Le renouveau

Il avait remarqué, depuis quelques jours, des modifications subtiles. Autant dans son comportement à lui que venant d’elle.

Ca avait d’abord été cette façon plus virile qu’il avait eue de la prendre. Rien de bien méchant à bien y regarder. Juste des gestes un peu plus mâles. C’était quand même surprenant, venant de sa part, lui le gentil garçon qui s’excusait presque d’un mot ou un geste de travers. Mais il avait lu de la reconnaissance dans ses yeux après leurs ébats, et dans l’action, le goût lui était venu rapidement de jouer en douceur de cette nouvelle rudesse.

Et puis ils en avaient parlé. De ça et d’autres choses. Et il avait noté comme il prenait de l’assurance au fil de leurs discussions. Et comme elle lui laissait cette place. Elle si présente auparavant, presque autoritaire, buvait maintenant ses paroles. Même son regard avait changé

Il avait pris la main. C’était maintenant limpide. Un nouveau jeu allait commencer.

 

Offrande

Je suis là devant vous, ouvert et attentif,

Le corps gainé de cuir et d’un peu de résille.

Cela me met à nu plus que ça ne m’habille.

Mais aimez-vous au  moins tous mes préparatifs ?

J’ai pris le plus grand soin, il n’y a rien de hâtif

Dans tout  ce que j’ai fait, afin que vos yeux brillent.

Et vous m’aurez autant comme garçon que fille

C’est vous qui décidez, je suis votre captif.

Pourrai-je vous vous baiser ? Me possèderez-vous ?

Je voudrais tant des deux, être verge et puis trou,

Connaître de l’amour charnel tous les plaisirs

Par réciprocité ou simultanément

Pour peu qu’à ce rendez-vous un de vos amants

Ne nous rejoigne pour en avoir le loisir.

Répétitions

Ils allaient se retrouver bientôt. Et il s’y préparait au mieux. Il savait l’effet que produisait sa souplesse et l’avait déjà accueillie. Mais il désirait que cela demeure un perpétuel ravissement. Alors il s’exerçait le plus fréquemment possible, jouant de ses chairs comme un concertiste de son instrument. Ce parallèle l’amusait car lui aussi montait et descendait des gammes pour travailler sa technique. Il le fallait bien. Leurs jeux, même s’ils laissaient la part belle à l’imagination, étaient extrêmement codifiés pour éviter tout accident. Cette connaissance de l’autre comme de soi-même était indispensable pour qu’ils puissent envisagent de se dépasser

l’échange (2)

Il venait à peine d’en prendre conscience. Ces nudes qu’ils s’envoyaient étaient bien plus que des images. Ils étaient prétextes à des discussions durant lesquelles ils se mettaient bien d’avantage à nu que sur les photos. Et, finalement, ces dernières devenaient une sorte de ponctuation de leur relation épistolaire, un souffle qu’ils s’accordaient quand la tension de leurs mots devenait trop grande. Il aimait la regarder, c’est certain. Comme il aimait se sentir beau dans ses yeux. Mais ce n’était en rien comparable au bonheur qu’ils partageraient à écouter l’autre se raconter. S’aimaient-ils ? Ce n’était pas impossible. À leur manière.

L’échange

Le casque sur les oreilles, il se passait en boucle le fichier qu’elle lui avait envoyé. Une vidéo à l’écran noir que l’on prend avec son smartphone pour ne partager que du son. Et, en l’occurrence, ce qu’il entendait était suffisamment explicite pour se passer d’image. Alors il n’avait pas pu résister à la tentation et ses mains n’étaient pas longtemps restées libres. D’un lent balancement du poignet, il se donnait du plaisir, rythmé par celui qu’il écoutait. Il savait qu’elle aimait la causalité sans fin entre leurs orgasmes. Il allait donc lui offrir le sien. En le lui racontant.

Mots tus

(Image par lovchoco on Flickr)

 

Vous m’ouvrez vos pensés. Je suis un confident,
Un de ces amis sûrs, sensibles et délicats
Dont vous savez très bien qu’il ne jugera pas.
Vous avez mon oreille. Alors vous me parlez,
Je connais tout de vous, vos profondes pensées
Et, avec vos amants, tous vos petits tracas.
Votre cœur n’a vraiment plus de secret pour moi.
Ce faisant, sûrement, vous n’imaginez pas
À quel point je me sens, près de vous, asexué.
Mais peut être est-ce ce moi qui ne sais exprimer
Le désir que pour vous, souvent, je peux avoir
Mais j’ignore comment vous le faire savoir.

