Voyage (32)

Tempête sous un crâne. L’heure est venue des grandes manœuvres et il ne peut plus se défiler. Alors il parle. 

Il raconte cette relation à distance qui le frustre tout autant qu’il remplit sa vie. Ces photos qu’il fait sous la contrainte et pour lesquelles il doit redoubler de créativité. Il avoue ce trouble qui le prends lorsqu’il s’exhibe ainsi ou quand il joue solitairement sous la douche. 

Elle l’écoute, presque sans mot dire. Mais elle veut voir. Alors il fait défiler sa galerie, soulagé. 

Il n’a plus rien à perdre. Que des plaisirs à retrouver. Avec ou sans elle. 

Lui faisander le dindon

Elle complexe sur ses grandes lèvres, soi-disant parce qu’elles débordent un peu trop des petites. Il faut qu’elle arrête. Les abricots parfaitement dessinés de l’industrie du porno sont une minorité et sont même souvent retouchés. Et puis quel intérêt de s’occuper d’un de ses sexes prétendument idéaux ? 

Non, moi ce que je veux ce sont des cramouilles qui ont vécu et peu importe leurs imperfections bien au contraire. Car qui ne connaît pas le plaisir d’avoir plein la bouche de babines intimes et de les mâchonner pour provoquer la jouissance de celle qui les possède ignore à mon avis tout de la sexualité. Je parle de la vraie, pas de celle des écrans, forcément lissée pour créer une norme. 

Ce que je veux, moi, c’est lui faisander le dindon. Avec tout ce dont la nature m’a donné, et, pourquoi pas, des accessoires. Car tout est bon pour la faire grimper aux rideaux et lui faire rendre ses jus. Que ce soit en la pilonnant ou par simples attouchements. Que ce soit doux ou fort je ferai tout pour elle. Et je n’aurai de cesse de lui montrer à quel point sa vulve, qu’elle juge disgracieuse, a de l’attrait pour moi, dussé-je la faire défaillir d’orgasmes répétés. 

Elle a à mes yeux la plus belle des chattes. Et je lui montrerai. 

Trio

Elle m’avait déjà parlé de son amant favori. Celui qui la faisait jouir comme aucun autre. Pour moi il était incontournable dans sa vie et je ne voyais aucune objection au fait qu’ils continuent à se voir, bien au contraire. 

Elle m’avait aussi parlé de son envie de trio avec deux hommes. Dont elle serait le pivot et lui un des balanciers. Et je m’étais plu à m’imaginer en contre point. 

Alors quand elle m’a demandé si je voulais les voir, ne fût-ce qu’en photo, je n’ai pas résisté à la tentation, malgré une pointe d’appréhension quant à ma réaction. Je ne redoutais pas d’être jaloux, j’ai fait mien le principe de non-exclusivité, mais plutôt de ne pas savoir me situer, de m’exclure peu à peu du jeu.

Et puis j’ai eu les clichés sous les yeux. Ils étaient beaux tous les deux, à s’adonner au plaisir sous toutes ses formes. J’ai aimé les voir et me suis immédiatement imaginé, non pas à sa place à lui, mais plutôt à compléter le tableau que j’avais à l’écran. Nous sommes certainement complémentaires et, ensemble, nous saurons la combler dans de nouvelles proportions. C’est en tout cas mon vœu le plus cher. Et la question n’est pas de savoir si ça va se passer mais plutôt quand. 

Dimanche exposition

C’est dimanche et il fait beau. Alors je décide d’aller me balader. Et puis il y a cette exposition à laquelle on m’a invité sur les réseaux sociaux. Ça peut être un but sympa à mon périple. J’ai une amie qui y participe d’ailleurs. L’occasion de la voir ? Pas sûr. Ce n’est pas une de ses journées de permanence. Mais peu importe. Je verrai ses nouveautés et, si elle vient à passer, ce sera une agréable surprise.

Me voilà en route. Juste le temps de passer prendre une bouteille d’eau et un sandwich dans une boulangerie. J’ai plus faim d’émotions que de nourritures terrestres à vrai dire. Et, à ce que j’ai pu voir sur divers posts, je ne devrais pas être déçu.

Me voilà arrivé. Mon amie n’est pas présente mais je suis agréablement accueilli par une des artistes qui me propose une visite guidée de la galerie. C’est un lieu très petit et j’aime immédiatement le côté cabinet de curiosités que les exposantes en ont fait. Ce sont pour la plupart de petites pièces et le regard ne se sent pas envahi, au contraire.

Je flâne au premier étage, me laissant porter par les émotions que me donnent les œuvres. Quand j’entends des voix au rez de chaussée. Je reconnais immédiatement celle de mon amie. Je descends la saluer. Nous hésitons à nous embrasser et puis nous renonçons. L’époque ne s’y prête pas et il y a toujours cette réserve entre nous que je ne veux pas briser. Elle est surprise de me voir. Je n’étais pas censé passer pour l’ouverture. C’est un imprévu qui l’a amenée ici aujourd’hui. Je trouve que c’est un joli hasard.

Nous papotons un moment avec ses camarades. Je fais l’emplette d’une photographie et d’un cyanotype avant qu’elle ne décide de m’enlever pour aller boire un verre. Nous ne nous sommes pas vus depuis des mois et nous avons beaucoup de choses à nous raconter. C’est donc assis à une terrasse, autour de deux Perrier, que nous remontons le fil de tout ce temps durant lequel nous ne nous sommes pas vus. Ce que sont devenues nos vies déjà, et celles des personnes que nous connaissons en commun et qui nous sont chères. Il y a tant à dire. Nos verres se vident plus vite que ne se tarit notre conversation. Alors nous décidons de payer nos consommations et d’aller nous promener dans le quartier.

