Répétitions

Ils allaient se retrouver bientôt. Et il s’y préparait au mieux. Il savait l’effet que produisait sa souplesse et l’avait déjà accueillie. Mais il désirait que cela demeure un perpétuel ravissement. Alors il s’exerçait le plus fréquemment possible, jouant de ses chairs comme un concertiste de son instrument. Ce parallèle l’amusait car lui aussi montait et descendait des gammes pour travailler sa technique. Il le fallait bien. Leurs jeux, même s’ils laissaient la part belle à l’imagination, étaient extrêmement codifiés pour éviter tout accident. Cette connaissance de l’autre comme de soi-même était indispensable pour qu’ils puissent envisagent de se dépasser

20181231 : oulimots

La contrainte qui clôture l’année :

Éléphant de mer, hôtel, luxure, graal, plectre, miroir, juge, baltringue, winter.

C’était le soir de la Saint Sylvestre et il était là, dans la chambre d’un appart hôtel miteux, avachi sur son lit comme un éléphant de mer sur sa plage. De la compagnie ? Elle se résumait à quelques packs de bières, une pizza et Into Darkness de Winter. Il n’arrivait plus à supporter que ce genre de musique. Seul ce massacre de cordes par un plectre impitoyable parvenait à le soulager. Sa vie partait complètement en vrille.

Et pourtant tout avait si bien commencé. Il avait intégré une équipe dynamique, sur un projet passionnant. Bref, il lui semblait avoir trouvé son Graal professionnel. Et puis un nouveau directeur avait été nommé. Il était sympa au début. Et puis il y avait eu ce repas d’équipe où les conjoints avaient été conviés. Et Madame n’avait rien trouvé de mieux que de succomber aux avances de ce baltringue. Oh, ça avait été intéressant au début. Partager son épouse avait toujours été un fantasme. Et la prendre, alors qu’elle sentait le foutre d’un autre après qu’elle fût rentrée d’une nuit de luxure, avait été une révélation.

Hélas, l’amant s’était vite avéré possessif au point de la persuader de le quitter. Et son influence était telle que la convocation du juge pour un divorce à l’amiable ainsi qu’un ordre de mission à l’autre bout du pays étaient rapidement arrivés dans la boîte aux lettres. Lutter ? C’eût été le pot de terre contre le pot de fer. Alors il s’était plié à l’un comme à l’autre. Et il était donc parti pour ce qu’il avait cru être une compensation offerte par son hiérarchique.

Ce n’en était pas une. Il avait rapidement constaté que le poste n’était qu’un miroir aux alouettes et qu’il avait été en réalité placardisé. Ce fut alors une rapide dégringolade dans les profondeurs de l’ennui. Et voilà où il en était. Tout espoir semblait perdu.

Soudain on frappa à la porte. Il alla ouvrir. Une créature, tout de noir vêtue se dessina dans le chambranle. Il eut du mal à reconnaître la demoiselle de l’accueil sous les traits de la prêtresse du doom metal qui s’était jetée sur lui :

— Classe ton boui-boui. Et carrément canon la musique. Tu me plais. Je le savais que tu étais un mec bien malgré tes airs de cul serré au boulot. Si tu me files une bière je te fais la meilleure pipe de ta vie. Je vais te la bouffer jusqu’aux couilles.

Il lui tendit une canette. Elle la descendit cul sec avant de s’occuper de son pantalon et de le pousser sur le lit. Il constata rapidement qu’elle n’avait pas exagéré. Il jouit dans sa bouche. Trop vite à son goût. elle se redressa :

— Voilà, poireau dégorgé de son trop plein. On va pouvoir jouer maintenant. Donne-moi une autre bière que je me rince le gosier.

Il s’exécuta. Le réveillon prenait une nouvelle version qui lui plaisait beaucoup. Et il se prit à imaginer la tournure que pourrait prendre sa vie après ça. Il sourit.

20181230 : oulimots

Une contrainte parfaite :

Batterie, parfait, calabrais, allumettes, canne, paille, lapin, cardiaque, surin

C’était la catastrophe.

