Virtualité (3)

Nous sommes loin. Mais si proche à la fois. Qu’est réellement la distance géographique quand les esprits, les envies sont à l’unisson ? Et puis les moyens de communication ont tellement progressé en si peu de temps. Nous pouvons nous regarder l’un l’autre, en train de nous donner du plaisir, en direct ou quasiment. Alors, bien sûr, ça crée autant de tension que ça en assouvit. Mais n’est-ce pas un équilibre qui se crée et qui nous aide à supporter les kilomètres qui nous séparent ? Notre désir mutuel est intact, savamment entretenu par ces échanges virtuels. Et quand viennent les retrouvailles…

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Attente

Il va falloir attendre ? Peu importe. Le jeu en vaut la chandelle. Je suis, de toute façon, extrêmement patient. Et, si c’est pour mieux la retrouver, que sont quelques jours, quelques semaines supplémentaires ? Bien peu de choses je vous le dis. Et, quand je constate que mon désir pour elle, loin de s’émousser, ne va que croissant, je me dis qu’il y a pire que cette délicieuse attente. Nous nous sommes déjà trouvés, nous nous retrouverons. Et ce qui ne fut pas sera. Peut-être.  Je le souhaite en tout cas. Ses envies seront les miennes, telle est ma résolution. Hâte.

L’aveu

Je crois que, depuis que j’ai découvert ce qu’était le sentiment amoureux, je n’ai cessé de l’être. Un sourire, une attitude, un rien et je succombais. Je succombe toujours d’ailleurs. La grande majorité des cas ce ne fut hélas  que rêvé. Une timidité surdimensionnée couplée, comme c’est souvent le cas, à une image de moi déplorable ont souvent été des obstacles insurmontables. Mais j’ai aimé. Passionnément. L’ai je été en retour ? Sûrement. Et peut être plus que ce que je ne l’ai cru. Mais j’ai surtout souffert de ne pouvoir assumer ce trop plein dans un monde où les amours ne semblent se conjuguer qu’à deux. Car je crois que les miennes n’ont jamais été uniques, exclusives. Il me semble qu’il y a toujours eu, dans mon cœur, de la place pour plusieurs personnes.

Mais,  curieusement, coucher n’a jamais été une fin en soi pour ce qui me concerne. J’ai besoin d’implication affective pour faire l’amour mais la réciproque n’est pas exacte. Donc j’ai aimé et j’aime. De façon plurielle. Platoniquement la plupart du temps. Et même si j’ai vécu des histoires fortes, passionnées, parfois houleuses, il y a toujours eu cette autre, ces autres dans un coin de ma tête, de mon cœur. Aucune relation n’a su effacer ces hypothétiques amour de mon esprit.

J’ai donc trompé de façon idéelle bien plus que de façon concrète. Cela fait il de moi un homme infidèle ? Assurément. Et, aux yeux des gens, peut être même d’une façon pire que si j’avais donné sans cesse des coups de canif dans mes différents contrats.

Mais j’ai l’impression que ce papillonnage, qui devient d’ailleurs de plus en plus réel au fur et à mesure que je m’accepte en tant que tel, est nécessaire à mon équilibre. D’aucuns évoqueront la crise de la cinquantaine. Je ne cherche pourtant pas à rattraper le temps perdu, à prendre une revanche sur une jeunesse gâchée. Ni à me prouver quoi que ce soit. Je découvre simplement qu’un autre possible existe et qu’il semble me correspondre plus que celui que j’ai vécu jusqu’à présent.

Alors oui, je l’assume, je suis un coeur d’artichaut . J’aime. Au sens large du terme. Pas à celui d’une norme à laquelle je me suis jusqu’à présent  plié mais qui, finalement, ne m’a jamais convenu et dont je n’ai eu de cesse que de tenter de m’en évader en imagination. Alors, quitte à vous déplaire, je me préfère en panamoureux assumé qu’engoncé dans le costume trop étroit du compagnon idéal.

Oulimots : l’histoire (11)

En reprenant la contrainte des oulimots du 12/01/2018 : océan, statue, armure, parjure, amour, mélancolie, bal, Transnistrie, orphéon.

Je sais, j’ai sauté les mots du 11/01. Un oubli ? Un acte manqué ? Peu importe. Et, de toute façon, c’est relâche. Alors je fais ce que je veux.

