Apocalypse

(image by Spencer on Flickr)

 

Mots contraints du 03/02 : Tunnel, supplier, chariot, crépuscule, journal, catacombes, pénurie, ruines, prédateurs.

Journal du 3 février,

Il doit être 18h. Ma montre ne fonctionne plus depuis un moment mais le crépuscule vient de tomber. Ma recherche d’autres survivants que moi dans les ruines de ce qui fut autrefois la plus belle ville du Monde s’achève. Il faut que je pousse mon chariot jusqu’à mon bunker et que je m’y barricade. Car c’est le moment où les victimes du virus mutagène qui a frappé la planète sortent des catacombes, transformés en zombies prédateurs. Car le soleil les brûle. Je me demande d’ailleurs s’ils n’en sont pas réduits à se dévorer entre eux maintenant. Je dois représenter tout ce qu’il reste de vivant dans les parages et cette pénurie de chair fraîche doit les contraindre au cannibalisme.

J’ai eu la chance de trouver mon abri assez vite, avant que les choses n’aillent trop mal. Un refuge dans un tunnel, initialement prévu pour les incendies, et dont la résistance m’a déjà été salvatrice.

Je ne comprends toujours pas comment tout cela a pu se dégrader aussi vite. La progression de la maladie a été exponentielle et a entraîné émeutes, puis guerre civile, et enfin conflit global pour que les grandes puissances économiques essaient de sauver leurs intérêts. Nos “élites” ont fini par décoller vers des stations spatiales pour “trouver des solutions” et tous ceux qui, comme moi, n’avaient ni péri ni été contaminés ont eu beau les supplier de faire vite, j’ai l’impression que, maintenant qu’ils sont à l’abri, ils ont abandonné ce qui pouvait se trouver sur Terre et planchent plutôt sur la création d’une nouvelle civilisation “hors sol”.

Ça fait longtemps que je n’ai plus que de la friture sur ma radio. Je me sens seul. Et je n’ai presque plus de vivres ici. Il va falloir que j’envisage de me déplacer. Trouver un nouvel endroit plus propice. Et, qui sait, des gens comme moi.

Si tout cela existe encore.

02/02 : un éphéméride à déguster

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(Image by Denise R on Flickr)

Elle lui faisait la tête depuis trop longtemps. Certainement pour une broutille. Ou peut-être quelque chose de plus grave. Aucun des deux ne s’en souvenait. Mais il ne supportait plus son apparente froideur et elle, de son côté, semblait le mettre au défi d’agir pour finir par lui pardonner.
Alors il avait passé sa journée à la frôler, la caresser, la titiller. Jusqu’à ce que, gagnée par l’excitation, elle ne retire sa culotte, retrousse sa jupe et lui offre son abricot trempé à lécher.
Leur relation s’en était aussitôt ressentie
Moralité : Rosée à la Chandeleur, hiver à sa dernière heure.

Sad Morning

Mots contraints du 02/02 : boulot, poireaux, drapeau, tôt, Yvetot, grelot, entrepôt, suppôt, marteau.

Il est trop tôt et je n’ai pas assez dormi. Dans la lumière grise de ce matin d’hiver je dois avoir un teint d’endive voire de poireau en me rendant à ce boulot qui, s’il me nourrit à peu près, est en train de me rendre marteau.

Quelle idée aussi d’être venu m’enterrer à Yvetot comme magasinier dans cet entrepôt. Tout ça parce que je n’ai pas eu les grelots assez bien attachés pour voler vers une liberté qui me tendait les bras. Me voilà maintenant esclave du Grand Capital et de ses suppôts.

J’ai baissé pavillon, affalé les drapeaux.

