Au parc

J’aime me balader aux premières heures dans ce parc. Il est quasiment désert et j’ai l’impression d’y oublier un peu les vicissitudes de la vie en déambulant dans ses allées car, malgré les restrictions en vigueur, il y règne une atmosphère moins oppressante qu’ailleurs.

Je suis allé me chercher un café à emporter pas loin et, muni de mon gobelet de carton, je décide de m’installer sur un banc pour profiter du soleil en observant les alentours. 

Il y a un couple, allongé au pied d’une statue pas loin. Ils sont juste assez près pour que je puisse les observer et tout à la fois assez loin pour que je ne me fasse pas remarquer. La femme finit par se lever pour prendre la même pose que le marbre qui la surplombe. L’homme applaudit et je l’entends rire. J’en souris moi aussi. 

Pas longtemps. Car ce que je vois à présent me stupéfie : pour pousser le mimétisme, elle a ôté le haut. Et c’est donc poitrine au vent qu’elle fait désormais sa chorégraphie. Me voilà donc dans la peau du voyeur mais aussi dans celle du guetteur car je n’ai pas envie qu’ils se fassent attraper.

Je cherche donc par quel moyen je pourrais les prévenir de l’arrivée de quelqu’un. Je n’ai pas à chercher bien longtemps. D’un pas décidé, l’homme vient vers moi. Il a un air avenant et je finis par remarquer le boîtier d’un appareil photo entre ses mains.

  • Je vous observe depuis tout à l’heure. Votre comportement m’indique que je peux vous faire confiance. Vous voulez bien nous prendre ? 

Il me tend le reflex et m’invite à le suivre. Entre-temps, elle a fini de se déshabiller et, rapidement, il l’imite. Les voilà donc nus, qui prennent des attitudes d’une sensualité folle, avec la statue et le ciel bleu comme fond. Leur décontraction et l’amour qu’ils semblent se vouer sont hallucinants et, désormais étranger à tout ce qui nous entoure, je déclenche à tout va. Nous avons peu de temps. 

En à peine deux minutes, j’ai pris la bagatelle d’une centaine de clichés. Je le leur fais savoir. Cela semble leur suffire et ils se rhabillent. Il est temps : le public ne va pas tarder à remplir les allées.

Je prends congé, les remerciant de m’avoir associé à leur ballet. Ils me demandent en retour une adresse mail. Ils veulent partager le fruit de cette séance avec moi. J’en suis flatté.

Je dois reprendre le cours de ma vie. Je les laisse donc auprès du couple enlacé qui a veillé sur leur exhibition. Cette journée commence bien. Je suis heureux. 

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