Impromptu

Image Catherine Reznitchenko

La publicité a parfois du bon. C’est en lisant un mail qui me vantait les mérites d’un énième incontournable de la Saint Valentin que je suis souvenu du fait qu’une de mes connaissances vendait à l’occasion quelques unes de ces babioles. Pas vraiment son fond de commerce cela dit. Mais en ces temps de vaches maigres il faut parfois faire feu de tout bois. 

Quelques messages échangés avec lui pendant ma pause déjeuner et l’affaire était conclue. Si j’arrivais à débaucher suffisamment tôt, il me fixait rendez-vous à sa boutique. Il y faisait des travaux et, m’avait-il dit, ce que je devais lui acheter n’était pas sans rapport avec l’endroit lui-même.

Je passai donc l’après-midi sur des charbons ardents, à maudire chaque nouveau mail susceptible de retarder la fin de mon travail. Mais, et je m’y étais engagé, il n’était pas question que je fasse plus que mes heures.

Pas le temps de me changer. Mon ami m’avait toujours connu tiré à quatre épingles mais aujourd’hui ce serait à la guerre comme à la guerre. Et, de toute façon, je ne l’imaginais guère faire ce qu’il m’avait sommairement décrit avec un des impeccables costumes dont il était coutumier.

En marchant vite, j’avais calculé que je pourrais passer une grosse demi-heure en sa compagnie. De quoi nous raconter un peu nos parcours depuis que la vie s’était peu ou prou arrêtée.

Il m’avait dit d’insister sur la sonnette. Il serait peut-être au sous-sol. Et pourtant il m’ouvrit la porte à peine eus-je pressé le bouton. Pas question de nous tomber dans les bras, consignes sanitaires obligeant. Mais nous étions heureux de nous voir. 

Il m’offrit un verre. C’était étrange de se retrouver comme cela. Un peu partout régnait le désordre des endroits laissés un peu à l’abandon et j’en étais presque triste. 

Le carillon m’arracha à ma rêverie. Attendait-il quelqu’un d’autre ? Auquel cas il serait temps que je m’éclipse.

Il revint avec une femme que j’avais déjà croisée ici. Elle venait faire la même emplette que moi et la conversation s’engagea là-dessus. Pour dévier sur cette foutue époque. 

Elle ne me quittait pas des yeux. Son regard m’avait naguère troublé et les choses n’avaient pas changé. À cette différence près que nous avions hélas peu de temps devant nous pour la séduction.

Il était d’ailleurs temps de rentrer. Elle me demanda de lui mettre son manteau. Je m’exécutai avec joie. Notre ami nous fit ensuite remarquer que nous avions en commun une partie de nos trajets respectifs. C’était l’occasion rêvée de poursuivre nos échanges et de jouer les chevaliers servant en la raccompagnant. Elle accepta ma proposition avec un plaisir non feint.

  • Et, si nous arrivons trop tard à ma porte, je vous offre le gîte et le couvert.

Je me pris à l’espérer. D’autant plus qu’elle l’avait dit avec une pointe de gourmandise dans son intonation. 

Il était temps de se mettre en chemin. Je lui offris mon bras. Elle s’y pendit et m’embrassa très délicatement sur la joue avant de remettre son masque.

  • Un acompte pour votre gentillesse.

Il ne nous restait plus qu’à marcher le plus lentement possible.

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