Admiration

Mots contraints : Ouvrir, blessure, magnifique, course, cachette, choix, version, nouveau, même

De ses doigts en ciseaux, elle vient d’ouvrir son sexe, blessure magnifique qui découpe le bas de son ventre. 

Je m’assois en face d’elle, ne pouvant pas détacher mes yeux de sa béance. Même le temps doit interrompre sa course devant un tel spectacle me dis-je. 

Son clitoris est sorti de sa cachette et darde fièrement dans ma direction, ne me laissant pas d’autre choix que celui d’honorer cette sublime version vivante de l’Origine du Monde.

Cette façon qu’elle a de s’offrir à moi n’a pourtant rien de nouveau. C’est même devenu un rituel entre nous. Il n’en demeure pas moins que c’est un perpétuel émerveillement pour moi.

Les oulimots des copines et des copains

De beurre frais. Ou pas

Mots contraints : Beurre, fruit, fluorescent, moisi, unique, démon, frais, ornement, brut.

L’industrie agro-alimentaire ne sait plus quoi inventer. 

La dernière en date : le beurre qui devient fluorescent quand sa date de péremption approche. Soi-disant pour éviter de le consommer moisi. Ben voyons. 

Je ne sais quel démon m’a pris de l’utiliser comme lubrifiant lors de ma dernière rencontre. Peut-être était-ce parce que c’était l’unique moyen que j’avais de répondre à sa demande d’un moment de sexe un peu plus brut qu’à l’accoutumée.

Taper dans la plaquette c’était tellement plus « roots ». 

Mais à présent j’en suis pour mes frais. J’ai la queue qui brille la nuit et je me serais bien passé de cet encombrant ornement.

Les oulimots des copines et des copains

L’éternel recommencement

Mots contraints : Sottise, erreur, péché, lésine, esprits, corps, remords, mendiants vermine.

À chaque fois que cela arrive, c’est le même schéma. Il ne lésine pas sur les anxiolytiques mais il n’empêche : les remords le rongent. La faute à quoi ? À son corps défendant, il a toujours péché par excès de culpabilité au moment de laisser son passé derrière lui. Il sait pourtant que c’est une sottise de ne pas trancher avec la vermine que sont ces mendiants de l’amour qui s’accrochent à ses basques. Mais il commet quand même systématiquement l’erreur de leur accorder cet ultime rendez-vous. Et s’en mord les doigts à posteriori. 

Quel cruel manque d’esprit de sa part… 

On connaît la musique

Mot contraints : Blanche, ronde,  portée, silence, bémol, piquée, ut, mineur, canon

D’aucuns pourraient me trouver trop ronde, pas dans les canons de beauté actuels. Ils ne savent pas ce qu’ils perdent. Car chaque rencontre avec moi n’est pas piquée des hannetons et surtout pas autorisée à un public mineur. Je mesure la portée de mes paroles quand je déclare que personne n’est sorti indemne d’avoir passé une nuit avec moi. Car elles sont souvent blanches.

Petit bémol : il me faut bien évidemment garder le silence sur l’identité de certains de mes amants, qui pourraient bien mieux parler de mes prouesses que je ne peux le faire, et qui ont été capables de me faire chanter un contre-ut sous leurs assauts. Je dois savoir faire le distinguo entre notre vie privée et leur vie publique.

Je connais la musique.

Sur le quai

Image Trinh Lè sur Flickr

Mots contraints : Cerise, manette, lunette, correspondance, volet, fauteuil, souris, chocolat, cahier.

J’attends ma correspondance sur le quai de la gare en griffonnant quelques mots sur un cahier quand elle vient s’asseoir sur le même banc que moi. Elle me dévisage avec un regard trouble et ses lèvres se retroussent sur ses dents, comme si elle allait me dévorer tout cru. Cerise sur le gâteau, en se penchant vers moi elle m’offre un point de vue incomparable sur son décolleté. Je lui souris, l’imaginant déjà aux manettes et nous amenant dans un fauteuil vers des plaisirs inoubliables.

Elle pose sa main sur la mienne. Je bande déjà. C’est alors qu’elle chausse une paire d’épaisses lunettes de myope. 

— Oh pardon ! Je vous avais pris pour quelqu’un d’autre ! 

Et elle se lève avant de disparaître dans l’escalier, me laissant chocolat. 

Encore un volet de ma vie de séducteur sur lequel je ne vais pas m’apesantir.

Love office

Mots contraints : Tout, misère, plage, seul, moderne, retour, voix, sens, vie 

N’avoir de  plage horaire que le temps d’une pause déjeuner pour chambouler ses sens , quelle misère.