Aux origines

Jour 1/02 : Une contrainte de perlimpinpin avec des mots surannés. Deux ans ont passé

Mots contraints du 01/02 : pet-en-l’air, rodomontades, capitaine de bateau-lavoir, popaul, copurchic, fleure-fesse, fifrelin, perlimpinpin, ver-coquin

Tu es hors des modes avec ce pet-en-l’air que tu dois avoir tiré de je ne sais quelle malle ancestrale. Sous ton charme, je te trouves la plus copurchic des femmes de la soirée. Et je suis fier d’être celui à qui tu accordes le privilège de faire reluire popaul en voyant tes moues affectées devant les rodomontades de tous ces capitaines de bateau lavoir qui t’assiégaient en vain. Pourtant je n’aurais pas misé un fifrelin sur mes chances quand nous nous étions rencontrés. Parce que tu avais déjà ta cour de fleure-fesse dans laquelle j’avais l’impression de me fondre. Mais c’est peut-être parce que je ne t’ai pas jeté de la poudre de perlimpinpin que tu m’as pris sous ton aile. Et je suis heureux maintenant de répondre au moindre de tes vers-coquins. Car je suis ton dévoué chevalier servant. 

 

Aux origines

Quand vient l’aube

(image by Cédric Lauzier on Flickr)

Mots contraints du 31/01/2018 : Espagnolette, gypaète, horizon, lapiez, messagerie, photographie, talon-aiguille, tétrapode, thermodynamique.

Les premiers rayons du soleil qui passent à travers les volets viennent de me tirer du lit. Je vais à la fenêtre et tourne l’espagnolette. J’observe un moment le mouvement lent et circulaire d’un gypaète à l’horizon. Son survol silencieux des lapiez en contrebas m’hypnotise un moment. Puis je tourne la tête vers le bruissement du ruisseau et je vois une salamandre se réchauffer sur un galet. L’apparente paresse de ce tétrapode m’engourdit un peu plus

Soudain un choc entre mes omoplates vient m’arracher à mes rêveries. Tu viens de me lancer un de tes talons-aiguilles parce que la lumière du jour vient de te réveiller. Je me tourne. Tu me souris, faussement excédée. Ta nudité est belle dans les draps que nous avons froissés une bonne partie de la nuit.

Elle me donne envie de l’immortaliser. Une photographie qui lui rendrait le plus beau des hommage. Alors je saisis mon reflex. Cabotine et sensuelle, tu prends la pose, appuyée sur tes coudes et genoux et m’offrant ton cul tendu.

Est-ce une nouvelle loi de la thermodynamique ? Toujours est-il que je sens aussitôt une douce chaleur irradier dans mon bas -ventre, signe d’une irrépressible attraction pour ce que tu m’offres.

J’y résiste juste le temps d’une série de clichés. Et puis, n’y tenant plus, je viens te rejoindre.

Et dire que sans ce projet qui nous a réunis via messagerie nous n’en serions pas là. Les jeux du hasard et de l’écriture.

À l’origine

Retrouvailles

(Image by Rachel Elaine on Flickr)

Mots contraints de la semaine 5 : vertige, absinthe, vert, cru, biffeton, tapis, baraka, demi-castor, olive.

e n’y aurais jamais cru. Jamais mis un biffeton dessus. Elle qui, au lycée, était gaulée comme la Olive de Popeye, avait, depuis, acquis des rondeurs à donner le vertige. Et s’il n’y avait que ça. Ou alors j’avais mal vu à l’époque. Mais ses iris avaient des reflets verts qui, à l’instar de l’absinthe que je sirotais tranquillement jusqu’alors, étaient en train de me rendre fou alors qu’elle me dévisageait en silence.

Nous nous étions retrouvés par hasard. Et c’est elle, devenue bombe anatomique, qui m’avait reconnu et alpagué pour ce verre. Et j’avais mis cette rencontre inopinée sur le compte de cette baraka insolente qui me collait aux basques depuis quelques jours. Tout ce que je touchais semblait se transformer en or et aucun obstacle ne me résistait. Et, maintenant, c’était elle qui refaisait surface avec ses armes de séduction massive. Il me fallait l’avoir. Et pour ça j’étais prêt à lui dérouler le tapis rouge. De ce bar où nous nous trouvions jusqu’au bout du monde si elle le voulait. Peu m’importait. Elle m’avait littéralement ensorcelé.

Je n’avais pas deviné à ce moment qu’elle était devenue un demi-castor ni qu’elle allait faire de moi son oncle d’Amérique.

