Candau mais pas trop

 

Elle ne reconnaissait pas l’homme aux mâchoires crispées qui montait et descendait rageusement les rapports en fonction des lacets de la route, martyrisant ainsi une boîte à vitesses qui ne lui avait rien fait. Physiquement pourtant c’était bien son mari. Mais il semblait possédé par une angoisse sourde qu’elle ne lui avait jamais connu et c’était presque un étranger en compagnie duquel elle regardait défiler les kilomètres qui les séparaient de leur rendez-vous.

La métamorphose avait commencé sur le perron alors qu’ils s’apprêtaient à partir. Peut-être même avant se disait-elle. Dès le début de la matinée. Il s’était visiblement levé du pied gauche et avait erré comme une âme en peine dans la maison, touchant à peine au steak haché saturnal qu’elle lui préparait pourtant maison, poêlé au beurre chaud.

Cela avait continué par le passage à la boutique de lingerie. Il s’était contenté de toquer nerveusement à la porte de la cabine comme pour lui reprocher le temps qu’elle y passait et, contrairement à l’accoutumée, le pantalon en velours de son mari était resté parfaitement plat à sa sortie. Pas la moindre bosse pour le déformer alors que ses essayages le rendaient toujours égrillard.

Et maintenant il conduisait sans même jeter un regard à sa passagère, pourtant superbe dans une petite robe qui dévoilait ses jarretières et faisait la part belle à sa poitrine grâce à un décolleté des plus avantageux.

Et pourtant c’est lui qui avait voulu ça à la base. Pour pimenter leur vie de couple il avait commencé par lui offrir une lampe à bronzer. Pour l’avoir estivale toute l’année lui avait-il dit. Puis était venu le temps des cadeaux affriolants. Et, enfin, il avait voulu l’offrir à un autre homme. Et, maintenant qu’elle n’était plus qu’à quelques minutes de se faire remplir le fondement jusqu’à la garde par un inconnu, pourtant choisi par ses soins, il semblait le regretter amèrement. Comme s’il craignait qu’après ça, la solidité de leur couple allait en pâtir.

Ils étaient arrivés.

Elle alla toquer à la porte

Il allait rester dans la voiture à imaginer ce qui se pourrait se passer à l’intérieur. Il était maintenant livide de terreur.

Que fallait-il pour qu’il comprenne le message ? Il ne risquait rien. Elle lui reviendrait toujours. Certes, il semblait souffrir d’avoir voulu jouer avec le feu. Mais elle était heureuse de ce moment de liberté qu’il lui offrait quoi qu’il lui en coûte.

Et elle saurait le remercier.

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