Nous étions à la veille de la Saint Sylvestre et son dernier crush, un joli calabrais, venait de lui poser un lapin. Il avait prétendu par un simple SMS que la Mamma l’avait mis sous clé pour les fêtes et n’avait plus donné signe de vie depuis. Et  ça l’avait à la fois rendue furieuse et triste. Furieuse parce qu’elle venait de constater qu’elle était encore tombée sur un de ces hommes en quête de coups de surin dans le contrat et qui, au final, n’arrivent jamais à assumer leurs escapades. Triste car il avait su accélérer son rythme cardiaque avec ses belles paroles et enflammer son corps comme une allumette quand il avait enfoui sa tête entre ses cuisses. Elle était sensible aux langues étrangères, quelles qu’elles soient. C’était sa faiblesse. Et là, cette sensibilité venait de lui jouer un nouveau tour. Mais, bon sang, ce qu’il en avait été habile..

Elle ne voulait toutefois pas se laisser aller à la mélancolie. Il lui fallait aller de l’avant. Recharger ses batteries. Et quoi de mieux pour cela, se dit-elle, qu’un peu de chaleur latino-américaine ? Par chance elle avait un citron vert dans la corbeille à fruits, ainsi qu’un fond de rhum et du sucre de canne dans son bar. Alors autant commencer par un petit Daiquiri à siroter à la paille avant d’aller trouver un endroit où danser au son des congas et des cuivres. Et puis ce serait bien le diable si elle ne tombait pas dans les bras d’un beau salsero pour finir la soirée, voire l’année. D’ailleurs, n’en avait-elle pas déjà un sous le coude ? Il lui fallait fouiller un peu dans ses contacts et ses applications et, au pire, elle laisserait faire le hasard.

Elle sourit et alla se servir son verre tout en cherchant une bonne adresse. Elle trouvait ce  programme parfait pour éviter la déprime aussi près du réveillon. Ciao Dino ! Hola compañeros !

20181229 : oulimots

Une contrainte amnésique :

cellule  bonheur souvenir histoire  amnésie conscience image carrière source

Il sortit du poste. Il avait passé la nuit en cellule de dégrisement pour s’être fait ramasser par une patrouille alors qu’il errait, comme frappé d’amnésie. Ils l’avaient pris pour un provincial venu s’encanailler. S’ils avaient su le fin mot de l’histoire…

Tout avait commencé quand il était arrivé Gare de Lyon. Sa belle fille lui avait dit qu’elle viendrait le chercher et qu’ils iraient dîner Il ne l’avait pas vue depuis un moment mais il la savait grande, brune, à la fière poitrine et au cul rebondi et il se dit qu’il ne manquerait pas de la reconnaître quand elle viendrait à sa rencontre. Et pourtant, ce fut quand elle posa ses mains sur ses yeux en collant ses seins à ses omoplates et lui glissa un “coucou toi” à l’oreille qu’il prit conscience de sa présence. Il s’était alors retourné pour lui faire la bise. Elle était restée conforme à l’image qu’il avait d’elle. À une exception près. Elle, si sage dans sa vie d’avant, semblait être devenue bien délurée depuis qu’elle était montée faire carrière. En témoignait la tenue érotico-chic qu’elle arborait. Et elle n’avait pas tourné la tête quand il l’avait embrassée, de sorte qu’il avait eu ses lèvres plutôt que sa joue.

Elle l’avait alors pris par la main, l’entraînant dans les couloirs du métro. Ligne 14. Arrêt Pyramides. Ils avaient marché cinq minutes. Puis avaient pénétré dans un lieu où tout transpirait la sensualité et où elle semblait avoir ses entrées à voir sa décontraction. Il était un peu gêné mais son excitation allait crescendo. Alors, quand à la fin du repas elle l’avait entraîné dans la partie câlins il s’était volontiers laissé faire. Ils n’avaient pas été longs à se déshabiller. Puis elle l’avait englouti entre ses lèvres. Quand il fut assez dur, elle s’empala sur lui et ses hanches s’animèrent d’une houle sensuelle. D’autres couples les avaient rejoints. D’un signe, elle leur fit savoir qu’ils pouvaient regarder mais pas se mélanger. Ses mouvements, tous ces regards. Il était aux portes de la jouissance. Elle sembla s’en rendre compte car elle se libéra de lui et, pointant sa queue vers sa poitrine, se la fit inonder de sperme sous les murmures entendus de l’assistance. Une douche et ils sortirent. C’est alors que son téléphone à elle sonna alors qu’il recevait un « tout se passe bien ? » de son épouse, accompagné d’un bien étrange smiley.