Voilà ce à quoi je pense en attendant son retour. Car elle revient toujours, même si ces rapides étreintes post prandiales sont tout ce que je peux lui offrir. J’illumine sa vie me dit-elle, et ça, elle ne l’abandonnera pas si facilement. Moi non plus. 

Alors nous restons sourds aux voix de la raison et, presque chaque jour, nous courons nous enfermer ensemble dans une salle de réunion sitôt que les rares collègues qui ne sont pas en télétravail sont descendus chercher leur repas.

Je ne sais pas combien de temps durera notre variante moderne des amours clandestines. Je ne veux pas le savoir. Je cueille avec elle les roses de la vie et, même si cela ne nous rassasie pas tout à fait, c’est déjà mieux que rien.

Les oulimots des copines et des copains

L’addiction s’il vous plaît

Mots contraints : Demande, absence, tendre, besoin, neige, romance, épique, souffle, ardente.

Image Andrea Motta

Son absence commençait à lui peser. Pourtant il était parti à sa demande. Elle avait prétendu qu’ils avaient besoin d’un peu de distance et d’aller explorer leur carte du tendre chacun de leur côté pour rendre leur romance plus épique lorsqu’ils se retrouveraient.

Elle s’en mordait les doigts. La plus ardente des rencontres qu’elle avait pu faire depuis, même si elle lui avait fait perdre le souffle et un peu les pédales n’avait fait que raviver son manque de lui.

Alors, pour tenir le coup, elle se plongeait régulièrement le nez dans la neige. Une addiction en chassait une autre.

L’amour comme une drogue.

Mots  contraints : Sillon, rosée, herbe, aurore, pénétre, sabot, graine, authentique, logis

Aurore n’avait pas les pieds dans le même sabot et ne lésinait pas sur les moyens pour obtenir sa dose quotidienne d’herbe.

Aussi s’était-elle créé un solide réseau d’amants dealers à même de lui fournir le plus authentique des voyages dans les paradis artificiels.

De la graine de voyou me direz-vous. Mais qu’elle faisait manger dans sa main sitôt qu’ils avaient passé la porte de son logis. Car, pour dépendante qu’elle était à la weed, elle avait réussi à rendre ses messieurs encore plus accro au sillon de son décolleté. Et chacun d’entre eux aurait vendu son âme au diable pour avoir le privilège d’y déposer sa rosée.

Leur commerce était donc gagnant-gagnant.

Les oulimots des copains

Nocturne

photo by lyonelkaufmann on Flickr.

Mots contraints : Diable, oiseau, lune, paradis, nuit, mission, ombre, distance, dormir

Un drôle d’oiseau. Qui a le diable au corps. Voilà ce qu’il a entendu dès sa plus tendre enfance. 

Tout ça parce que, depuis qu’il a appris à lire, il aime le temps de la nuit pour le faire. Et a, désormais, adopté ce rythme de vie. Dormir ? Il en aura le temps quand il sera plus vieux se dit-il. 

Alors, bien évidemment, il n’a jamais eu de boulot stable et vivote entre deux missions d’intérim en tant que gardien. Mais il a choisi cette existence à distance du commun des mortels, arguant que les ombres qu’il croise au cours de ses rondes ont bien plus d’humanité que la majorité des gens.

Quand on lui demande si ce n’est pas difficile de ne jamais voir le soleil, il répond que la lune est son astre. Et que, si l’on croit qu’il vit un enfer, il est, bien au contraire, au paradis en dehors du tumulte des jours.

Tous les prétextes sont bons

Mots contraints : Chat, jouet, chinois, retard, rose, espace, enceinte, punition, main

— Vous ne me croirez jamais, mais j’ai été le jouet d’un drôle de truc en venant. 

— Dis toujours. 

— Eh bien figurez-vous que j’étais dans l’enceinte de la gare pour venir vous rejoindre quand on nous a tout à coup annoncé le train ne partirait pas tout de suite à cause d’un colis suspect

— Et ? 

— Il s’est avéré qu’il s’agissait d’un chat dans une boîte. Avec un nœud rose. Et qu’il était à la fois mort et vivant. 

— Foutaises ! Et dire que, l’espace d’un instant j’ai été prête à te croire. 

— Mais je vous assure ! 

— Tais-toi maintenant ! Et suis moi dans mon bureau ! Tu devras te polir le chinois devant moi pendant un temps équivalent à celui de ton retard. Soit une heure, montre en main.

— Chic ! J’adore ! 

— Sans te faire jouir, banane ! 

— Outch ! C’est en effet cruel comme punition…