Un café nommé désir

Mots contraints : invitation, calendrier, viking, astrolabe, souris, canon, iPhone, manteau, sac à dos.

 

Je déambule sur les boulevards, mon sac à dos, dans lequel j’ai le nécessaire pour être paré à toute éventualité, solidement arrimé sur mes épaules. J’ai besoin d’un café. D’un peu de chaleur plus généralement. Alors pourquoi ne pas m’asseoir au comptoir du bar, là, au coin de la rue ? Son enseigne, un énorme viking un hanap à la main indique qu’on y sert plutôt des bières. Mais c’est bien le diable si je n’arrive pas à obtenir plutôt un petit arabica.

Je pousse donc la porte. Il fait sombre et, à part la serveuse, il n’y a personne. Je dépose mon manteau sur une patère et m’assois sur un tabouret. Elle me salue d’un  » Hello ! Que puis-je pour vous faire plaisir ?  » sonore et amical. C’est bête mais cette façon de m’accueillir, si directe fût-elle, m’a aussitôt mis à l’aise. Alors je lui souris et passe ma commande. Elle fronce les sourcils.

— De la caféine ? Vous êtes fatigué ? Malade ? Vous êtes certain que vous ne préféreriez pas notre blonde artisanale ?

Dieu qu’elle peut être canon, là, avec la moue interrogative et vaguement réprobatrice qu’elle m’adresse. Une réelle invitation au voyage. De ceux où l’on veut se perdre et pour lesquels on ne prend donc ni boussole ni astrolabe.

Mais je n’ai pas tout à fait l’esprit à ça. Les hasards du calendrier font que je cumule plusieurs entretiens dans la journée pour lesquels je dois garder la tête froide. Alors je lui confirme mon souhait d’un expresso bien serré. Une certaine déception se lit sur son visage et, après avoir déposé tasse et soucoupe devant moi sur le zinc, elle se désintéresse complètement de moi et s’abîme dans la contemplation de l’écran de son IPhone.

Il est temps que j’y aille. Je paie mon café assorti d’un petit pourboire, me rhabille et sors.

Je n’ai pas fait dix pas dehors que mon téléphone vibre. Une application de rencontres géolocalisées que j’avais délaissée, faute d’y trouver quiconque. Je l’ouvre. Un fav d’un profil à proximité, accompagné d’un message.

— La blonde sera toujours là pour vous. Elle vous attendra le temps que vous changiez d’avis.

Et je pense aux boucles dorées qui encadraient le visage de ma serveuse. J’ai manqué d’à propos.

J’hésite à faire demi tour. J’y renonce. Pas le temps. Mais je note le nom et l’adresse. Puis je lui réponds.

— Ce sera avec joie que je reviendrai déguster. A très vite.

Et je me dirige vers le métro. Vers mon prochaine entretien. Le cœur léger et le moral remonté à bloc. Les anges viennent de m’adresser un signe. Je vais le décrocher ce job.

 

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