Une histoire pas « cis » habituelle

Je l’avais repérée dès sa montée dans l’autobus. Il faut dire qu’une personne comme elle ne passe pas inaperçue. En l’occurrence il s’agissait ici d’une féminité suffisamment teintée d’androgynie pour laisser planer le doute et d’une tenue qui ne faisait qu’entretenir la confusion. Tout cela faisait que, malgré cela (où plutôt grâce), elle était à mes yeux faite à peindre. Et je m’y serais volontiers collé si j’avais eu le moindre talent devant un chevalet. Et du temps à passer avec elle. Mais les circonstances faisaient qu’il me fallait me contenter de la dévorer des yeux pour en imprégner ma rétine. 

Elle m’avait vite repéré au milieu des usagers et me dévisageait maintenant de l’air résigné de la biche qui se sait proche de l’hallali. Et le sourire maladroit que je lui avais lancé n’avait pas suffi à la dérider. J’aurais voulu lui dire des mots rassurants, que j’étais un gentil garçon, qu’elle ne risquait rien avec moi, mais j’avais compris dès le début que je ne serais pas crédible. Elle semblait avoir croisé le chemin de trop de prédateurs pour faire confiance à qui que ce soit.

J’étais donc resté dans mon coin. À distance respectable. Jusqu’à ce qu’elle arrive à son arrêt et descende. Je lui avais alors emboîté le pas. J’étais surpris de cette improvisation de ma part. Pas elle visiblement. Car elle avait ralenti le pas au lieu de l’accélerer et je m’étais retrouvé à sa hauteur. À portée du sac à main qu’elle tenait à bout de bras. Elle aurait pu m’assommer avec. Mais non. Au contraire. Elle m’avait désigné de son index libre une entrée d’immeuble et je m’étais engouffré à sa suite.

Il faisait noir dans la cage d’escalier. Est-ce cela qui m’avait encouragé ? Quoi qu’il en soit je m’étais jeté sur elle comme un mort de faim. Elle n’avait même pas cherché à se défendre. Tout juste s’était-elle un peu dégagé pour attraper ses clés et ouvrir la porte de son appartement. Je l’avais alors basculée sur le vieux canapé, au milieu d’exemplaires fatigués de Vanity Fair probablement piqués dans une salle d’attente, et mes mains s’étaient démultipliées sur son corps pour en prendre possession au plus vite. Jusqu’à arriver à son entrejambe.

J’avais déchiré son collant pour m’emparer de son sexe. Et j’avais alors découvert qu’il n’était pas celui de son état civil supposé quand il avait jailli du tissu comme un diable hors de sa boîte.

— Voilà. Tu sais maintenant. Et ? 

Je découvrais le son de sa voix. Cette intonation lasse de celle à qui n’arrive que le pire. Mais, là, tout de suite, je ne lui voulais que le meilleur. Alors, en guise de réponse, je l’avais relevée et  faite asseoir sur la table de cuisson avant de la prendre en bouche. Avec toute la tendresse dont j’étais capable. Elle avait alors posé ses mains sur mes tempes pour me guider. 

— C’est bien, oui… 

Ces mots étaient sortis avec un peu plus de chaleur que les précédents. Je sentais aussi son corps se détendre en même temps que grossissait un peu plus ce que j’avais sous la langue. J’en étais heureux. J’allais faire en sorte qu’elle le soit aussi. 

La nuit ne faisait que commencer. 

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