— Maman ? Oui, tout s’est bien passé, il a l’air très content. Tu as raison, c’est mieux quand ça reste en famille. Bisous.

C’était donc sa femme qui était à la source de toutes ces émotions. Elle, qui ne voulait plus qu’il la touche, avait trouvé un bien étrange moyen pour assurer son bonheur. Il fallait qu’il marche. Sa belle-fille le laissa partir dans la nuit.

20181228 : oulimots

Une contrainte cinglante :

Oubli, embruns, course, menace, brise, cinglant, lune, prune, éclairent.

Bravant les embruns il revient à son véhicule au pas de course, conscient de la menace qui plane sur lui. Trop tard hélas. Son oubli de mettre des pièces dans l’horodateur  lui a été fatal, comme en atteste la prune sous son pare-brise que les lampadaires éclairent tristement. Il a beau implorer la clémence de la pervenche, cette dernière lui répond sur un ton cinglant qu’elle l’amène au poste pour outrage. Et elle lui passe les menottes.

“Encore une qui a ses lunes et à qui ça ne réussit pas” se dit-il penaud. Son escapade commence à lui coûter cher…

20181227 : Oulimots

Une contrainte qui rigole :

Mariole, frivole, guibole, floricole, affole, racole, picole, torgnole, rigole.

Elle m’affole quand, frivole, elle montre ses guiboles. Dommage que ce soit parce qu’elle racole pour se payer sa picole. Et je n’aime pas savoir que, trop souvent, elle finit dans la rigole ou que quelque mariole lui colle une torgnole en guise de paiement une fois ses petites affaires faites.

Alors je fais tout pour la sortir de là. Pour qu’elle ne se fasse butiner la marguerite que quand elle en a envie. Par qui elle en a envie. Et si je peux être l’un d’entre eux je n’en serai que plus heureux. Car j’assume pleinement  ma passion floricole.

20181226 : oulimots

Une contrainte qui ne manque pas de souffle

engagement, souffle, enfin, nerf, vierge, privilège, pendulaire.

 

Il la possédait en une levrette puissante et elle sentait ses couilles la frapper du mouvement pendulaire qu’il leur imprimait. Pourtant elle en voulait plus :

—  Du nerf que Diable ! Et allez donc taper plus haut, je vous accorde ce privilège ! Ne le boudez pas !

Ce disant, elle taisait qu’elle était vierge de ce côté. Et elle espérait bien qu’il s’y intéressât. Ce qu’il fit. Pour son plus grand bonheur.

Et, quand elle se sentit enfin le cul rempli, elle prit l’engagement solennel de ne plus se laisser posséder par lui que de la sorte. Et ce, jusqu’à son dernier souffle.

20181225 : Oulimots

Le Père Noël est une ordure.

Elle le savait. Qu’elle n’aurait pas dû suivre cet homme. Et pourtant…

C’était un soir de réveillon. Elle était en discothèque, seule, pour essayer d’oublier un peu les tourments de sa vie. C’est alors que ce beau barbu l’avait abordée, un grand sourire aux lèvres. Elle avait envie de se distraire. Et puis, ce qu’il pouvait être beau dans sa chemise vermillon. Alors elle avait accepté un verre. Puis un autre. Elle était si bien. Puis, un  peu avant minuit, il l’avait prise par la main et l’avait entraînée dans une alcôve où les attendaient une douzaine de ses acolytes, nus, la queue dressée entre leurs doigts.

Elle n’avait même pas eu à choisir lequel d’entre eux serait son premier cadeau. Elle avait été presque instantanément investie de toute part sans savoir où donner de la tête ni du reste. Un peu impressionnée au départ, elle avait finalement pris le parti de les accueillir du mieux possible et de profiter au maximum de cette multiplicité. Et ces messieurs, très empressés, n’avaient pas ménagé leurs efforts.