Le début ici

Un voile de mélancolie passa devant mes yeux. J’aurais donc perdu ma bien aimée avant même d’avoir pu faire son entière connaissance ? Je trouvais ce parjure étrange et ne pouvais m’y résoudre. Je partis à donc à sa recherche. Cela faisait une bonne heure que je parcourais l’aire de repos en tout sens quand j’aperçus un bien curieux manège à côté d’un camion dont la bâche vantait en cyrillique les charmes de la Transnistrie. Craignant le pire, je pressai le pas en sa direction. Ça parlait fort et dans toutes les langues, mais nul besoin d’être polyglotte pour en connaître la teneur. Les yeux brillants de lubricité des hommes présents étaient bien plus parlants que importe quelle traduction. Je compris aussitôt. Avait-elle été reconnue ? Était-ce seulement le fait qu’elle ait été isolée ? Mon amireuse était en tout cas tombée entre de bien mauvaises mains et elle devait s’acquitter d’une rançon dont je ne mesurais pas encore le montant.

Je jouai des coudes pour en avoir le cœur net, sourd aux protestations de ceux que je privais du spectacle. Et là, je vis. C’etait bien ce que je pensais. Un matelas de fortune à même le sol et elle, aux prises avec une demi douzaine de mâles, dans une mise en scène qui relevait de tout sauf de l’amour. Empalée sur l’un d’entre eux qui était allongé sur le dos, elle offrait ses fesses à un deuxième qui semblait prendre plaisir à la labourer sauvagement. Déséquilibrée par ce double assaut, elle était contrainte de prendre en main deux autres sexes pour ne pas basculer en avant. Sexes qui coulissaient frénétiquement entre ses doigts. Un cinquième lascar lui tenait la tête en arrière et, avec le sixième larron, prenait alternativement place au fond de sa gorge, quand ils n’essayaient pas simultanément de forcer sa bouche. Le reste de l’assistance, la queue à l’air attendait son tour. Ça sentait le foutre et la transpiration et, déjà quelques préservatifs usagés jonchaient le sol, preuve s’il en fallait que le bal avait débuté depuis un moment. Intervenir ? Seul contre tous c’eût été du suicide et il était hors de question d’alerter les autorités, le remède aurait été pire que le mal. Ça me rendait malade.

Un instant, je me trouvai en face d’elle. Les hommes se succédaient en elle et elle ne semblait en avoir cure, arborant un regard vide, parfaitement inexpressif. Une statue eût donné plus de sensation de vie qu’elle à ce moment. Ou plutôt un robot. Car elle bougeait quand même. Mais son corps était animé de mouvements mécaniques, semblant optimisés pour soutirer toute substance aux sexes qui la prenaient. Cela ne semblait toutefois pas gêner la foule de ses assaillants qui se succédaient sans relâche, uniquement préoccupés par le fait d’investir chacun de ses trous et d’en jouir le plus animalement possible. L’orphéon des râles de plaisir des mâles présents etait assourdissant. Et le matelas commençait à être imbibé de toutes les humeurs qu’elle et eux pouvaient répandre au cours de cette sarabande effrénée. J’avais peur qu’elle ne se noie dans cet océan de masculinité dont les marées semblaient ne pas vouloir cesser d’affluer et refluer. Mais, un infime instant, nos regards se croisèrent et j’y retrouvai un léger éclat, vite remplacé par le néant. Je compris. Elle s’était donc réfugiée dans son armure comme elle avait dû le faire pour s’échapper de sa garde à vue. Et œuvrait de la meilleure des manières pour épuiser ses assaillants. Mais leur flux semblait sans fin.

Combien de temps cela dura-t’il ? J’avais perdu depuis longtemps le compte des hommes et celui du temps. Mais, finalement le dernier d’entre eux remonta dans son véhicule, non sans avoir souillé à son tour mon amireuse de sa semence. Elle gisait donc, nue, le corps couvert des marques de cet invraisemblable messe païenne au cours de laquelle elle s’était sacrifiée pour préserver sa liberté. Elle finit par se relever et me regarda.

  • Va chercher du savon ! Beaucoup ! Et des serviettes. J’ai besoin de me nettoyer !

Son regard avait repris toute sa détermination.J’étais à la fois effrayé et fasciné. Comment pouvait-elle ? Je fis ce qu’elle me demandait, non sans l’avoir enveloppée dans une couverture avant de l’accompagner aux douches. Je ne voulais pas que sa nudité attire de nouvelles convoitises. Au bout d’un long moment elle en sortit. Nous nous regardâmes à peine en remontant dans la voiture. La route était encore longue mais je décidai de la finir d’un trait. Tout valait mieux pour nous deux que de réitérer cette épreuve.

Oulimots : l’histoire (5)

En reprenant la contrainte du 05/01 des oulimots: Bûche, crème, défenestrer, Neptune, foutre, baguette, bulle, sèche, ancre.

