Un matin d’hiver

Cela nous tournait autour depuis quelques jours et Météo France avait lancé une alerte : il a abondamment neigé cette nuit et je vois que mon balcon est tout blanc quand j’ouvre les volets. Je ne peux éviter de sourire. Depuis tout petit et un voyage à la montagne où j’étais plus petit que la couche de neige, j’adore quand mon environnement est couvert par ce blanc manteau. Je ne peux pas non plus m’empêcher d’aller jusqu’à la rambarde pour regarder en contrebas. Avec un peu de chance je pourrai admirer quelques belles glissades.

J’aperçois justement une excellente candidate. Une de ces citadines toujours pressées et jamais équipées pour ce genre de temps. Son pas est aussi mal assuré qu’il essaie d’être rapide et ce qui devait arriver arrive. Elle s’étale les quatre fers en l’air. Sa jupe s’est retroussée dans sa chute et je m’aperçois avec stupéfaction qu’elle ne porte rien dessous. Le blanc de sa peau nue forme un contraste saisissant avec le sombre de sa tenue et se retrouve du coup en parfait accord avec ce qui l’entoure.

Je ne peux réprimer une exclamation, tout autant de surprise que d’admiration. Elle l’entend, se relève tant bien que mal et lève la tête pour m’invectiver. J’ai droit à toute une série de mots pas doux du tout, dont le surprenant “exhibitionniste sur son balcon”. Je réalise alors que, tout à la magie de ma découverte puis captivé par ce que j’avais sous les yeux, je n’ai pas pris la peine de passer le moindre vêtement. Je me disais bien pourtant que ça piquait un peu ce matin mais sans trop y prêter attention.

je m’apprête à battre piteusement en retraite sous ses lazzis quand, subitement, ses cris meurent dans un sanglot. J’arrive à comprendre au milieu de ses pleurs que, dans sa chute, elle a non seulement perdu ses clés mais aussi cassé son téléphone. La voilà donc à la rue sans qu’elle ne puisse prévenir personne. J’ai soudain honte de m’être moqué d’elle quand elle est tombée. Il me faut lui prêter main forte. J’ai mis la Bialetti sur le gaz il y a peu et j’ai parfaitement le temps de passer quelque chose, descendre proposer l’hospitalité à cette femme avant que l’eau n’ait fini de passer.

Je me hâte donc et la retrouve donc dehors à regarder fébrilement autour d’elle. Je me joins brièvement à elle mais je sais que c’est en vain. Les bouches d’égout sont voraces. Elle finit de fondre en larme sur mon épaule alors qu’elle me martèle le buste de ses poings.

— Venez ! Vous ne pouvez pas rester là ! Vous allez monter prendre un café, vous détendre un moment et passer les coups de fil nécessaires.

Elle relève la tête. Ses yeux gris sombres sont embués de larmes mais me dévisagent avec méfiance.

— Mais… Vous êtes…

— L’exhibitionniste du balcon, oui. Mais,comme vous pouvez le voir à présent, je peux être habillé aussi et je n’en suis pas pour autant un satyre.

Elle esquisse un léger sourire.

— Merci.

— Suivez-moi.

Nous montons chez moi sans mot dire . Je la débarrasse de son manteau et la fait s’asseoir sur le canapé.

— Le café est prêt. Du sucre ?

— Non merci. Votre téléphone ?

— Devant vous sur la table basse. Attendez, je le déverrouille.

Elle porte l’appareil à son oreille et entame une conversation animée avec ce qui doit être son petit ami. Ce faisant, elle croise et décroise nerveusement ses jambes, ce qui fait remonter sa jupe bien trop haut pour que cela reste raisonnable. J’ai posé les tasses et, assis face à elle, je ne perds rien du spectacle. Elle finit par s’interrompre et me lance un regard en coin avant de masquer le micro de sa main.

— Exhibitionniste pour commencer et maintenant voyeur ? Vous avez vraiment tous les vices ! 

Le sourire qu’elle me lance alors me laisse sans voix. Elle reprend sa conversation durant une ou deux minutes avant de raccrocher et de poser mon smartphone.

—  J’ai une heure avant que l’on ne vienne me chercher. Je vais donc devoir abuser de votre hospitalité. Mais vous me devez bien ça, non ? Avec votre comportement de vilain garçon il va vous falloir vous racheter. Venez donc près de moi !

C’est dit sur un ton sans réplique. Je m’approche. Elle prend sa tasse de la main gauche avant d’écarter grand les jambes et de m’indiquer le tapis.

— A genoux ! Votre défi maintenant est de me faire jouir le temps que je boive mon café. Mais attention ! Il vous faut être doux. Si je n’en renverse ne fût-ce qu’une goutte vous avez perdu.

Je mets maa tête entre ses cuisses et colle ma bouche à son sexe. Elle manque de s’étouffer. Puis la surprise fait place à une première onde de plaisir. Je ne la connais pas alors je me laisse guider par les réactions de son corps. Elle semble aimer que j’aspire très légèrement son bouton et que je fasse courir ma langue sur ses nymphes avant de les aspirer délicatement. Je ne veux surtout pas la brusquer et, à ce qu’elle m’a dit, j’ai un peu de temps devant moi. Qu’elle succombe à l’orgasme au point de renverser son café et s’en serait fini. Je ne le veux pas. Je la sens osciller entre maîtrise et abandon, tout en sirotant son breuvage. Les mots de Talleyrand me viennent alors : “Café : Noir comme le diable Chaud comme l’enfer Pur comme un ange Doux comme l’amour.” Ils prennent là tout leur sens. J’insiste et accentue mes caresses. Elle résiste. Juste ce qu’il faut. Avant de elle crisper ses doigts sur la faïence alors qu’un puissant orgasme lui traverse la colonne vertébrale. Elle crie et me broie les tempes de ses cuisses . Je l’accompagne jusqu’à ce que la houle de son bassin se calme. 

Elle finit par me tendre la tasse. Vide. Le canapé et le tapis sont presque intacts. Il n’y a en tout cas pas la moindre trace de café. J’ai gagné. Elle regarde sa montre.

— Il reste un peu de temps. Tu as encore du café ?

Je vais commencer à travailler très en retard. Ma galanterie me perdra.

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