveurs.

Et nos mots furent notre passerelle. Chacun de nous écrivait. Mais dans son coin. À destination de publics différents. Mais le destin voulut, par le plus grand des hasards, que nous ayons un unique lecteur commun. Et qu’il ait un jour l’idée folle de réunir dans un même projet toutes les plumes qu’il connaissait. Et ma curiosité s’en est mêlée. J’ai voulu lire tous les auteurs du projet. Parmi eux, toi, dont j’ignorais jusqu’à l’existence avant de voir que tu avais écrit.

Ce fut une révélation. Tes mots me parlaient et tes rythmiques m’étaient étrangement familières. Au point que j’eus envie  d’essayer de te répondre. Avec mes mots mais avec ta structure. J’eus bientôt quelques vers. Je trouvai l’entreprise folle mais je te les adressai. Timidement. Et j’eus très vite l’heureuse surprise de recevoir en guise de réponse quelques lignes tellement proches de ce que je t’avais envoyé. Cela m’encouragea et je m’employai à rédiger une suite à tes mots, toujours avec notre structure originelle. De fil en aiguille nous eûmes bientôt la trame d’un texte. Et nous vîmes que ça fonctionnait plutôt bien. 

Je t’en fis part. Ainsi que de mon admiration pour ce que tu écrivais. À ma grande surprise, tu me répondis qu’elle était réciproque. Je découvris alors que là où je voyais une froide mécanique dans mes écrits, tu y trouvais une merveilleuse recherche esthétique. Et je t’appris que dans ce que tu considérais comme de la maladresse dans les tiens, se trouvait une formidable sincérité, une énergie que je n’avais jamais trouvée chez moi.

C’est alors que notre relation commença. Purement épistolaire et pleine d’un respect mutuel qui, je crois, nous manquait tant. Que dire aussi de cette confiance entre nous qui s’instaura ? Je n’ai jamais eu de secret pour toi et tu ne m’as rien tu. Et ce qui devait arriver arriva. Fatalement. Nous eûmes envie de donner corps à cet autre qui nous fascinait tant.

Notre réserve fit que, lorsque la première fois que cela arriva, nous ne sûmes pas nous étreindre et nous contentâmes d’un chaste baiser. Qui alimenta toutefois les conversations qui suivirent. Nous nous en voulions d’avoir été si tièdes et un pacte fut alors scellé. Notre prochaine rencontre serait sensuelle ou ne serait pas. Mais il nous fallait des jalons, comme nous décrire comment nous nous embrasserions. Cela nous rassurait, je crois, de nous scénariser. Et nous respectâmes ce que nous nous étions promis lorsque nous nous revîmes.

Je ne sais pas vraiment ce que nous sommes l’un pour l’autre aujourd’hui. Des amis ? Ça va bien au delà je crois. Mais pas des amants toutefois. Je sais que ton cœur appartient à un autre mais j’ai la prétention de penser que nous nous aimons à notre façon. Je ne suis plus le même depuis que tu es entrée dans ma vie et j’aime celui que je suis devenu à ton contact. Alors merci d’exister.

 

(écrite à l’occasion de l’appel à texte à nos amours chez litt’orale)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s