Balcon nu (2)

C’est bon de lézarder ainsi et d’offrir son corps aux premiers rayons du jour. Car, bien que ne travaillant pas, je me suis réveillé tôt ce matin pour profiter de ma journée. Qui commence plutôt bien je trouve. 

Il est temps de me servir une deuxième tasse. Je me lève et il me semble alors remarquer un léger mouvement derrière le rideau d’une fenêtre de l’autre côté de la rue.

Un voyeur ? Une voyeuse plutôt ? Je ne sais pas. Mais je marque un temps d’arrêt avant de rentrer afin que cette personne ne perde rien du spectacle de mon corps. 

Inversion

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Les censeurs pensaient avoir gagné en faisant admettre au plus grand nombre que le nu devait être banni des musées. Frileux, les conservateurs avaient donc procédé au rhabillage des œuvres de leurs collections.

C’était sans compter sur une bande de joyeux drilles qui, en guise de pied de nez, avaient investi collectivement tous ces lieux de culture pour s’y déshabiller et offrir à l’opinion une vision inversée de ce que nous avions connu jusqu’à il y a peu. Leur nombre faisait leur impunité et les gardiens dépassés n’avaient pu que compter les culs.

L’affaire avait fait grand bruit dans presse et les lignes avaient recommencé à bouger. Le temps du grand bond en arrière était venu.

Balcon nu

Le temps frais et nuageux de ces derniers jours a laissé sa place à un franc soleil et, comme c’est le week-end, je prends le temps de boire mon café sur mon balcon. Ce petit extérieur qui est le seul luxe que je me suis permis quand j’ai choisi mon appartement, j’en mesure maintenant les bienfaits. 

J’ai aussi la chance de ne pas avoir beaucoup de vis à vis et, pour ne rien vous cacher, je me moque un peu du fait qu’on puisse me voir. Alors oui, ce café je le bois nu, baigné des premières chaleurs de l’été.

Dommage (2)

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Il y a des jours où, sans prévenir, le boomerang revient. Et on le prend en pleine face. À l’image d’un cadeau que l’on a voulu faire et qui n’est jamais parvenu à destination. Et là on prend la mesure du mal que l’on a pu faire. On a envie de réparer. Mais ce n’est pas forcément possible. Alors il faut se rendre à l’évidence. Quand la cause est perdue il ne sert à rien de s’acharner. Il faut laisser partir celle qu’on a chérie. Et que l’on a blessée. Je devrais faire ça, je sais. Mais c’est si difficile.

Au supermarché

Il est de ces moments que l’on ne voudrait jamais voir se terminer. Mon week-end a été ainsi. Car je n’aurais jamais cru que cette femme, rencontrée de façon fortuite au supermarché, allait faire de ces deux derniers jours un tel enchantement. 

Ça avait pourtant commencé de façon très banale. Un article situé trop haut dans les rayons pour ses 1m50 mais à ma portée et j’avais gagné sa reconnaissance immédiate, lue dans le le gris sombre de son regard.

En général les choses en restent là et chacun retrouve le cours de sa vie. Et je l’avais presque oubliée en sortant du magasin, mes courses faites. Presque, oui, parce que, quand même, l’éclat acier de ses yeux m’avait troublé quand je lui avais tendu l’objet qu’elle désirait. Mais je savais que mes planètes étaient rarement bien alignées, alors autant passer à autre chose. 

Et j’en étais là, sur une terrasse mes courses à mes pieds et une tasse sur la table quand elle était venue se planter devant moi 

— Je n’ai pas pour habitude de laisser mes sauveurs sans remerciements alors les cafés c’est pour moi. 

Et elle s’était assise en face de moi, avait hélé le serveur et avait passé commande de deux nouveaux expressos. 

— Vous en boirez bien un autre, non ? 

J’avais opiné du chef en signe d’acquiescement, un peu ébahi par son aplomb. Elle m’arrivait à l’épaule, devait faire à peine plus de la moitié de mon poids et, en un claquement de doigts, avait décidé d’entrer dans ma vie.

