Chaleur d’Orient

 Mots contraints : Salope, Ondine, Dominée, Ordonné, Minaret, Immoral, Soulevée, Élève, Envolée

La place de la ville, dominée par un imposant minaret, était déserte en ce début d’après-midi. Pas étonnant avec cette chaleur étouffante. Il n’y avait qu’une touriste comme elle pour se risquer dehors à cette heure s’était-elle dit en cherchant du regard un endroit où elle pourrait se préserver des rayons du soleil. Mais pourquoi n’était-elle pas restée jouer les ondines à la piscine de l’hôtel ? Elle aurait pu, pour se rafraîchir, profiter des parasols et des cocktails du bar entre deux plongeons

C’est alors qu’elle vit une porte s’entrouvrir et une main lui faire signe. La providence lui offrait une alternative à l’insolation qui lui était promise. Elle se hâta de franchir les quelques mètres qui la séparaient. de ce refuge inespéré.

La porte se referma sur elle et elle se sentit saisie par la relative fraîcheur qui régnait entre les murs épais. Le lieu était plongé dans la pénombre et elle ne pouvait distinguer le visage de son sauveur. Elle lui lança toutefois un timide « merci » qu’elle n’était pas sûre qu’il comprenne.

Elle se laissa un instant griser par les parfums d’orient qui flottaient dans la pièce. Il y en avait un qui la troublait tout particulièrement sans qu’elle ne pût déterminer ce que c’était. Une épice sans nul doute, mais à laquelle elle était incapable de donner un nom. Tout ce qu’ elle savait c’est qu’elle lui procurait de bien troublantes vibrations au creux de l’abdomen. L’idée que ce fût un aphrodisiaque olfactif, un de ces philtres dont parlent les contes, lui plut. C’était une belle découverte. Et l’idée d’exprimer sa gratitude à celui qui l’avait attirée ici lui traversa l’esprit. Il avait su offrir des frissons à son épiderme et une douce chaleur à son ventre. Elle ne se montrerait pas ingrate. 

C’est alors qu’elle réalisa que celui qui lui avait ouvert n’était pas seul. Une dizaine d’yeux la fixaient sans qu’elle ne pût voir à qui ils appartenaient. Par contre elle ressentait maintenant la tension sensuelle qui emplissait la pièce. Elle était au centre d’un faisceau d’ondes de désir et cela la fit frémir un peu plus. Ces hommes la voulaient et, bien qu’ils lui fussent parfaitement inconnus, l’idée qu’ils la possèdent lui apparut délicieuse . 

Alors, avant que cela ne lui fût ordonné ni même demandé, elle fit lentement glisser ses vêtements au sol. Toute pudeur envolée, elle tournait maintenant sur elle-même afin d’offrir à chacun l’intégralité de sa nudité. D’un seul mouvement les hommes s’approchèrent d’elle, formant désormais un cercle resserré autour de son corps. Elle sentait maintenant l’odeur de leurs corps et distinguait leurs sexes tendus dans sa direction. Ils allaient certainement la prendre chacun leur tour à présent. Elle le voulait. Et même en accueillir plusieurs en même temps. Et elle n’y voyait rien d’immoral. Ne se sentait pas salope. Au contraire. Elle était là, en ce pays monothéiste qui les bannissait, comme une idole païenne qu’ils allaient vénérer de leur virilité. 

Ils étaient tout contre elle maintenant, et elle se sentit soudain soulevée par d’innombrables bras pour être déposée sur ce qui allait être l’autel de leur liturgie.

Ces hommes, dont elle ignorait tout, allaient lui apprendre les amours multiples.

Elle serait une bonne élève. 

 

Belle de jour

Elle m’avait fait du pied sous la table à peine s’était-elle installée avec moi. Avant même de commencer à me parler. En me souriant de toutes ses dents. Elle rayonnait sous ce beau soleil de printemps

Que vouliez-vous que je fasse ? J’avais plongé et je l’avais suivie dans le recoin de cette place, à l’abri du mistral.

