Voyage (27)

Le week-end est arrivé. Mais ce n’est pas pour autant qu’il doit faire relâche. Elle a été prolixe dans ses demandes et il va tout faire pour ne pas la décevoir.

La thématique du jour est particulière car centrée sur une seule partie de son anatomie. Il en est ravi car il la considère comme un de ses principaux atouts de séduction et il ne rate pas une occasion de la prendre en photo. 

Elle le veut créatif. Elle sera certainement comblée. Il a ses idées et le canapé en sera un excellent support.

Quel plaisir que ces exhibitions quotidiennes. 

Dans les boutiques

Librement adapté d’une photo d’Isabelle from Paris

S’IL VOUS MANQUE un peu de monnaie pour payer votre acquisition, ne proposez pas au marchand de le sucer pour le surplus, surtout si sa femme vous écoute.

(Pierre louÿs : Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation)

Il se peut qu’en boutique, par inattention,

Vous manquent quelques sous pour payer vos emplettes

Et je sais ce à quoi vous pouvez être prête

Afin que du montant vous fassiez la jonction

Je connais votre goût pour la négociation

Ainsi que celui que vous avez pour le vit

Et ce serait moins par nécessité qu’envie

Si vous deviez proposer une fellation

Alors je vous soupçonne de le faire exprès

Pour téter une pine. Et je sais bien qu’après

Le commerçant, pour vous, sera aux petits soins

Il faudra cependant faire bien attention

Que l’épouse ne soit au fait de la passion

Qui le pousse à vous faire crédit sans besoin.

Voyage (26)

La journée ne fait que commencer et pourtant il sait déjà qu’il sera très occupé. 

Par le travail ? Non, même si sa boîte mail professionnelle ne désemplit pas. Mais ça il sait qu’il pourra le gérer. 

Ce qui le préoccupe en revanche, c’est ce qu’il a reçu sur son téléphone. Les consignes sont limpides. Leur réalisation va demander des trésors de créativité.

Il n’en manque pas et, tandis qu’il accomplit ses tâches avec le plus grand sérieux, il se voit déjà dans sa voiture, garage fermé, avec la seule lumière du plafonnier. 

Le résultat sera saisissant, il en est persuadé. 

Voyage (25)

Les nouvelles annonces du gouvernement  ne l’ont pas éclairé. Son voyage va-t-il prendre fin ? Il l’espère mais n’a aucun signal qui le confirme ou l’infirme. 

Alors il fait comme tous les jours depuis près d’un mois. Il consulte sa messagerie en quête du prochain défi. Il n’y a rien aujourd’hui. Si ce n’est un laconique « tu as quartier libre ». 

Ce n’est pas pour autant qu’il va se laisser aller. En cherchant ses vêtements dans le dressing ce matin, il a entrevu certaines possibilités de cette pièce et son miroir.

La lumière y est belle. Il y sera à son avantage. 

Voyage (24)

Il a du temps devant lui ce matin. Il le met à profit pour tester cette posture dont il a rêvé la nuit précédente et qui le taraude depuis qu’il s’est réveillé. 

Il déplace légèrement sa table basse pour avoir de l’espace et installe son smartphone sur son trépied avant de se déshabiller. Si tout fonctionne bien, il lui offrira quelques clichés de ce qu’il espère lui proposer lors de leur prochaine rencontre.

Est-ce un cap qu’il a franchi dans sa tête ? C’est en tout cas une nouvelle manière de la servir qu’il imagine. De valet il va devenir mobilier. 

Voyage (23)

Pas d’extérieurs aujourd’hui. Il pleut et les températures sont proches de zéro. Il doit renoncer à sa balade. Mais il veut tenir ses promesses. Elle veut le voir nu dans des postures choisies. Qu’il en soit ainsi. Ce sera juste dans le cadre policé d’un appartement plutôt que celui, plus roots, d’un coin de nature.

Il compensera alors par la crudité de ses images et ne s’arrêtera pas à ses demandes. Il a déjà son idée sur comment il la surprendra et l’imaginer devant son écran l’excite au plus haut point. Il bande. 

Le moment est venu. Tout est prêt. 

Voyage (22)

Elle s’est montrée à son écoute, même si ses exigences sont montées d’un cran. Cela lui a donné des ailes et il veut se surpasser. 

Elle veut de lui des photos nu et dans des postures bien précises ? Elle les aura. Mais il ajoutera sa touche personnelle. 

C’est à l’occasion de sa sortie quotidienne qu’il l’exaucera s’est-il dit. Le chemin qu’il emprunte quand il se balade ne manque pas de recoins propices à s’y dissimuler.

Il a pris son trépied dans son sac à dos. Elle ne s’attend certainement pas à ce qu’il prenne le risque de s’exposer en extérieur. 

Voyage (21)

Le réveil est de nouveau difficile, mais pas pour les mêmes raisons. Tiraillé par une foule de sentiments contradictoires il a préféré prendre un somnifère pour s’abandonner au refuge d’un sommeil sans rêve.

Il a bu son troisième café pour finir d’émerger. Il est temps à présent de consulter sa messagerie. Elle lui a fait le cadeau de sa jouissance dominicale en images et sons.

Il en répète écoute et vision comme s’il s’agissait de mantras. 

Cela fonctionne Le voilà à présent habité par un désir qu’il lui faudra certes assumer seul mais qui lui prouve qu’il est toujours vivant 

Voyage (20)

Il va mieux. Détendu et rasséréné. Sa nuit n’a pourtant pas été si tranquille que ça car il a connu deux ou trois réveils. Il ne le regrette pas vu qu’ils étaient dus au réalisme criant de rêves plus que sensuels.

Il ne se rappelle plus des visages de ses partenaires oniriques. Mais avaient-elles un ? Il garde par contre un souvenir très précis des sensations. Comme si toutes ses terminaisons nerveuses étaient connectées à son inconscient.

Alors oui, il a fini par s’assouvir dans sa main. Il ne peut pas faire grand chose de plus. Mais il sourit ce matin. 

Évasion

Mots contraints : Ronronner, greluche, saturation, gadin, bouillotte, bedaine, chanfrein, sylvestre, effluve

Ça commençait à ronronner ferme dans son couple et il était arrivé à saturation. Marre de la bienséance et des baisers du bout des lèvres sur le chanfrein, il voulait rouler des gadins et s’enivrer des effluves d’un corps après l’amour.

Alors oui, aurait pu, par dépit, s’enamouracher de la première greluche venue, une de ces femmes qui ne réchauffent pas plus qu’une bouillotte, et la retrouver dans le feutré d’une chambre dans un relais et château.

Au lieu de cela, il avait préféré vivre le grand frisson d’une aventure sylvestre au sein d’une communauté hippie retirée du monde. 

Cette vie simple lui nourrissait tout aussi bien le cœur et l’esprit que la bedaine, même s’il se nourrissait de racines et de ce que la nature leur donnait. Et pour rien au monde il ne voulait revenir en arrière