Elle me dévisageait maintenant, et j’avais l’impression d’être plus que nu dans le faisceau de son regard. 

— Et donc, à part sauver des femmes en détresse les veilles de week-end, vous faites quoi dans la vie ? Faites attention. Si j’aime les belles histoires, j’ai les fanfarons en horreur. 

Le décor était planté. Autant être le plus honnête possible. Alors je lui avais dit le travail, pas forcément passionnant mais qui avait le mérite de me laisser de la liberté, qui m’avait amené dans cette ville. Cette sensation de revivre depuis que j’y étais malgré quelques moments de solitude et mon environnement qui était en train de changer pour mon plus grand bonheur. Tout jusqu’à ces rencontres inopinées que seul l’anonymat d’une métropole permettait. Et j’avais appuyé ma dernière phrase en prenant sa main. Elle ne l’avait pas retirée.

— J’aime aussi l’impromptu. C’est aussi pour ça que je me suis incrustée à votre table. Avez-vous des projets pour ces deux jours qui viennent ?

Ça avait le mérite d’être direct. Et je devais avouer que je n’en avais aucun. Alors autant me laisser porter par ma nouvelle camarade.

Je n’allais pas le regretter. 

Au parc

Il fait chaud aujourd’hui. Et l’atmosphère de mon petit appartement est vite devenue étouffante. Alors, après ma troisième douche, j’ai décidé que cela suffisait et, une fois sommairement séché, j’ai enfilé un t-shirt, un bermuda et une paire d’espadrilles et je suis sorti chercher un coin à l’ombre. Sur l’herbe de préférence. J’ai donc fourré un plaid et une bouteille d’eau dans mon sac à dos et j’ai marché jusqu’à un parc pas loin de chez moi. Par chance il n’y a pas trop de monde et j’ai pu prendre mes aises sous un arbre.

Je suis bien là et je lis un roman sur mon smartphone avec le chant des oiseaux pour seul fond sonore. Les pages défilent toutes seules, c’est un vrai régal, et j’en viens à oublier ce qui m’entoure. Jusqu’au moment où une petite balle vient traverser ma couverture, vite suivie par un staff au galop qui manque me renverser.

— Fulgor ! Au pied ! Vite !

C’est une voix féminine qui vient de rappeler le molosse à l’ordre. Je tourne la tête vers elle. Elle doit avoir une petite trentaine, porte des cheveux bleus, et son débardeur, largement échancré, laisse apparaître de nombreux tatouages sur ses bras et ses épaules. Elle me regarde, confuse.

— Excusez-moi Monsieur, mon lancer était foireux. Mon chien ne vous a rien fait de mal j’espère.

Je lui souris pour la rassurer. Mais pas que. Je la trouve vraiment jolie. Pas vraiment mon genre, je préfère les femmes plus mûres et plus rondes, mais son côté punk très typé ne me laisse pas indifférent. Et je dois avouer être un peu hypnotisé par sa poitrine, menue mais arrogante, que je vois pointer sous le tissu malgré les quelques mètres qui nous séparent. Elle ne porte pas de soutien-gorge. Elle n’en a pas besoin. Et je me demande alors si elle cache une culotte sous sa jupe. J’ai envie que non. J’ai envie de la savoir nue sous ses vêtements légers.

Subitement me vient l’idée d’en savoir plus. Cela peut être sympa d’engager la conversation avec cette inconnue. Je venais de terminer un chapitre quand le chien est venu bouleverser ma quiétude et, maintenant, je n’ai plus du tout la tête à la lecture, mais plutôt à folâtrer.

Je cherche un prétexte. C’est Fulgor qui me le donne, visiblement frustré de ne pas avoir trouvé sa balle, et qui attend aux pieds de sa maîtresse. Car je vois qu’elle s’est prise dans un pli de mon plaid. Emporté par son élan tout à l’heure, il n’a pas pu la prendre au vol.

L’occasion est belle de la lui ramener et de m’en faire un ami avant d’essayer de conquérir sa maîtresse.

