Fenêtre

Après l’exiguïté de mon studio, j’ai retrouvé un peu plus d’espace dans ma nouvelle vie. Mais il me manque mon petit balcon. Il offrait tellement de possibilité, je pouvais presque sentir le regard de mes voisins d’en face lorsque j’y prenais mon café nu ou quand me venait l’envie de faire quelques photos avec les toits parisiens en toile de fond.

J’y songe alors que je me déplace dans mon nouveau chez moi, ma tasse à la main et uniquement vêtu d’un peignoir aux pans largement ouverts. Jusqu’à arriver devant la fenêtre du salon. Il y a une petite maison sur deux niveaux juste en face et, si mon imagination ne me joue pas des tours, je peux distinguer une ombre derrière le fin rideau qui occulte à peine les vitres de l’étage. 

Je pose mon mug sur la table basse avant de m’immobiliser en pleine lumière. Puis, d’un subtil mouvement d’épaules, je fais glisser le peignoir au sol avant de récupérer mon café que je bois maintenant au vu et au su de quiconque se trouverait de l’autre côté de la rue.

Un grand sourire illumine mon visage alors que je perçois un mouvement chez le voisin : les affaires vont pouvoir reprendre.

Au parc

J’aime me balader aux premières heures dans ce parc. Il est quasiment désert et j’ai l’impression d’y oublier un peu les vicissitudes de la vie en déambulant dans ses allées car, malgré les restrictions en vigueur, il y règne une atmosphère moins oppressante qu’ailleurs.

Je suis allé me chercher un café à emporter pas loin et, muni de mon gobelet de carton, je décide de m’installer sur un banc pour profiter du soleil en observant les alentours. 

Il y a un couple, allongé au pied d’une statue pas loin. Ils sont juste assez près pour que je puisse les observer et tout à la fois assez loin pour que je ne me fasse pas remarquer. La femme finit par se lever pour prendre la même pose que le marbre qui la surplombe. L’homme applaudit et je l’entends rire. J’en souris moi aussi. 

Pas longtemps. Car ce que je vois à présent me stupéfie : pour pousser le mimétisme, elle a ôté le haut. Et c’est donc poitrine au vent qu’elle fait désormais sa chorégraphie. Me voilà donc dans la peau du voyeur mais aussi dans celle du guetteur car je n’ai pas envie qu’ils se fassent attraper.

Je cherche donc par quel moyen je pourrais les prévenir de l’arrivée de quelqu’un. Je n’ai pas à chercher bien longtemps. D’un pas décidé, l’homme vient vers moi. Il a un air avenant et je finis par remarquer le boîtier d’un appareil photo entre ses mains.

  • Je vous observe depuis tout à l’heure. Votre comportement m’indique que je peux vous faire confiance. Vous voulez bien nous prendre ? 

Il me tend le reflex et m’invite à le suivre. Entre-temps, elle a fini de se déshabiller et, rapidement, il l’imite. Les voilà donc nus, qui prennent des attitudes d’une sensualité folle, avec la statue et le ciel bleu comme fond. Leur décontraction et l’amour qu’ils semblent se vouer sont hallucinants et, désormais étranger à tout ce qui nous entoure, je déclenche à tout va. Nous avons peu de temps. 

En à peine deux minutes, j’ai pris la bagatelle d’une centaine de clichés. Je le leur fais savoir. Cela semble leur suffire et ils se rhabillent. Il est temps : le public ne va pas tarder à remplir les allées.

Je prends congé, les remerciant de m’avoir associé à leur ballet. Ils me demandent en retour une adresse mail. Ils veulent partager le fruit de cette séance avec moi. J’en suis flatté.

Je dois reprendre le cours de ma vie. Je les laisse donc auprès du couple enlacé qui a veillé sur leur exhibition. Cette journée commence bien. Je suis heureux. 

On the road again

Le jour se lève à peine sur l’aire d’autoroute lorsque nous décidons de nous y arrêter. Nous sommes partis très tôt ce matin et un café nous fera du bien. 