Et, maintenant qu’elle m’a ruiné, la voilà qui s’en va chasser un nouveau pigeon. Et moi, assis dans le caniveau, je pleure un amour auquel j’ai cru et qui n’était qu’intérêt et, sûrement un peu aussi, sombre revanche sur notre adolescence.

La chance avait tourné. Je ne l’avais pas vu venir.

Merci Rita

Il y a deux ans j’avais pour la première fois ce dessin sous les yeux avec, pour contrainte, d’écrire des mots qui l’illustreraient. Il m’avait inspiré à l’époque de menus fragments poétiques. Il avait aussi éveillé en moi le désir de le posséder. Ce fut fait quelques temps plus tard, même si son transport fut rocambolesque. Et, depuis, j’ai toujours un regard tendre sur lui. Il est pour moi un des symboles de cette belle aventure que sont les oulimots. Il est aussi un lien que j’ai avec sa créatrice.

Et j’aime les objets qui me racontent de belles histoires. 

 

A l’origine

Un nouveau point de vue

Mot contraints du 28/01 : entrave, chuchotement, empreintes, sapide, cyprine, ventre, toison, morsure, ordre

 

« Entrez ici sans entraves. Elles viendront peut-être après si tel est votre souhait »

L’accueil de ce club avait le mérite d’être clair. Et c’était ce que je cherchais, même si je ne savais pas encore comment j’allais me positionner. Je me savais plutôt doux et soumis. L’annonce semblait donc tomber sous le sens pour ce qui me concernait. 

Cette soirée allait me faire basculer. 

C’est en circulant dans l’établissement que j’avais vu ce couple. Elle, attachée à une croix de Saint André, le ventre zébré par les morsures d’un fouet, et les yeux bandés. Lui, l’observant avec circonspection avant de s’adresser à moi. 

— Cher ami, cette gourgandine mérite que l’on s’occupe dignement d’elle. Mais ce soir je crois qu’elle a besoin de changement. Si vous le désirez je vous cède ma place. 

Cela avait été formulé dans un chuchotement, sûrement pour qu’elle ne l’entende pas, mais de façon très péremptoire. Je ne me savais pas un air de tourmenteur mais, pour cet homme, cela semblait être dans l’ordre des choses. 

J’étais un peu pris au dépourvu. Par quoi commencer ? Je décidai d’aller tâter le terrain en prenant à pleine main sa toison, chose paraît-il rare en ces lieux. Elle avait les poil soyeux. Je les tirai plus fortement, comme pour les lui arracher. Elle poussa un cri de surprise et douleur mélangés tout en esquissant un mouvement de recul, vite freiné par ses liens. Et, si j’avais craint un instant d’avoir été un peu dur avec elle, la coulée de cyprine qui maculait maintenant l’intérieur de ses cuisses me prouvait que j’étais dans le vrai. J’en prélevai du bout des doigts avant de la goûter. Son plaisir était sapide. J’en étais ravi. 

Il était temps de la détacher. Je la pris par sa laisse et la fis allonger à plat ventre sur un banc, son cul offert. Je voulais la marquer. Mais pas forcément en la fessant. Elle avait reçu assez de coups à mes yeux et une dilatation me semblait une bonne alternative. Alors je saisis un tube de lubrifiant à proximité et commençai à lui en oindre la rondelle. Avant de lui fourrer deux doigts sans autre forme de procès. Je les faisais aller maintenant aller et venir sans problème et, les faisant tourner, je la dilatai un peu plus. J’ajoutai un doigt sous le regard surpris de son maître habituel. 

— Elle n’est pas si « disponible » à l’accoutumée. Mais ne cessez pas je vous prie. Je veux voir jusqu’où elle peut aller.

Et, donc, mon auriculaire finit par rejoindre ses comparses. Elle ondulait des fesses, ne sachant pas visiblement si elle voulait fuir ma possession ou s’y ouvrir d’avantage. 

Je la travaillai longtemps ainsi. Avant de mettre mon pouce en opposition et de pousser. Inexorablement. Elle hurlait, se débattait mais se projetait en direction de ma main Jusqu’à finir par l’avaler. 