Vestiges du passé

C’était la proposition d’écriture des toupies hurlantes de vendredi dernier

Quelque part dans les environs de la ville d’Avignon se trouve le village de Châteauneuf de Gadagne. En périphérie de cette bourgade ont poussé plein de zones résidentielles destinées à accueillir la classe moyenne du coins, avide de villas avec piscine. Et au milieu de l’une d’entre elles il y a la maison. Notre maison. Dont nous venons juste de finir d’éponger le prêt. Ce qui tombe bien parce que notre aîné vient de décrocher son baccalauréat avec mention et une inscription dans une école aussi prestigieuse que coûteuse. Ajoutons à cela la location d’un appartement et nous voilà repartis pour quelques années d’investissements que nous aurions eu du mal à conjuguer avec nos traites. Donc tout était pour le mieux et l’heure à la fête plus qu’aux comptes. Car, en tant que parents les plus cools du monde, nous avons accepté l’organisation de la soirée post-examens de sa classe. Bien sûr, ce n’est pas sans une certaine appréhension que nous allons livrer notre maison à une trentaine filles et de garçons pour leur rite de passage entre l’adolescence et l’âge adulte. Mais notre fils s’est avéré être un redoutable négociateur et nous a donné des garanties auxquelles nous nous efforçons de croire.

Les premiers invités sont arrivés, la sono est déjà en train de beugler et, avant d’abandonner la place, je donne les dernières consignes. Pour me donner une contenance, j’ai mis un doigt de whisky dans un verre et je suçote un cigare bon marché. C’est alors qu’elle débarque et que tout bascule. Cette jeune fille qui vient attraper notre fils par les épaules et lui donner un baiser dans le cou est le portrait craché d’un fantôme de mon passé. Cette époque où nous naviguions dans les eaux troubles de l’illégalité, couverts par le père d’un camarade qui était commissaire de police et où alcool et drogues étaient le prétexte à de bien vilaines choses. D’une voix bourrue (ce n’est qu’une façade pour masquer mon malaise), je demande qui est est. La demoiselle se présente. Son prénom, Zoé, ne me dit rien. Son nom de famille par contre…

Ce que je redoutais le plus m’explose alors en pleine face. La petite copine de mon garçon est la fille d’une de celles avec qui nous avons joué lors de nos soirées. Et quand je parle de jouer, c’était du genre à nous refiler des nanas trop défoncées pour exprimer le moindre refus devant nos avances. Comme des pions bringuebalant entre nos mains. Et celle qui est sa mère est la lycéenne qui avait dû fuir l’établissement privé où elle étudiait à cause de sa grossesse peu de temps après une de nos fêtes. Ça avait été de notre part l’objet de grasses plaisanteries. Elle ne savait pas qui était le père et nous non plus. Sauf que c’était l’un d’entre nous. Heureusement que l’affaire avait été étouffée et que, grâce à une belle enveloppe, celle qui est donc la grand-mère de Zoé avait pu l’emmener loin de nous, en zone frontalière. Pour, soi-disant, faire passer le produit de ses péchés. Et des nôtres par la même occasion.

Je constate avec effroi qu’il n’en a rien été et que j’ai potentiellement mon fils et ma fille devant moi en train de se bécoter. Et je réfléchis à ce qui est l’essence même de mon existence depuis les évènements qui remontent à la surface : un mariage arrangé peu après  » l’incident » pour passer à autre chose, un bébé dans la foulée, que ma jeune épouse, mère au foyer prédestinée a élevé et la carrière qui a été la mienne grâce à de bonnes relations. Tout a été bâti sur le besoin de ne pas faire de vagues, de préserver les apparences au sein de notre communauté.

Et là, dans ma tête, tout s’effondre. Je ne peux rien dire. Le tsunami que cela générerait serait tout sauf miniature. Et je ne peux pas m’empêcher de penser que cette rencontre est tout sauf fortuite. Et si le fait que cette gamine se soit rapprochée de notre enfant était un moyen que sa famille avait trouvé pour réclamer vengeance ou, tout au moins réparation ? Je n’ai pas l’intention de les laisser nous détruire. Mais pour le moment je suis pieds et poings liés. Il me faut revoir les copains pour trouver une solution. Ensemble nous imaginerons un nouveau plan. Ça a toujours fonctionné ainsi.

Une grande lassitude m’a envahi. Je me ressers machinalement un grand verre de whisky sous le regard réprobateur de mon épouse. Il est tiède. Ça n’a pas vraiment d’importance.

Pot de départ

Nous étions jeudi. L’après-midi s’écoulait doucement vers la fin de ma mission. Mes accès informatiques se fermaient les uns après les autres et le moment où il allait falloir rendre PC et badge allait venir.

Alors j’avais entrepris ma tournée d’adieux. J’avais noué de bons contacts avec certains utilisateurs et je voulais marquer le coup avec eux un peu plus que par le biais d’un message d’absence à durée indéterminée sur ma boîte mail.