Sonnet d’été

C’est l’été ma jolie et j’ai quelques désirs 

Vous concernant. Je veux ici les exprimer

Car ils sont à l’étroit, quelque peu comprimés 

Dans ma tête. Alors il est mieux de les écrire 

****

De ma bouche je vous donnerai du plaisir 

Car pour les abricots je suis un fin gourmet 

Mon objectif est de vous faire vous pâmer 

Sous de douces caresses cela va sans dire. 

****

Prélude sûrement à des jeux plus sérieux 

Je veux vous faire avoir un regard envieux

Et me faire prier d’aller un peu plus loin 

****

Un peu plus loin jusqu’où ? Nous le verrons au fur 

Et à mesure mais, de cela je suis sûr, 

Que quoi que nous fassions, nous serons tous deux bien 

The day after (2)

Il arriva à l’heure prévue. Croyant à un second round il se déshabilla. Mais ne la voyant pas sur le lit, il grommela une remarque désobligeante sur ces salopes qui ne savaient pas se tenir et avança dans la pièce.

La dernière chose qu’il vit fut un bras qui s’abattait vers son visage. Un bras de fille avec une statuette beaucoup trop lourde pour qu’elle puisse la tenir ainsi s’était-il dit. Et puis plus rien.

Il gisait maintenant sur le sol et une large flaque de sang trempait désormais la moquette autour de son crâne défoncé. Elle n’avait aucun doute quant au fait qu’il fût mort à présent et, après la satisfaction de sa vengeance, une sourde panique commença à l’envahir. Elle était désormais une meurtrière et elle savait la justice locale pas très tendre avec les gens qui assassinaient leurs notables. Il lui fallait donc fuir. Oui, mais où ? Comment ? Elle n’avait pas de temps à perdre et il lui fallait réfléchir à toute allure. Tout d’abord c’était lui qui avait réservé la suite. Et, pour ce qui s’y était passé, nul doute que la transaction avait dû se faire sous le manteau. Tout risque qu’elle apparût sur le registre de l’établissement était donc écarté. Et puis elle se souvenait du chemin qu’ils avaient emprunté pour se rendre sur la scène de leurs ébats. Tout avait été fait pour qu’on ne la vît pas. Elle n’était donc qu’une ombre dans ce paysage et elle pourrait s’en échapper facilement. Restait à effacer ses traces. Et là elle bénit son tourmenteur qui, pour la filmer avait exigé qu’elle soit parfaitement épilée et porte une perruque. Elle n’avait donc certainement laissé aucun poil ou cheveu dans la chambre. Restait à voir dans la salle de bains, bien nettoyer toutes les surfaces pour supprimer la moindre empreinte et embarquer les draps pour plus de sécurité. Ne pas oublier non plus de récupérer la carte mémoire de la caméra. Elle était l’héroïne du film qui s’y trouvait et elle ne tenait pas à ce que cela se sache.

Ce qu’elle fit avec soin. Mais il lui fallait parachever son œuvre et essayer de brouiller un peu les pistes en maquillant son crime. C’est là qu’elle se souvint des jouets qui avaient servi à l’occuper pendant que ces messieurs reprenaient des forces. Le cadavre était encore chaud et ne devait pas être encore pris de rigidité. Ils allaient avoir un ultime usage. Restait à les mettre en place. Un dans la bouche et le plus gros dans le cul, ce serait parfait se dit-elle. On penserait à une orgie qui avait mal tourné, suivi d’une vengeance. Ce qui était parfaitement le cas. Mais en féminisant un peu la victime et le remplissant de part et d’autre, elle le plaçait dans la position d’une sissy devenue un peu gênante et dont on aurait voulu se débarrasser. Elle se faisait toutefois peu d’illusions, les flics n’étaient pas des imbéciles, mais cela lui permettrait sûrement de gagner quelques heures.

Le mort était désormais maquillé comme une pute de bas étage et suçait un godemiché rose tandis que le simulacre d’une bite de cheval distendait son cul. IL était temps de partir à présent. Mais elle s’offrit deux minutes supplémentaires afin de prendre une photo. Qu’elle enverrait certainement à la presse, histoire d’ajouter un peu de désordre.

