La porte ouverte

(Photo Nigel Cox on Flickr)

La bande son

Tu viens d’entrer dans ma vie. Pas par effraction, non. Je ne ferme pas souvent la porte. Il t’a juste suffi de la pousser.

Et tu as lancé un : « bonjour la compagnie, il y a du monde par ici ? »

Je n’attendais personne. Ça faisait un moment d’ailleurs que personne n’avait franchi le seuil. Alors j’ai été surpris de t’entendre. J’ai eu aussi ce petit moment de honte. C’était un peu le foutoir. Tu sais, quand on n’espère plus on néglige un peu sa façon de recevoir.

Tu as eu l’amabilité de faire comme si tu n’avais pas vu. Je t’en suis reconnaissant. Et tu t’es installée. Tu avais l’air à l’aise dans mon antre. Ça m’a mis en confiance. Tu n’avais pas cet air de vouloir repartir avec l’argenterie ou je ne sais quoi d’autre. Non. Tu me donnais juste l’impression d’être là parce que c’était ton envie. De passer un moment ici. C’était plutôt agréable comme sensation.

Puis tu as commencé à parler. Et, comme à mon habitude, j’ai d’abord été à l’écoute. C’est comme ça. Il me faut m’imprégner un moment de l’autre avant de m’y ouvrir. On peut prendre ça pour de la distance, et c’est d’ailleurs pour ça, je pense, que plus personne n’était venu ici. C’est juste de la retenue.

La glace s’est toutefois vite rompue. Je dois te reconnaître ce talent là parmi tant d’autres qu’il m’a semblé deviner. Tu as su me sortir de ma réserve, de cet isolement dans lequel je commençais à trouver mes aises. Je me suis d’ailleurs amusé à faire le parallèle entre toi et ces navires qui fendent la banquise afin d’ouvrir la voie aux convois marchands. Comme eux tu sembles avoir cette formidable énergie qui te fait avancer quel que soit la taille de l’obstacle. Tu connais ton chemin et tu y progresses malgré les embûches. Mais je n’y ai vu aucune violence quand il a croisé le mien et que tu y as ouvert une brèche.

Au contraire. Ça s’est passé avec une douceur extrême. Et c’est sûrement ça qui a fait que, plutôt que de rester en face de toi, je suis venu m’asseoir à tes côtés. Ce suave dans ta détermination a fait naître en moi ce besoin de contact. Et surtout le courage de l’exprimer en me rapprochant de toi. Tu ne t’en es peut-être pas rendu compte. Je ne l’ai pas forcément exprimé de façon explicite. Mais je me suis ouvert à toi en peu de temps bien plus que je n’aurais pu le penser.

Et j’ai envie que tu continues à creuser. Il y a paraît-il quelque chose de beau mais très fragile au fond de moi. Que je ne voulais plus trop montrer de peur qu’il ne soit de nouveau abîmé. Tellement de personnes l’ont manipulé sans prendre de précautions et je veux préserver ce qu’il en reste.

Mais en voyant la façon que tu as eue de rentrer chez moi puis en moi, je me dis que tu as le droit de le trouver. J’ai envie de te l’offrir.

Je ne te dis pas que ce sera simple. Il y a pas mal de strates de désillusions à percer et il m’arrivera sûrement de freiner ta progression d’une manière ou d’une autre. Mais je crois que, le temps aidant, tu arriveras au but pour peu que tu en gardes le désir.

Je ne sais pas si tu apprécieras ce que tu vas trouver. Peut-être même que tu voudras remettre un pelletée d’indifférence dessus. Pour le couvrir à nouveau. Pour ne plus le voir. Peu importe. Il aura été au jour, ne fût-ce qu’un instant. Et, rien que pour ça je t’en serai reconnaissant.

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