Plaisir sur ordonnance

Elle voyageait et, j’avais beau guetter Son retour, rien n’y faisait.

La pénurie me guettait. 

Jusqu’à ce jour. Cette proposition par messagerie.

Elle serait, à distance, la source de mes extases en me faisant parvenir hebdomadairement une photo d’Elle devant laquelle je pourrais jouir. Et Lui en envoyer la preuve en retour. Dans un temps imparti. 

J’avais accepté cette contrainte avec joie. Ne fût-ce que parce que j’aurais de nouveau des preuves de l’affection de Ma Reine pour le petit peuple que j’étais. 

La source de Ses attentions n’était donc pas tarie.

Celle de mes hommages coulerait à Sa demande. 

 

Les origines

20181231 : oulimots

La contrainte qui clôture l’année :

Éléphant de mer, hôtel, luxure, graal, plectre, miroir, juge, baltringue, winter.

C’était le soir de la Saint Sylvestre et il était là, dans la chambre d’un appart hôtel miteux, avachi sur son lit comme un éléphant de mer sur sa plage. De la compagnie ? Elle se résumait à quelques packs de bières, une pizza et Into Darkness de Winter. Il n’arrivait plus à supporter que ce genre de musique. Seul ce massacre de cordes par un plectre impitoyable parvenait à le soulager. Sa vie partait complètement en vrille.

Et pourtant tout avait si bien commencé. Il avait intégré une équipe dynamique, sur un projet passionnant. Bref, il lui semblait avoir trouvé son Graal professionnel. Et puis un nouveau directeur avait été nommé. Il était sympa au début. Et puis il y avait eu ce repas d’équipe où les conjoints avaient été conviés. Et Madame n’avait rien trouvé de mieux que de succomber aux avances de ce baltringue. Oh, ça avait été intéressant au début. Partager son épouse avait toujours été un fantasme. Et la prendre, alors qu’elle sentait le foutre d’un autre après qu’elle fût rentrée d’une nuit de luxure, avait été une révélation.

Hélas, l’amant s’était vite avéré possessif au point de la persuader de le quitter. Et son influence était telle que la convocation du juge pour un divorce à l’amiable ainsi qu’un ordre de mission à l’autre bout du pays étaient rapidement arrivés dans la boîte aux lettres. Lutter ? C’eût été le pot de terre contre le pot de fer. Alors il s’était plié à l’un comme à l’autre. Et il était donc parti pour ce qu’il avait cru être une compensation offerte par son hiérarchique.

Ce n’en était pas une. Il avait rapidement constaté que le poste n’était qu’un miroir aux alouettes et qu’il avait été en réalité placardisé. Ce fut alors une rapide dégringolade dans les profondeurs de l’ennui. Et voilà où il en était. Tout espoir semblait perdu.

Soudain on frappa à la porte. Il alla ouvrir. Une créature, tout de noir vêtue se dessina dans le chambranle. Il eut du mal à reconnaître la demoiselle de l’accueil sous les traits de la prêtresse du doom metal qui s’était jetée sur lui :

— Classe ton boui-boui. Et carrément canon la musique. Tu me plais. Je le savais que tu étais un mec bien malgré tes airs de cul serré au boulot. Si tu me files une bière je te fais la meilleure pipe de ta vie. Je vais te la bouffer jusqu’aux couilles.

Il lui tendit une canette. Elle la descendit cul sec avant de s’occuper de son pantalon et de le pousser sur le lit. Il constata rapidement qu’elle n’avait pas exagéré. Il jouit dans sa bouche. Trop vite à son goût. elle se redressa :

— Voilà, poireau dégorgé de son trop plein. On va pouvoir jouer maintenant. Donne-moi une autre bière que je me rince le gosier.

Il s’exécuta. Le réveillon prenait une nouvelle version qui lui plaisait beaucoup. Et il se prit à imaginer la tournure que pourrait prendre sa vie après ça. Il sourit.