Bûche, crème, défenestrer, Neptune, foutre, baguette, bulle, sèche, ancre.

le début de l’histoire ici

Il n’était pas loin de minuit lorsque mon rencard se décida enfin à jeter l’ancre en ces lieux. Je la reconnus aussitôt au regard scrutateur qu’elle lança à la cantonade à peine entrée. Comme moi, elle avait l’air de la personne la plus en attente, la plus impatiente qui fût.

Je lui adressai donc un signe de la main. Elle sourit et s’avança dans ma direction. Un peu confuse, elle me présenta ses excuses pour cette si longue attente. Et me servit un récit pour le moins extravagant. En effet, elle me dit sortir à peine du commissariat du quartier où elle avait été retenue pour interrogatoire. Celui qu’elle m’avait dépeint comme un ex extrêmement encombrant s’était visiblement défenestré du quatrième étage de son appartement et la bûche lui avait été fatale. Il s’agissait d’une personne qui avait ses réseaux d’influence et, comme il avait laissé un message très explicite impliquant mon amireuse avant de faire le grand saut, la crème des enquêteurs avait débarqué sur les lieux afin de l’entendre et d’investiguer. A ce qu’elle me dit, on voyait encore des bulles à la surface de la mare de sang que la victime avait répandue sur le trottoir quand ils étaient arrivés, preuve s’il en fallait de leur diligence. Pour ajouter au dramatique de la situation, elle me déclara que le déploiement de forces pour son interpellation n’avait rien eu à envier à celui du Neptune’s Spear et que c’était carrément le locataire de la place Beauvau qui était à la baguette de l’opération.

Je n’en revenais pas. Et, un peu incrédule devant cette histoire, je lui demandai comment elle avait pu se sortir aussi rapidement d’un tel dispositif. Car, en effet, de telles péripéties entraînaient pour moi un retard au moins égal à la durée maximale d’une garde à vue. Voire même à celle de quelques années de placard. Pas des quelques heures durant lesquelles j’avais fait le pied de grue. Elle me fixa sans ciller et me dit qu’elle avait un sens très prononcé de la négociation occulte et qu’elle savait payer de sa personne si besoin était. Et que c’était d’ailleurs pour ça que le défunt s’était attaché des services avant de carrément s’attacher à elle. Elle ajouta ne pas vouloir s’étendre sur le sujet mais me laissa entendre que la plupart de ses geôliers avaient obtenu plus que nécessaire en échange de cette parenthèse de liberté obtenue pour me rejoindre. Car, me dit-elle, aux premiers rayons du soleil elle devrait regagner les lieux de son interrogatoire.

J’étais encore un peu perplexe. C’est alors que je remarquai, un peu partout sur sa robe, des traces de foutre à peine sèches. Et je me dis, d’une part que la compromission avait dû être à la hauteur du retard et de la gravité de l’événement, et, d’autre part, que le reste de la nuit promettait si elle n’avait pas déployé toute son énergie à trouver le moyen de me retrouver. Je n’étais, je crois, pas au bout de mes surprises.

Oulimots : l’histoire (1)

Pour cet été, comme les oulimots font relâche, j’ai décidé de constituer un récit en écrivant au jour le jour sous les contraintes depuis le début. On verra bien où cela nous mènera.

En reprenant donc la contrainte des oulimots du 01/01 :
Coquelicot, analphabète, cage, sang arabesque, firmament, harmonie, transhumance, sirop

J’étais là, comme un lion en cage, à me ronger les sangs. Nous devions nous voir bientôt et, malgré la joie qui pouvait m’animer à cette perspective, une sourde angoisse montait en moi. Cette liaison virtuelle que nous entretenions depuis un moment déjà n’était qu’harmonie et nous avait emmené au firmament de la félicité. Mais qu’allait-il advenir lorsque nous nous retrouverions face à face ? J’avais peur de perdre toute contenance devant elle et de patauger dans un sirop de phrases convenues et plates, bien loin de nos conversations écrites. Parce que, si avec un clavier, j’arrivais à produire de bien belles arabesques avec les mots, ma timidité me rendait quasiment analphabète dans la vraie vie. Et j’avais si peur de la décevoir.