Et là, mots assassins, elle m’avait demandé son petit cadeau avant de continuer. Fini de rire. Et moi, pauvre pigeon, j’avais cédé 

Ce qui me restait de fierté jeté à terre, je l’avais baisée debout contre le mur.

Mon bel oiseau de paradis.

Je t’aime à l’italienne

— Ti piace petanche ? Voglio giocare con le tue palle.

Ma maîtrise de la langue de Dante était par trop limitée pour saisir le sens des paroles de Flora ma belle romaine. Et, faute de comprendre ce qu’elle me disait, j’aurais pu décliner son offre si, à titre indicatif, elle ne m’avait pas mis franchement la main au paquet, renforçant ainsi l’axe syntagmatique de son énoncé.

Hormis l’aspect foutraque de son entrée en matière, elle me tenait donc morphologiquement par les couilles. Ce qui aurait pu être douloureux eut au contraire pour effet, l’expansion immédiate de mes corps caverneux et donc une érection sans la moindre gradation depuis l’état flaccide.

Il était donc temps de lui faire la contre proposition d’une partie de billard maintenant qu’ensemble nous pouvions conjuguer l’usage de queue, boules et trous.

Une histoire pas « cis » habituelle

Je l’avais repérée dès sa montée dans l’autobus. Il faut dire qu’une personne comme elle ne passe pas inaperçue. En l’occurrence il s’agissait ici d’une féminité suffisamment teintée d’androgynie pour laisser planer le doute et d’une tenue qui ne faisait qu’entretenir la confusion. Tout cela faisait que, malgré cela (où plutôt grâce), elle était à mes yeux faite à peindre. Et je m’y serais volontiers collé si j’avais eu le moindre talent devant un chevalet. Et du temps à passer avec elle. Mais les circonstances faisaient qu’il me fallait me contenter de la dévorer des yeux pour en imprégner ma rétine. 

Elle m’avait vite repéré au milieu des usagers et me dévisageait maintenant de l’air résigné de la biche qui se sait proche de l’hallali. Et le sourire maladroit que je lui avais lancé n’avait pas suffi à la dérider. J’aurais voulu lui dire des mots rassurants, que j’étais un gentil garçon, qu’elle ne risquait rien avec moi, mais j’avais compris dès le début que je ne serais pas crédible. Elle semblait avoir croisé le chemin de trop de prédateurs pour faire confiance à qui que ce soit.

J’étais donc resté dans mon coin. À distance respectable. Jusqu’à ce qu’elle arrive à son arrêt et descende. Je lui avais alors emboîté le pas. J’étais surpris de cette improvisation de ma part. Pas elle visiblement. Car elle avait ralenti le pas au lieu de l’accélerer et je m’étais retrouvé à sa hauteur. À portée du sac à main qu’elle tenait à bout de bras. Elle aurait pu m’assommer avec. Mais non. Au contraire. Elle m’avait désigné de son index libre une entrée d’immeuble et je m’étais engouffré à sa suite.

Il faisait noir dans la cage d’escalier. Est-ce cela qui m’avait encouragé ? Quoi qu’il en soit je m’étais jeté sur elle comme un mort de faim. Elle n’avait même pas cherché à se défendre. Tout juste s’était-elle un peu dégagé pour attraper ses clés et ouvrir la porte de son appartement. Je l’avais alors basculée sur le vieux canapé, au milieu d’exemplaires fatigués de Vanity Fair probablement piqués dans une salle d’attente, et mes mains s’étaient démultipliées sur son corps pour en prendre possession au plus vite. Jusqu’à arriver à son entrejambe.

J’avais déchiré son collant pour m’emparer de son sexe. Et j’avais alors découvert qu’il n’était pas celui de son état civil supposé quand il avait jailli du tissu comme un diable hors de sa boîte.

— Voilà. Tu sais maintenant. Et ? 