20181229 : oulimots

Une contrainte amnésique :

cellule  bonheur souvenir histoire  amnésie conscience image carrière source

Il sortit du poste. Il avait passé la nuit en cellule de dégrisement pour s’être fait ramasser par une patrouille alors qu’il errait, comme frappé d’amnésie. Ils l’avaient pris pour un provincial venu s’encanailler. S’ils avaient su le fin mot de l’histoire…

Tout avait commencé quand il était arrivé Gare de Lyon. Sa belle fille lui avait dit qu’elle viendrait le chercher et qu’ils iraient dîner Il ne l’avait pas vue depuis un moment mais il la savait grande, brune, à la fière poitrine et au cul rebondi et il se dit qu’il ne manquerait pas de la reconnaître quand elle viendrait à sa rencontre. Et pourtant, ce fut quand elle posa ses mains sur ses yeux en collant ses seins à ses omoplates et lui glissa un “coucou toi” à l’oreille qu’il prit conscience de sa présence. Il s’était alors retourné pour lui faire la bise. Elle était restée conforme à l’image qu’il avait d’elle. À une exception près. Elle, si sage dans sa vie d’avant, semblait être devenue bien délurée depuis qu’elle était montée faire carrière. En témoignait la tenue érotico-chic qu’elle arborait. Et elle n’avait pas tourné la tête quand il l’avait embrassée, de sorte qu’il avait eu ses lèvres plutôt que sa joue.

Elle l’avait alors pris par la main, l’entraînant dans les couloirs du métro. Ligne 14. Arrêt Pyramides. Ils avaient marché cinq minutes. Puis avaient pénétré dans un lieu où tout transpirait la sensualité et où elle semblait avoir ses entrées à voir sa décontraction. Il était un peu gêné mais son excitation allait crescendo. Alors, quand à la fin du repas elle l’avait entraîné dans la partie câlins il s’était volontiers laissé faire. Ils n’avaient pas été longs à se déshabiller. Puis elle l’avait englouti entre ses lèvres. Quand il fut assez dur, elle s’empala sur lui et ses hanches s’animèrent d’une houle sensuelle. D’autres couples les avaient rejoints. D’un signe, elle leur fit savoir qu’ils pouvaient regarder mais pas se mélanger. Ses mouvements, tous ces regards. Il était aux portes de la jouissance. Elle sembla s’en rendre compte car elle se libéra de lui et, pointant sa queue vers sa poitrine, se la fit inonder de sperme sous les murmures entendus de l’assistance. Une douche et ils sortirent. C’est alors que son téléphone à elle sonna alors qu’il recevait un « tout se passe bien ? » de son épouse, accompagné d’un bien étrange smiley.

— Maman ? Oui, tout s’est bien passé, il a l’air très content. Tu as raison, c’est mieux quand ça reste en famille. Bisous.

C’était donc sa femme qui était à la source de toutes ces émotions. Elle, qui ne voulait plus qu’il la touche, avait trouvé un bien étrange moyen pour assurer son bonheur. Il fallait qu’il marche. Sa belle-fille le laissa partir dans la nuit.

20181228 : oulimots

Une contrainte cinglante :

Oubli, embruns, course, menace, brise, cinglant, lune, prune, éclairent.

Bravant les embruns il revient à son véhicule au pas de course, conscient de la menace qui plane sur lui. Trop tard hélas. Son oubli de mettre des pièces dans l’horodateur  lui a été fatal, comme en atteste la prune sous son pare-brise que les lampadaires éclairent tristement. Il a beau implorer la clémence de la pervenche, cette dernière lui répond sur un ton cinglant qu’elle l’amène au poste pour outrage. Et elle lui passe les menottes.

“Encore une qui a ses lunes et à qui ça ne réussit pas” se dit-il penaud. Son escapade commence à lui coûter cher…

20181227 : Oulimots

Une contrainte qui rigole :

Mariole, frivole, guibole, floricole, affole, racole, picole, torgnole, rigole.

Elle m’affole quand, frivole, elle montre ses guiboles. Dommage que ce soit parce qu’elle racole pour se payer sa picole. Et je n’aime pas savoir que, trop souvent, elle finit dans la rigole ou que quelque mariole lui colle une torgnole en guise de paiement une fois ses petites affaires faites.

Alors je fais tout pour la sortir de là. Pour qu’elle ne se fasse butiner la marguerite que quand elle en a envie. Par qui elle en a envie. Et si je peux être l’un d’entre eux je n’en serai que plus heureux. Car j’assume pleinement  ma passion floricole.

20181226 : oulimots

Une contrainte qui ne manque pas de souffle

engagement, souffle, enfin, nerf, vierge, privilège, pendulaire.

 

Il la possédait en une levrette puissante et elle sentait ses couilles la frapper du mouvement pendulaire qu’il leur imprimait. Pourtant elle en voulait plus :

—  Du nerf que Diable ! Et allez donc taper plus haut, je vous accorde ce privilège ! Ne le boudez pas !

Ce disant, elle taisait qu’elle était vierge de ce côté. Et elle espérait bien qu’il s’y intéressât. Ce qu’il fit. Pour son plus grand bonheur.

