Train de nuit

Image Lyonrail on Flickr

Je fus surpris lorsque le train entra en gare. Je savais que ce n’était pas une ligne à grande vitesse, mais de là à voir une de ces motrices que je collectionnais enfant et monter dans une voiture à compartiments, il y avait un monde. Et, à ce moment, les souvenirs affluèrent.

Je faisais mon service militaire dans une caserne à l’autre bout de la France et ne rentrais que rarement. Tout voyage se devait donc d’être une fête. J’avais repéré pour cela une brasserie à sa gare de correspondance. Il avait deux heures de battement , largement le temps de ripailler , même si je le faisais seul la plupart du temps. Le reste du voyage se faisait dans la somnolence de la digestion et les vapeurs de l’alcool que j’avais consommé.

Un soir, tout ne se passa pas comme d’habitude. Il y avait cette femme qui était venue s’asseoir deux tables plus loin, siroter un kir. Seule elle aussi, qui me lançait des œillades. Le prestige de l’uniforme certainement. Quel âge pouvait-elle donc avoir? Pour le bidasse de vingt ans que j’étais, elle était en tout cas une vieille d’au moins trente-cinq ans mais impossible d’être plus précis. D’après mes camarades de chambrée, elles étaient des expertes à cet âge et souvent mortes de faim. C’était sûrement le cas à voir comment elle me matait mais je n’aurais pas le loisir de le vérifier, mon train partait dans une vingtaine de minutes et j’avais juste le temps de payer mon addition avant de gagner le quai. Je sentis toutefois son regard peser sur moi tandis que je sortais du restaurant.

Le train s’était ébranlé à l’heure, le contrôleur était passé et mon compartiment était désert, j’allais pouvoir prendre mes aises et, pourquoi pas, m’offrir une rapide caresse en pensant à l’inconnue du restaurant. Je fermai porte et rideaux avant de m’asseoir et de défaire ma ceinture.

C’est alors que j’entendis qu’on tournait la poignée. J’eus tout juste le temps de jeter pudiquement ma veste sur mon entrejambe avant qu’on n’entre. J’ouvris de grands yeux. C’était la femme de la brasserie . Elle vint s’asseoir en face de moi, toujours le sourire aux lèvres.  Curieusement elle n’avait aucun bagage.

— Faites comme si je n’étais pas là.

Sa voix, chaude et légèrement rauque, me prit aux tripes et je sentis naître une érection incontrôlable sous mes doigts. Elle ne pouvait pas s’en rendre compte. Je rougis.

— Vous avez l’air d’avoir chaud. Cette veste doit vous gêner. Vous permettez ?

Avec une adresse de magicienne, elle fit disparaître le vêtement, libérant mon sexe tendu vers le plafond.

— Voyez-vous ça. Et vous vouliez le garder pour vous ?

Elle était à présent à genoux devant moi, marquant un temps d’arrêt étourdissant au-dessus de mon gland avant de le gober. Les copains avaient raison, elle me suçait comme jamais je ne l’avais été et je dus m’accrocher à sa tignasse dans un geste réflexe pour ne pas défaillir. Laquelle me resta dans les mains. Elle n’était pas blonde. Il y avait des cheveux courts et bruns sous la perruque.

Elle marqua un temps d’arrêt et me regarda,

— Tu sais tout. Alors ?

Elle n’était pas exactement ce qu’elle prétendait être. Il n’en demeurait pas moins qu’elle était la meilleure pompeuse que j’aie jamais connu. J’étais un peu ivre, tout autant du plaisir qu’elle me donnait que du vin que j’avais bu au dîner.

— Continue. Je vais tout te donner.

— Je vais te faire crier.

Et elle reprit. C’était encore meilleur qu’avant et je ne fus pas long à lui avouer, dans un gémissement, que j’allais venir. Elle me branla frénétiquement avant de me recueillir sur sa langue et venir me rouler une pelle magistrale. C’était iodé et légèrement salin. Je fermai les yeux pour mieux apprécier ce baiser.

Elle finit par se relever. Le train ralentissait avant d’entrer dans la prochaine gare.

— Je descends ici. Adieu beau militaire. Je sais que tu ne m’oublieras pas.

Elle sortit, me laissant abruti par cet épisode si bref mais si fort.

J’ai toujours regardé les trains différemment depuis. Et, alors que je monte dans ce wagon suranné, je sais que je ne pourrai pas m’empêcher de scruter la porte du compartiment tout au long de mon trajet.

Et si ?

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