Je découvrais le son de sa voix. Cette intonation lasse de celle à qui n’arrive que le pire. Mais, là, tout de suite, je ne lui voulais que le meilleur. Alors, en guise de réponse, je l’avais relevée et  faite asseoir sur la table de cuisson avant de la prendre en bouche. Avec toute la tendresse dont j’étais capable. Elle avait alors posé ses mains sur mes tempes pour me guider. 

— C’est bien, oui… 

Ces mots étaient sortis avec un peu plus de chaleur que les précédents. Je sentais aussi son corps se détendre en même temps que grossissait un peu plus ce que j’avais sous la langue. J’en étais heureux. J’allais faire en sorte qu’elle le soit aussi. 

La nuit ne faisait que commencer. 

Cent mots pour #elle

Je ne crois pas que je serais objectif si je devais la décrire. Emporté par ma verve et ainsi enivré, je perdrais toute mesure.

Alors tout ce que je vais vous dire d’elle c’est qu’elle compte. Et que, si je déplore qu’elle ait été si longtemps dans l’oubli d’elle-même, ce qui l’a empêchée de s’épanouir, je ne peux qu’être heureux de la voir prendre son envol maintenant. 

Vous voudriez savoir de qui je parle ? Bon sang de bonsoir, il faut respecter son désir d’anonymat ! Il est garant de sa liberté. Et je ne le trahirai pas, même sous la contrainte.

Un secret

 

Aqua Viva. Eau vive en italien. C’était le parfum qu’il avait choisi pour la rencontrer, comptant sur le vétyver pour l’aider à la séduire. Sans se faire trop d’illusions. Il se savait de ceux dont on devient ami plus qu’amant.

Cela avait fonctionné au delà de ses espérance. Un sourire l’avait illuminée quand, déposant un chaste baiser sur sa joue, elle avait senti l’attention. Elle l’avait alors félicité pour son élégance olfactive et lui avait carrément avoué que ça la changeait bigrement des eaux un peu rustiques utilisées habituellement par ses rencards. Et elle avait fait glisser ses lèvres dans son cou. Presque imperceptiblement.

Il en avait été touché. A l’âme et puis au corps quand il avait senti ses orteils se presser contre son entrejambe. Et la coloration qu’avait alors pris son visage ne l’avait pas quitté tout au long d’un repas qui, tout succulent qu’il ait pu être, était passé au second plan tant elle l’avait captivé.

Il savait qu’il y avait des alcôves au sous-sol. Et le pied, qui n’avait pas quitté la bosse qui déformait son pantalon, était un bel encouragement pour la suite. Mais ils savaient tous deux qu’il ne pouvait pas lui offrir plus qu’un second rôle pour le moment. Ce qui lui faisait nourrir quelques scrupules. Il n’osait pas aller plus loin.

C’était finalement elle qui, gardant l’initiative, lui avait proposé de descendre boire un verre. Ses dernières défenses étaient alors tombées.

Ce qui s’était ensuite passé n’était que le début de sa nouvelle vie. Elle lui avait montré une nouvelle voie. Il s’y était reconnu. Et il avait décidé de s’y perdre pour mieux se retrouver.

Le présent

(Photo Mark y Julia on Flickr)

Des hommes courtois mais virils et qui n’ont de cesse de venir et revenir en elle depuis des heures. Tout en respectant son désir de n’être prise que par derrière. Au point qu’elle sent son cul être devenu un cratère bouillonnant de leur lave.

Elle n’est pas dans l’oubli d’elle-même pourtant. C’est au contraire grâce à ces multiples amants qui s’abandonnent en elle qu’elle se sent exister plus intensément. Et, en se donnant à eux plutôt qu’ils ne la possèdent, elle côtoie le divin.

Cela fait une éternité qu’elle n’a pas été si heureuse. A-t-elle d’ailleurs jamais été la reine de la soirée comme c’est le cas en ce moment ? Cela n’a pas tellement d’importance après tout. Elle profite du présent qu’ils lui offrent. Ça lui suffit pour le moment.