Je ne fis pas beaucoup durer les choses. C’était son premier fist et c’est une pratique éprouvante. Alors je me retirai d’elle, la laissant pantelante. .

Puis l’homme me fit un signe entendu de la tête. Elle ne m’avait pas vu et ne le devait pas. Alors je pris congé. 

En me disant que je lui avais laissé une empreinte indélébile. Ce souvenir allait en tout cas l’être pour moi.

 

Les origines

 

Un café nommé désir

Mots contraints : invitation, calendrier, viking, astrolabe, souris, canon, iPhone, manteau, sac à dos.

 

Je déambule sur les boulevards, mon sac à dos, dans lequel j’ai le nécessaire pour être paré à toute éventualité, solidement arrimé sur mes épaules. J’ai besoin d’un café. D’un peu de chaleur plus généralement. Alors pourquoi ne pas m’asseoir au comptoir du bar, là, au coin de la rue ? Son enseigne, un énorme viking un hanap à la main indique qu’on y sert plutôt des bières. Mais c’est bien le diable si je n’arrive pas à obtenir plutôt un petit arabica.

Je pousse donc la porte. Il fait sombre et, à part la serveuse, il n’y a personne. Je dépose mon manteau sur une patère et m’assois sur un tabouret. Elle me salue d’un  » Hello ! Que puis-je pour vous faire plaisir ?  » sonore et amical. C’est bête mais cette façon de m’accueillir, si directe fût-elle, m’a aussitôt mis à l’aise. Alors je lui souris et passe ma commande. Elle fronce les sourcils.

— De la caféine ? Vous êtes fatigué ? Malade ? Vous êtes certain que vous ne préféreriez pas notre blonde artisanale ?

Dieu qu’elle peut être canon, là, avec la moue interrogative et vaguement réprobatrice qu’elle m’adresse. Une réelle invitation au voyage. De ceux où l’on veut se perdre et pour lesquels on ne prend donc ni boussole ni astrolabe.

Mais je n’ai pas tout à fait l’esprit à ça. Les hasards du calendrier font que je cumule plusieurs entretiens dans la journée pour lesquels je dois garder la tête froide. Alors je lui confirme mon souhait d’un expresso bien serré. Une certaine déception se lit sur son visage et, après avoir déposé tasse et soucoupe devant moi sur le zinc, elle se désintéresse complètement de moi et s’abîme dans la contemplation de l’écran de son IPhone.

Il est temps que j’y aille. Je paie mon café assorti d’un petit pourboire, me rhabille et sors.

Je n’ai pas fait dix pas dehors que mon téléphone vibre. Une application de rencontres géolocalisées que j’avais délaissée, faute d’y trouver quiconque. Je l’ouvre. Un fav d’un profil à proximité, accompagné d’un message.

— La blonde sera toujours là pour vous. Elle vous attendra le temps que vous changiez d’avis.

Et je pense aux boucles dorées qui encadraient le visage de ma serveuse. J’ai manqué d’à propos.

J’hésite à faire demi tour. J’y renonce. Pas le temps. Mais je note le nom et l’adresse. Puis je lui réponds.

— Ce sera avec joie que je reviendrai déguster. A très vite.

Et je me dirige vers le métro. Vers mon prochaine entretien. Le cœur léger et le moral remonté à bloc. Les anges viennent de m’adresser un signe. Je vais le décrocher ce job.

 

A l’origine

27/01 : un éphéméride qui se détend

(image by michael mcintyre on flickr)

Leur rencontre n’était pas évidente. Il était timide, elle se rendait inaccessible. Mais, plein de désir pour elle, il avait essayé de tourner les plus belles phrases possibles pour attirer son attention. Et le résultat avait été au delà de ses espérances. Non seulement elle l’avait lu mais, ce jour, elle lui avait donné un rendez-vous au cours duquel elle l’avait encouragé à se raconter. Puis à s’emparer de ses lèvres et, finalement, de tout son corps.

“Saint Julien brise la glace, s’il ne la brise, il l’embrasse.”

Ils avaient réussi à faire les deux. Pour leur plus grand plaisir.