Bref, j’en perdais peu ou prou le sommeil malgré toutes les décoctions de coquelicot que je pouvais me faire le soir et les moutons que je pouvais compter pour essayer de m’endormir commençaient à constituer une sacrée transhumance. Il y avait cependant un avantage à mes endormissements aléatoires. C’était que, comme elle était passablement insomniaque elle aussi, nous avions plus de temps à consacrer à nos discussions. Et leurs heures indues nous laissaient plus de liberté. J’apprenais ainsi mieux la connaître, le paradoxe étant que, plus je la connaissais, plus je brûlais de me retrouver dans ses bras et plus je redoutais ce moment.

Puis le jour J arriva. Et, sur le trajet qui me menait à elle, je rejouais dans ma tête tous les scénarii imaginables, tout en sachant au fond de moi qu’aucun ne fonctionnerait à l’instant T et qu’il me faudrait alors improviser.

#ecriturecontrainte2018 (150)

30/05/2018 : Martinet, verge, chatte, érection, œillet, oignon, bourses, vit, bander.

Une contrainte, deux interprétations.

1/ Sage :

Je me demande vraiment s’il y a des bourses d’échange pour les félins. Parce que, là, je n’en peux plus, Poupougne me fait devenir chèvre. Qu’elle soit montée sur le toit pour essayer d’attraper les martinets au vol et qu’ensuite il ait fallu l’érection de la grande échelle pour aller la chercher, passe encore. Qu’elle ait bouffé le bouquet d’œillets que je destinais à ma bien aimée, toute ça parce qu’elle manquait d’herbe pour se purger, et qu’elle ait vomi ensuite sur la belle carte en papier vergé qui devait accompagner les fleurs, ça commençait à faire beaucoup. Alors, quand elle jeta à bas de la table la montre gousset de mon trisaïeul, mon sang ne fit qu’un tour. Pensez-vous, un oignon de deux siècles ! Sans compter la valeur sentimentale. Et croyez-vous qu’elle ait manifesté la moindre peur quand elle me vit approcher la main levée pour la corriger ? Au contraire ! Cette peste préféra l’offensive et me laboura le bras de ses griffes acérées, au point que je dus en bander les plaies afin d’éviter la lymphoréticulose. Non, vraiment, une chatte à la maison, ce n’est pas pour moi. Mieux vaut un bon gros matou. Entre mâles on se comprend.

2/ Ou moins :

Tu avais voulu mettre du piment dans notre vie sexuelle en y incorporant une composante BDSM. D’abord un peu réticent j’avais fini par accepter et venais, à ta demande, de te fesser. Échauffée par le martinet, tu étais donc là, à quatre pattes, offerte à mon érection. Cependant j’étais perplexe, ne sachant pas qui de ta chatte ou ton œillet accueillerait ma verge. Les deux palpitaient pourtant du désir que tu avais de me sentir en toi. Mais j’hésitais quant à ce que je voulais te faire. Commencer par l’un pour finir dans l’autre ? Alterner mes pénétrations pour te laisser la surprise de quel trou serait investi ? Vraiment, je ne savais que faire pour ton plaisir et restai là, la queue ballante. Mes tergiversations finirent par te faire perdre patience. Il y eut switch. De soumise tu devins Domina. Tu m’empoignas alors par les bourses afin de me contraindre à te suivre jusqu’au canapé, transformé en pilori occasionnel pour l’occasion. Tu m’y installas énergiquement. Maté par cette autorité qui émanait de toi je n’opposai aucune résistance, et, l’eussè-je fait, je n’aurais fait qu’exacerber ta fureur. Et Dieu sait ce qu’il serait advenu. Pour affirmer un peu plus ton emprise, tu pris soin de contraindre chacun de mes membres, y compris le plus viril. J’étais donc attaché, enfermé, offert à tes caprices. Et je sentis bientôt le monstrueux vit dont tu t’étais harnachée forcer mon oignon. C’était si bon. La cage de chasteté dont tu avais pris soin de m’affubler m’empêchait douloureusement de bander mais tes va et vient qui dilataient mon fondement me firent finalement me répandre à grosses gouttes sur le sol. Cette jouissance par contrainte fut une révélation.

#ecriturecontrainte2018 (144)

Une contrainte en quête de changement.

J’en avais ras le bol. Vraiment. Au bord du pétage de plomb. Mon entourage, habitué à mes compromis, me découvrait alors dans une logique de tout ou rien et, me sentant hors de contrôle, ne savait que décider entre stop ou encore. Et moi non plus. Bref, j’étais dans un vrai cul de sac existentiel. Alors je m’étais enfui et, réfugié dans cette chambre d’hôtel, l’écriteau “ne pas déranger” accroché à la porte, j’avais commencé à bazarder ma vie en petites annonces, prêt à offrir les frais de port à qui voudrait bien tout prendre. Il me fallait tout recommencer.