Et elle n’aura même pas le souci de cacher les marques bleues de leurs assauts quand elle rentrera chez elle. Son homme est au courant de ce qu’elle faisait et les soignera de toute sa tendresse.

Bistro c’est trop

(photo par Matthew Wiseman on Flickr)

 

— Moi, pas cap de m’enfiler ce mètre de bières ? En cinq minutes ? Les paris sont ouverts ! Et vous allez cracher au bassinet, je vous le dis !

Il y a une dizaine de pintes sur le comptoir. Ça pourrait paraître énorme mais je n’ai aucun doute quant au fait que je vais réussir. Je me sais solide buveur et, dans le sauna qu’est devenue l’arrière-salle du bar pendant cette période de canicule, la perspective de me désaltérer à l’œil tout en épatant la galerie m’apparaît comme quelque chose de merveilleux. Sans compter que je ne suis plus à ça près. Je fanfaronne depuis la fin de l’après-midi entre déclarations à l’emporte pièce et ballons de rosé et Je suis déjà un peu fait. Mais je n’ai pas l’intention de quitter ma place au centre de toutes les attentions.

En moins de temps qu’il ne m’en était imparti, les verres sont vides. Je lève les bras au ciel et, un sourire victorieux aux lèvres, je rafle les mises avant de filer sur le parking. Il me faut aller assouvir à la ville ce trop plein d’excitation que m’ont procurée une journée de matage à la plage et, réciproquement, d’avoir été le point de convergence de tous les regards durant l’apéro. Dans ce club dont on m’a tant parlé. Et je vais le faire en compagnie de Valérie, ma conquête du soir, qui m’éclaire avec son briquet tandis que j’essaie d’ouvrir ma portière en titubant.

Je démarre. Valérie pose sa main sur ma cuisse. Je commence à bander. Elle le sent et se met à caresser ma queue à travers le tissu de mon pantalon. Nous allons passer un bon moment, je le sais. J’accélère, pressé d’arriver à destination. Puis jusqu’au bout avec elle. Je pense déjà à tout ce que nous allons faire, toutes ces caresses, ces ébats que, l’espace d’un regard, nous nous sommes promis quand je l’ai abordée. Elle me plaît tellement. Et, après mon exploit de ce soir, il ne fait aucun doute qu’elle a vu le bonhomme que je suis.

L’air du soir me fouette le visage à travers la vitre ouverte. Je me sens invincible. Tout à ma rêverie, je ferme les yeux un instant.

Tout a été très vite après. Trop. Et ce sont les cris de Valérie qui me ramènent à la réalité alors que je viens de m’endormir et de mettre la voiture dans le fossé.

Nous ne sommes jamais arrivés à Lorient.

Nager dans le potage

Contrainte : potimarron, poireau, courgette, aubergine, poivron, tomate, salade, choux, carotte.

Me voilà devant cette épicerie de nuit alors qu’elle m’attend confortablement dans le club. Nous nous poivrons la gueule depuis le début de la soirée et je dois vraiment être dans les choux pour avoir avalé ce qu’elle m’a raconté. Qu’elle était capable de faire des choses salaces avec un potimarron. Je suis persuadé que ce sont des salades. Mais elle me l’a susurré avec tant de vice que j’en ai rougi comme une tomate et que je n’ai pas pu résister à la tentation de le vérifier.

Alors j’attends qu’on me serve Je suis garé sur un bateau et je serre les fesses à l’idée qu’une aubergine ne passe me coller une prune.

Et ce serait le pompon si cette courgette acceptait les avances d’un gus pendant que je fais le poireau dehors.

Je reviens bredouille alors ? Mais vite ? Ou alors je prends le risque qu’on me carotte ma place ?

Je hais décidément les dilemmes, surtout quand ils surviennent à une heure si avancée de la nuit.