La comptable

Mots contraints : Contestation, fractionné, raquette, pomme, ascenseur, pétillant, tube, pile, rose.

Il n’y avait aucune contestation possible : le trou dans la raquette que je venais de déceler était si gros que, même fractionné sur plusieurs exercices comme il l’était, un comptable débutant l’aurait constaté. Comment se pouvait-il d’ailleurs qu’aucune alerte n’ait été donnée ? Il n’en demeurait pas moins qu’il était passé inaperçu durant des années et que sa justification était pour ma pomme. Foutu audit.

J’avais donc pris l’ascenseur jusqu’au dixième étage, là où se trouve  le service financier, afin de demander des explications à Rose, sa responsable. J’aimais bien aller la voir. Je crois que j’étais bien le seul. Car, visiblement, personne d’autre n’avait remarqué que sous ses grosses lunettes d’écaille se cachait un regard pétillant. Dont elle m’avait gratifié quand j’avais passé la porte de son bureau. Mais je n’étais pas là pour lui conter fleurette. L’heure était grave.

— Il faut qu’on se parle. Il y a une grosse anomalie qui est passée à l’as depuis des années et je ne peux pas croire que tu n’es pas au courant

— Tu tombes pile, c’est justement le petit secret dont je voulais te parler. Ferme la porte, tout ceci doit rester entre nous.

Elle m’avait alors raconté le détournement de fonds ahurissant auquel elle avait procédé durant toute sa carrière dans la société. Dont l’objet de ma visite n’était que la partie qu’elle avait bien voulu faire émerger pour attirer mon attention avant de disparaître. Elle possédait désormais plusieurs millions sur une constellation de comptes offshores et elle était disposée à les partager avec moi. Car, m’avait-elle  dit, j’étais le seul durant ces années passées à lui avoir accordé de l’intérêt. L’audit auquel je me livrais allait lever le voile sur ses malversations. Elle me demandait juste de jouer la montre, le temps pour elle de prendre l’avion. Je la rejoindrais ensuite, quand l’affaire se serait tassée, après avoir moi aussi quitté la boîte. Mais auréolé pour ma part de mon rôle de lanceur d’alerte.

Que croyez-vous qu’il est advenu ?

Nous sommes maintenant tous les deux au bord d’une piscine, dans un pays dont on n’extrade pas, et nous écoutons un orchestre de mariachis jouer de vieux tubes en sirotant des cocktails.

Qui a dit que le crime ne payait pas ?

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