Distraction

Image Marleen Roelofs on Flickr

Je n’attends personne ce matin. Pas plus que personne ne m’attend. Et cela tombe bien. Je vais pouvoir prendre du temps pour moi. Et pourquoi pas aller paresser un peu au jardin ?

La Bialetti est en train de chauffer et, en attendant qu’elle ne chante, je regarde par la fenêtre ouverte. Le ciel est bleu azur, le soleil darde ses rayons et l’air est doux. Qu’il va être agréable de siroter mon café dehors dans un transat.

Je suis en train de m’en délecter d’avance lorsque j’entends frapper à ma porte. Ma première réaction est d’ignorer l’importun. D’autant plus qu’il me faut retirer la cafetière du feu avant que cela ne bouille et gâche ainsi mon blend de printemps et, par là même, mon plaisir.

Les coups recommencent. On insiste visiblement. C’est peut-être important finalement. Mais ma priorité reste de me servir une tasse avant d’aller voir ce dont il s’agit. Et c’est donc le breuvage à la main que je traverse le couloir entre la cuisine et l’entrée.

J’ouvre. C’est une factrice. Une nouvelle probablement, parce que je ne la connais pas. Elle tient un colis que je n’attendais pas et, bouche bée, se met à rouler de grands yeux alors que je la salue.

C’est quand, toujours sans dire un mot, elle pointe son index dans ma direction, que je réalise soudain : tout à ma rêverie matinale, je suis allé l’accueillir en peignoir. Et  je n’ai pas noué ma ceinture.

La première gorgée de café

Le café n’a pas la même saveur ce matin que les autres jours. Il a aujourd’hui le goût de l’aventure. Celle de mon voyage jusqu’à toi déjà. De ces chemins tortueux mais tellement évidents que j’ai dû emprunter. Mais pas que. Il y a dans cette tasse quelque chose qui me flatte les papilles tout autant que l’ego parce que, comme tu me l’as dit, tu as mis de nous dans l’expresso que tu m’as servi. Et je reconnais la saveur musquée de nos corps, qui se sont aimés la veille, parmi les notes fruitées du blend de printemps que je bois. 

Je souris. Je ne sais pas quand tu as pu recueillir nos fluides mais tu as eu l’audace de les incorporer à ce premier café du jour que je bois au saut du lit. Je te savais généreuse dans tes attentions, je découvre à présent jusqu’où tu peux aller. 

C’est, si je ne m’abuse, la première de tes créations pour moi. Je sais à présent que ce ne sera pas la dernière. Et, rien que pour cela, je ne saurai jamais t’en remercier assez.