 

#ecriturecontrainte2018 (141)

Une contrainte de circonstance

Céleste*, voie, nébuleux/se*, leste* attraction* talon*, fil*, air* tortue*

Quand Babar revint de la ville et déjoua les plans des chasseurs, Céleste fut séduite par sa mâle assurance. Et cette attraction n’avait pour elle rien de nébuleux. Il avait beau être son cousin, il fallait absolument qu’elle le mette dans sa couche. Et son esprit leste ne voulait pas emprunter de chemin tortueux pour ce faire. Alors, l’air de rien, elle fut sur ses talons dès qu’elle le pouvait, prenant des airs inspirés aussitôt qu’il prenait la parole. C’était un peu cousu de fil blanc blanc comme méthode de séduction mais cela eut le mérite de fonctionner. Et, bientôt, Babar succomba aux douces attentions de sa cousine, ainsi qu’à son expertise des choses de l’amour. La voie était donc toute tracée pour un #royalwedding qui allait enchanter la savane.

#ecriturecontrainte2018 (138)

Une contraire en forme de genèse.

– coulée* banc* femme à sa toilette* fantôme* heureux* voiture* genoux* « ne bouge pas »* nuit*

La nuit venait juste de tomber lorsque Gustave sortit de la voiture qui le déposait à l’orée de la coulée verte menant jusqu’à l’hôtel particulier où elle l’attendait. Encore quelques pas et ils seraient ensemble. Il en avait les genoux tremblants. À tel point qu’il dut s’arrêter un instant sur un banc pour reprendre ses esprits. Il arriva enfin à la porte et sonna. Un majordome taciturne lui ouvrit.

  • Vous êtes en retard. Madame attend. Suivez-moi.

Un peu refroidi, il suivit le serviteur. Un peu comme un fantôme. Une fois arrivés devant le boudoir, le morne domestique le planta là, sans un mot. Gustave était un peu interdit. Un moment passa sans qu’il n’osât rien faire. Puis il finit par prendre son courage à deux mains et poussa la porte. Elle était là, devant sa table de toilette, en train de défaire sa crinoline. Il admira la vision double de son aimée qui, bien que lui tournant le dos, lui offrait la vue de son décolleté grâce à un habile jeu de miroir. Elle semblait ne pas s’être aperçue de sa présence et se déshabillait avec un naturel qui, bien que ne ressemblant que de très loin à un effeuillage, le rendait fou de désir.

  • Ne bouge pas !

S’entendit-il lui dire. Elle demeura immobile. Silencieuse, ses vêtements au sol. Un bref instant passa, durant lequel le regard de Gustave s’emplit de la scène qui s’offrait à ses yeux. Puis il s’approcha et commença à la caresser. Elle appuya ses mains sur la table et creusa un peu plus les reins, s’offrant à ses mains. Il prit son temps pour jauger les courbes et les proportions de son aimée, laquelle demeurait parfaitement impassible. Du moins en apparence. L’humidité qui perlait de son sexe révélait toutefois le plaisir qu’elle prenait à cette exploration. Gustave recueillit un peu de cette rosée du bout du doigt et la porta ensuite à ses lèvres. Son palais lui dit qu’elle était prête.

  • Le voulez-vous ma mie ?

Elle ne répondit pas mais pencha un peu plus son buste en avant, offrant des fesses de plus belle. À ce signal, Gustave n’y tint plus. Il déboutonna sa braguette et extirpa un membre raide et congestionné qu’il approcha prestement du con offert. Elle ne bougea pas d’un cil quand il s’enfonça en elle, ses mains crochées à ses hanches. Pas plus que quand il commença ses va et vient, d’abord langoureux, puis furieux. Elle fixait le miroir sans le moindre battement de paupière, offrant le reflet de son regard à l’homme qui la burinait. Gustave prenait un plaisir insensé à cet échange silencieux. Le manège dura un petit moment, sans qu’elle ne manifestât le moindre signe de passion. Puis il jouit dans un râle. Gustave retira finalement son sexe mollissant, qu’il remit dans son pantalon sans même prendre la peine de l’essuyer. Elle n’avait toujours pas bougé, le foutre de son amant mêlé à ses humeurs gouttant au sol.

  • Partez maintenant !

Ce furent les seuls mots qu’il entendit de sa bouche. Il obtempéra et quitta les lieux. Le glacial valet le raccompagna jusqu’à la sortie. Gustave était cependant heureux. L’inspiration semblait revenue. Il rentra directement à son atelier qu’il ne quitta pas jusqu’à l’aube. La femme à sa toilette était née.