Alors, oui, elle avait eu les treize desserts de la tradition, même si ce n’avaient été que des sucres d’orge et leur sirop. Et elle avait eu droit à bien plus que les douze coups de minuit au coup de cette nuit endiablée. Malheureusement, tous ces messieurs et notamment son séducteur du soir, n’avaient pas eu la délicatesse de la nettoyer, la couvrir, ni de la raccompagner et elle s’était retrouvée couverte de sperme, seule, nue et gelée sur cette couche de fortune. Ils l’avaient, complètement abandonnée, comme si elle avait été un de ces objets qu’on jette après usage. Elle n’attendait pas d’eux de marques d’amour, seulement d’un peu d’humanité. Et sa déception avait été grande.

Malgré le plaisir qu’elle y avait pris, elle se jura alors, mais un peu tard, de ne plus croire au Père Noël. Il peut être très généreux en effet de prime abord. Mais, hélas, il se révèle souvent être une ordure une fois assouvi.

20181224 : oulimots

Une contrainte savoyarde

Savoie, Césarienne, Sagittaire, Aîné, Hiver, Neige, Garçon, anniversaire.

Il se rappelait le moment où il l’avait rencontrée au bord de ce lac de montagne. Lui, garçon à qui il fallait parfois une césarienne pour lui arracher le moindre mot, s’était senti quasi instantanément à l’aise avec elle. Peut-être parce qu’elle avait su se montrer aimante. Rassurante également, bien qu’il fût son aîné. Il s’était alors facilement laissé convaincre de la rejoindre sur un lit de fleurs de sagittaire, profitant de ce cadeau d’anniversaire anticipé qu’elle lui offrait.

Puis l’hiver était venu. La neige avait recouvert les lieux de leurs ébats. Mais il n’oublierait pas ces vacances en Savoie.

20181223 : oulimots

Un carrousel de contraintes :

Cartilage, cartable, carnage, carrousel, carrément, bécarre, décarrer, carrosserie, carnivore.

Tout avait pourtant bien commencé. J’étais arrivé là, presque par hasard, au gré de mes errances d’auto-stoppeur. Mon dernier chauffeur, un représentant de commerce, m’avait déposé sur la place du village, un peu stupéfait que je souhaite m’arrêter là. C’était la fête votive et un orchestre avait attaqué les premières mesures d’un standard des Stones. Ce n’était pas joué au bécarre près mais l’ambiance semblait bon enfant. Les enfants, qui avaient abandonné leurs cartables depuis peu, s’amusaient sur le carrousel. Les adultes se trémoussaient au milieu des tables ou sirotaient un verre à la buvette.

Hélas, comme c’est souvent le cas, comme la soirée avançait, les premières ivresses avaient désinhibé les plus bas instincts de certains qui, en bons carnivores, avaient repéré en toi de la chair fraîche et sans défense. C’est ainsi que je les vis commencer à te serrer de près contre la carrosserie du minibus du groupe qui jouait sur la scène. Et leur mouvement concentrique parfaitement coordonné prouvait, s’il en était besoin, qu’ils n’en étaient pas à leur coup d’essai

Bref, je pense que ça aurait carrément viré au viol collectif si je n’avais pas fendu leur petite foule pour te prendre par la main en disant d’une voix que j’espérais assurée :

— Mademoiselle, vous méritez mieux que cette bande de brutes avinées. Laissez-moi vous enlever en un bien meilleur lieu.

Et tu repartis avec moi, profitant de leur stupéfaction momentanée. Laquelle ne dura hélas pas. Le plus proche d’entre eux tenta de m’asséner un coup de poing au visage. Par chance, son ivresse l’avait rendu maladroit et il s’étala après m’avoir loupé. Loin de le calmer, sa chute le rendit fou furieux :

— Il m’a fait tomber l’étranger !  Non seulement il nous pique nos femmes mais en plus il nous agresse !  On va pas laisser passer ça, hein les gars ! Ensemble ! Comme sur le terrain !

Il était temps de décarrer avant que ça ne tourne au carnage et que je me fasse exploser tous les cartilages par ce qui s’avérait être l’équipe sportive locale. Et pourtant, mon seul crime avait été de vouloir t’arracher aux griffes de certains de ses membres au cours de ce bal d’été.

Nous nous mîmes à courir dans la nuit, la horde sur nos talons.