Elle jeta un œil par la porte. Personne. Restait à gagner l’escalier de service en espérant qu’il n’y avait pas de vidéosurveillance. Elle s’était caché le visage mais on pourrait avoir un chrono de sa sortie et ce serait dommage. Elle serrait dans son poing les clés du véhicule de sa victime. L’écusson qu’elles portaient attestait qu’il s’agissait d’un bolide et elle avait besoin de mettre de la distance au plus vite. Vers où ? Elle ne le savait pas encore.

Pourquoi ?

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Le visage entre ses mains, elle réfléchissait. Qu’avait-il bien pu se passer pour que cet homme qui avait toute sa confiance et son affection devienne le sombre con qu’elle cherchait désormais à faire disparaître de sa vie par tous les moyens ? Il avait dû se passer quelque chose qui lui échappait encore. Ou alors c’était juste le vernis de civilisation qu’il portait qui avait fini par se fissurer, laissant apparaître au grand jour les malfaçons. Elle avait pourtant un radar pour les mecs toxiques. Alors comment celui-ci avait-il pu lui échapper ? Et si tout n’avait été qu’un horrible concours de circonstances ? Il lui fallait chasser ces idées de sa tête. Elle ne connaîtrait sans doute jamais la réponse et, de toute façon, le mal était fait, sans rémission possible.

Panique

Les promoteurs du parc d’attractions avaient eu là une excellente idée en proposant au public un survol panoramique des manèges et, même s’il paraissait un peu ancien, le téléphérique semblait faire son job sans problème.

Jusqu’à ce que je prenne place dedans. Car, arrivé en plein milieu de son parcours, il s’était arrêté dans un bruit de ferraille assourdissant. Par la fenêtre je regardais le vide en dessous de nous. Quelques dizaines de mètres quand même, ce n’était pas rien. Et, peu à peu, la panique m’avait pris. Je m’étais persuadé que nous étions perdus. Quelle serait la conclusion ? Nous allions tomber, c’était certain. À force de nous balancer ainsi la cabine allait se décrocher avant que les secours n’arrivent. Et après une chute pareille, inutile de gaspiller la moindre poche de sang pour essayer de nous sauver. Ramasser nos morceaux serait tout ce qu’il resterait à faire. J’étais tétanisé. Et ce n’était pas le vieux croulant qui marmonnait des prières en égrénant son chapelet à toute allure qui allait me rassurer.

Il me fallait trouver un dérivatif, fixer mon attention sur autre chose. Sinon la terreur qui me broyait les entrailles allait me faire rendre mon déjeuner.

Et mon salut était venu d’une somptueuse rouquine tout de cuir noir vêtue. Une motarde certainement et qui, sans doute habituée aux sensations fortes, restait parfaitement impassible. Je m’étais d’abord absorbé dans la contemplation de sa flamboyante chevelure dans laquelle elle faisait négligemment courir ses doigts. Un véritable incendie de forêt qui m’avait fait temporairement oublier la situation. Et puis j’avais continué mon exploration visuelle. À cause de la chaleur elle avait ouvert grand le zip de sa combinaison et j’étais maintenant captivé par la rondeur de ses seins. Et une sensation de désir animal pour cette inconnue avait remplacé toute peur dans mon esprit

Et c’est alors que j’allais me rapprocher d’elle et entamer la conversation que le gars au chapelet avait plongé le nez dans son décolleté en lui pelotant les fesses d’une façon tout à fait sordide. Et que, loin de le repousser, elle s’était mise à rire en gloussant des “enfin poussin, pas ici ». J’avais du mal à le croire. Cette abominable vision était sûrement le fruit de mes angoisses. Il me fallait me réveiller de ce cauchemar

Et puis les gens s’étaient mis à applaudir. Et tout s’était Illuminé dans ma tête. J’avais été le jouet d’un énorme canular. Il n’y avait aucun souci technique et ces personnes étaient des comédiens. Mais quelle trouille j’avais eue.