Et, quand elle se sentit enfin le cul rempli, elle prit l’engagement solennel de ne plus se laisser posséder par lui que de la sorte. Et ce, jusqu’à son dernier souffle.

20181225 : Oulimots

Le Père Noël est une ordure.

Elle le savait. Qu’elle n’aurait pas dû suivre cet homme. Et pourtant…

C’était un soir de réveillon. Elle était en discothèque, seule, pour essayer d’oublier un peu les tourments de sa vie. C’est alors que ce beau barbu l’avait abordée, un grand sourire aux lèvres. Elle avait envie de se distraire. Et puis, ce qu’il pouvait être beau dans sa chemise vermillon. Alors elle avait accepté un verre. Puis un autre. Elle était si bien. Puis, un  peu avant minuit, il l’avait prise par la main et l’avait entraînée dans une alcôve où les attendaient une douzaine de ses acolytes, nus, la queue dressée entre leurs doigts.

Elle n’avait même pas eu à choisir lequel d’entre eux serait son premier cadeau. Elle avait été presque instantanément investie de toute part sans savoir où donner de la tête ni du reste. Un peu impressionnée au départ, elle avait finalement pris le parti de les accueillir du mieux possible et de profiter au maximum de cette multiplicité. Et ces messieurs, très empressés, n’avaient pas ménagé leurs efforts.

Alors, oui, elle avait eu les treize desserts de la tradition, même si ce n’avaient été que des sucres d’orge et leur sirop. Et elle avait eu droit à bien plus que les douze coups de minuit au coup de cette nuit endiablée. Malheureusement, tous ces messieurs et notamment son séducteur du soir, n’avaient pas eu la délicatesse de la nettoyer, la couvrir, ni de la raccompagner et elle s’était retrouvée couverte de sperme, seule, nue et gelée sur cette couche de fortune. Ils l’avaient, complètement abandonnée, comme si elle avait été un de ces objets qu’on jette après usage. Elle n’attendait pas d’eux de marques d’amour, seulement d’un peu d’humanité. Et sa déception avait été grande.

Malgré le plaisir qu’elle y avait pris, elle se jura alors, mais un peu tard, de ne plus croire au Père Noël. Il peut être très généreux en effet de prime abord. Mais, hélas, il se révèle souvent être une ordure une fois assouvi.

20181221 : oulimots

Une contrainte en projet :

Conquête, innovation, agilité, solutions, compétitivité, opportunités, projets, technique.

Les réseaux sociaux ont apporté de l’innovation dans les rapports humains, même s’ils y ont introduit la notion de compétitivité. Grâce à eux, il avait virtuellement fait sa conquête sans connaître de technique de drague. Uniquement grâce à son agilité d’esprit, laquelle avait été salvatrice lors de leurs échanges. Et, maintenant qu’ils se connaissaient mieux, ils avaient des projets bien réels de rencontre et ne manquaient pas de partager leurs réflexions quant aux opportunités de se voir bientôt. Leurs agendas respectifs et la distance ne facilitaient pas les choses mais ils finirent par trouver des solutions. Et ce fut l’extase.

20181220 : oulimots

Une contrainte qu’on oublie :

Poids, secret, émotion, souvenir, vertu, oubli, récit, papier, éternel.

Ce n’est un secret pour personne : aucun sentiment, si profond soit-il n’est éternel et on se surprend parfois à se souvenir, légèrement désabusé, d’une émotion dont on avait surévalué le poids. Cela peut être ennuyeux quand on a décidé de coucher sur papier le récit de sa vie, mais cela nous aide aussi à guérir de cette affection qui nous a tous touchés un jour ou l’autre : je veux parler de la maladie d’amour. C’est en effet cette volatilité qui nous permet d’avancer, de passer à autre chose. Car la vie est ainsi faite.

Bénie soit cette vertu de l’oubli.

20181219 : oulimots

Une contrainte harponnée :

harpon, bûcheron, vaccin, cartes, aviateur, ouïe, guillotine, alterne.

Sous ses airs de bûcheron il est d’une finesse inégalée et il n’aime rien tant que brouiller les cartes sur sa réelle situation. Par exemple, il prétend parfois être un aviateur en transit pour justifier d’un départ précipité, laissant une éphémère dulcinée en pleurs au fond d’une chambre d’hôtel. Il a toute une panoplie d’identités dont il alterne l’usage pour ne pas être pris. Et il a l’ouïe fine assez fine pour savoir quand partir pour éviter la guillotine. Bref, nulle femme ne l’a eu au bout de son harpon.

C’est comme s’il avait reçu un vaccin contre le mariage.