Elle le connaît comme sa poche et c’est un réel plaisir de l’en entendre parler. Elle a toujours une anecdote sympathique sur les lieux que nous traversons, bien loin des commentaires assommants et factuels des guides touristiques. Je me laisse porter au point que je n’ai bientôt plus la moindre idée d’où nous nous trouvons. Je le lui dis. Elle sourit et me répond qu’elle ne me laissera pas tomber. Il y a un silence. Nous nous regardons. Tout semble figé autour de nous. Puis chacun de nous baisse les yeux et nous reprenons notre route jusqu’à finir notre boucle à la galerie où j’avais laissé mes achats.

Elle me raccompagne à la station de métro, C’est le moment de se dire au revoir. J’ose lui proposer que l’on s’embrasse. Elle décline à nouveau. Ce n’est pas le moment et puis il y a toujours cette appréhension qui plane. Je descends l’escalier. Elle reprend sa route.

Une fois rentré, je repense à cette après-midi. J’ai aimé ces moments, j’aime la personne qu’elle est. Et je me dis qu’il faudra que je lui dise. Un jour.

l’exposition existe et est ici

Balcon nu (3)

Je ne suis pas pudique, c’est un fait avéré. La fréquentation des vestiaires durant ma vie passée de sportif m’a appris à ne pas me préoccuper de ma nudité. Mais là, d’imaginer que quelqu’un de parfaitement inconnu m’observe à la dérobée, j’ai une sensation étrange. Celle d’être un objet de convoitise. Alors tant pis pour le café, du moins pour le moment. Je m’étire comme un chat et prends des poses. Je tourne aussi sur moi pour qu’il ou elle ait mon pile autant que mon face. Je m’exhibe, j’en suis tout à fait conscient. Et ça me plaît beaucoup. 

Nuit câline

Je me souviendrai longtemps de cette soirée. 

Pour son intensité. Car aucune des combinaisons possibles entre deux garçons et deux filles n’a été oubliée. Et je dois avouer que préparer alternativement Monsieur et Madame de ma bouche avant de les mettre en relation ne m’a pas déplu. D’autant plus que j’étais encouragé par les mains de Mademoiselle sur ma queue.

Mais ce que je retiendrai surtout c’est la liberté avec laquelle nous avons évolué durant ces heures. Tout n’a été fait que par désir. Le sien propre mais surtout celui qu’on peut  donner aux autres.

C’était une première.

Je reviendrai

Manuscrit

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Pour cesser les non-dits j’ai écrit quelques mots.

En fus-je délivré ? Non, je ne le crois guère.

Seront-ils un jour vus ? C’est un épais mystère.

Tout au plus seront-ils un douloureux mémo.

****

J’ai voulu expliquer la nature des maux

qui font que, sans cesser, je m’enfonce, m’enterre

Un conflit de tranchées, abominable guerre

Où les comportements sont loin d’être normaux.

****

Ils sont posés. Attendent leur retranscription.

Je les veux sur papier, unique solution

Pour qu’un jour j’ai le cran de faire qu’ils soient lus.

****

Stylo, papier et affranchissement sont prêts.

Je n’ai plus qu’à avoir le courage. Et, après,

Attendre sans y croire un quelconque salut.

Farewell

Partir 

Pour fuir 

Une réalité dont on ne veut plus 

Partir

Et découvrir 

Que la vie peut offrir plus

****

Ce n’étaient que quelques mots. Mais il ne pouvait s’empêcher de les trouver très proches de sa réalité. 

Il était en train de faire sa mue. De briser un cocon qui, tout rassurant qu’il soit, était devenu trop étroit pour lui. 

Il avait la sensation d’arriver dans un nouveau champ des possibles dont l’immensité lui donnait le vertige. 

L’avenir lui promettait certainement des remords. Des regrets aussi. Ce n’était rien en regard du plaisir qu’il allait connaître à être enfin lui. 

 

Déclaration

J’aime quand vient le soir : les langues se délient

et, parfois, les cœurs s’ouvrent. De grandes discussions

se créent autour de vespérales réflexions.

Et les amitiés au désespoir pallient

Les amours compliquées et les sens qui s’égarent

Offrent des occasions de s’épancher. On veut,

en se racontant sur les réseaux,un regard

Bienveillant. En effet, ne s’aime pas qui veut

Enfin c’est pour autrui. Car je ne m’ouvre guère

Je préfère apporter mon regard bienveillant

A ceux qui ont besoin. Car si je suis sincère

Ce n’est pas à mon goût de me mettre en avant

Vous êtes adorables. Inconsidérément

Prendre son élan

Il est peut-être temps pour moi de partir. De découvrir de nouvelles choses.

La vie m’offre cette opportunité, je me dois de la saisir. Mais, j’en conviens, ça ne se fait tout seul. Il y a des doutes, des interrogations qu’il me faut dissiper pour aller de l’avant. Alors j’essaie de me dire que si l’expérience est un échec je reviens juste au point de départ. Je ne recule d’aucune case et je ne vais pas brûler mes vaisseaux en débarquant. Et que, par conséquent, ce ne sera que du positif quoi qu’il advienne.

Il n’empêche. Je serre les fesses.