C’est ainsi que j’étais arrivé à son bureau. Elle qui m’avait donné pas mal de fil à retordre. Je ne sais pas comment elle s’y prenait mais elle avait réussi à révéler un nombre incalculable de cas particuliers dans l’usage de l’outil. À se demander pourquoi ils ne l’avaient pas incluse dans l’équipe projet au moment de la phase de recettage. C’est d’ailleurs ce que je lui fis remarquer. Qu’elle m’avait appris beaucoup avec ses questions et que je lui en étais reconnaissant pour la suite de ma carrière.

Ma déclaration la fit sourire Et, pour me remercier à son tour, elle me proposa un café. Il n’était pas dans mes habitudes d’en prendre si tard mais je ne me sentais pas de lui refuser quoi que ce soit. Je lui emboîtai donc le pas en direction des machines. Il y avait un peu de monde alors elle me proposa de la suivre dans le bureau de son hiérarchique qui était en déplacement. Nous serions plus à l’aise pour discuter.

Elle ferma la porte derrière moi. Les stores étaient déjà tirés.

— No zob in job paraît-il. Mais tu pars dans deux heures. Je crois que ça n’a plus la moindre importance

Et, avant que je n’aie pu répondre quoi que ce soit, elle plaqua ses seins contre mon torse et ses lèvres sur les miennes. Son lipstick avait un léger goût de fruits rouges.

Le temps nous était compté. Alors il était inutile de perdre du temps en palabres. Je la saisis par la taille et la soulevai pour la coucher sur le grand bureau directorial. Bien calée entre deux piles de dossiers elle m’ouvrit ses jambes. Sa minijupe qui s’était retroussée dans le mouvement n’était plus un obstacle et j’avais sous les yeux le spectacle d’un abricot qu’aucune culotte ne masquait. J’y passai deux doigts curieux que je portai à ma bouche. Elle était déjà à point à en croire son goût délicatement salin. Je libérai alors ma verge, devenue bien à l’étroit dans mon pantalon et la pointai à l’entrée de ses lèvres. Elle referma aussitôt l’étau de ses jambes autour de ma taille pour finir de me happer. Le signal était clair et, d’une poussée résolue et rectiligne, j’investissai son sexe jusqu’à la garde. Un léger temps d’arrêt une fois au fond puis je commençai à aller et venir. 

— Vas y à fond !

J’exagérai alors l’amplitude de mes coups de rein tout en saisissant ses chevilles sur mes épaules pour en augmenter la portée. Ballottée comme une poupée de chiffon elle avait fait valser tous les documents autour d’elle par ses mouvements désordonnés et se mordait les lèvres pour ne pas crier.

Nous n’étions plus que des bêtes grognant, nous griffant et pressées d’obtenir notre assouvissement. Quand elle le sentit tout proche, elle m’ordonna de me retirer. Je le fis. Un peu à regret. Mais ce sentiment s’estompa quand elle me prit en main. Elle était une branleuse exceptionnelle et je n’allais pas tenir bien longtemps à ce train. 

— Tu vas jouir fort mon salaud, hein ?

Et en quelques mouvements de poignet elle obtint ma jouissance, répandue à grosses gouttes sur le plateau de bois. 

Elle prit soin de l’étaler d’une langue amoureuse avant de venir me  coller celle ci au fond de la bouche.

— Si le boss savait comment j’entretiens le chêne. Du jus de gland c’est logique, non ? Mais tu dois avoir ton pot de départ. Allez file !

Et elle me congédia d’une franche tape sur les fesses. J’avais perdu l’occasion de lui demander si nous allions nous revoir. Ce n’est qu’en faisant les poches de mon costume que je trouvai la carte d’un club huppé de la capitale avec ses coordonnées dessus. Et une lettre me racontant dans le détail comment elle avait obtenu ses pannes pour me faire passer plus souvent. Elle m’y confiait aussi que, si je la lisais, C’était parce que ses efforts avaient été récompensés et que, désormais, elle en attendait de ma part.

Il fallait vraiment que je retrouve des missions à Paris.

Paris Est

Je l’ai retrouvée et, ce soir, le temps s’est arrêté. Comme en mai de l’année précédente, quand nos chemins s’étaient croisés pour la première fois. Nous avons changé mais l’émotion est restée intacte.

Nous avons parlé jusqu’à ce que ce ne soit vraiment plus raisonnable. Mais cette soirée méritait-elle de l’être ? Je ne le voulais. Elle non plus je crois.

Il a hélas fallu que je la raccompagne. Alors j’ai pris son épaule et nous avons marché. Puis nous nous sommes étreints. J’ai voulu l’embrasser. Comme avant. Je n’ai pas osé.

Et elle a passé la porte de son immeuble.