Le thermos est maintenant posé sur la table de pique nique et les tasses fument tandis que, pas très loin, les routiers les plus matinaux s’apprêtent à reprendre la route et des ouvriers arrivent à leur chantier.

J’ai subitement envie de m’offrir en spectacle à ces gens et, ni une ni deux, mon haut vole par-dessus ma tête. Me voilà maintenant torse nu dans les premiers rayons du soleil. La lumière est belle sur mes tétons que l’air frais fait darder. Je lui demande alors d’immortaliser l’instant. 

  • Ton cul de salope le mérite aussi. Baisse ton pantalon. 

La réponse est cash. J’aime. Et, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, je me retrouve avec mon jeans sur les chevilles. Je ne porte rien dessous et je sens à présent la brise caresser mes fesses tandis que, à genoux sur le banc, je les offre à qui veut bien les voir. 

J’entends le déclic de son appareil photo. Je suis aux anges et me cambre un peu plus, jusqu’à poser le buste sur la table. Me voit-on ? Je l’ignore car je tourne le dos à mon éventuel public. Mais je l’espère et l’excitation que me provoque cette exhibition me réchauffe malgré la température encore un peu basse de cette fin mars. Je ferme les yeux et m’imagine tout un tas de choses. 

Une tape sur les fesses me ramène à la réalité. 

  • Fini de jouer. On a de la route. 

Je me rhabille, nous rangeons nos affaires et remontons en voiture. C’est à mon tour de prendre le volant et cette pause m’a donné une énergie pas possible. La fin du voyage va être belle. 

Voyage (31)

Les magasins ont rouvert et certains annoncent de belles promotions ce week-end. Une belle occasion de joindre l’utile à l’agréable. 

Il porte son pantalon à cru. Il a envie de se sentir nu à l’insu du public alors qu’il marche vers les boutiques. Sans compter que, dans les cabines, il sera à la merci d’un rideau un peu hâtivement tiré par une vendeuse curieuse ou un client pressé. 

Il a jeté son dévolu sur un jeans slim, le temps d’une photo, pour le contraste entre le tissu moulant et sa queue tendue qui en sort. 

Du méat une goutte perle 

Balcon nu : épilogue

Je garde un très bon souvenir de ce moment et il m’arrive parfois de jeter un coup d’œil dans ma galerie pour repenser à sa réalité. C’était complètement dingue mais je ne regrette rien.

Et puis un jour, une enveloppe sans nom dans ma boite aux lettres. J’ouvre. Une liasse de clichés. Je n’ai pas été seul à prendre des photos.

Il y a aussi une lettre. Je frissonne. Veut-on me faire chanter ? Tremblant, j’ouvre

Nous vous avons aimé sur votre balcon. Nous partageons avec vous nos souvenirs. En espérant vous revoir bientôt.

Deux initiales signent  le mot.

Je recommencerai.

Balcon nu (13)

Je sens que j’ai pris ma décision trop tard et que ma jouissance est inéluctable. Alors, perdu pour perdu, je préfère finir en apothéose.

Je n’ai pas accéléré. Je n’en ai pas besoin. J’ai juste ma hampe dans ma paume et j’agace mon gland et mon frein du bout des doigts.

C’est soudain comme si la foudre avait traversé mes reins et mon sperme jaillit à longs jets dans ma main que je tiens en conque. Je la tends vers la fenêtre en face. C’est mon offrande. Puis je la porte à ma bouche.

On a refermé de l’autre côté.

Balcon nu (12)

Le moment est crucial : soit je lâche ma queue le temps de faire retomber un peu la pression, au risque de voir mes effets s’éteindre, soit je continue à me branler et ma reddition est acquise. Cruel dilemme 

N’y a-t-il donc pas de troisième voie ? Je regrette à présent de ne pas avoir pensé à mettre un cockring tout à l’heure, qui aurait peut-être pu m’aider à jouer les prolongations. Mais je dois m’en passer. 

Je ralentis autant que possible les mouvements de mon poignet et desserre un peu mes doigts. J’espère que cela sera suffisant pour gagner du temps. 

Balcon nu (11)

Je prends la pose, maintenant à la fois pour l’ombre derrière les rideaux et pour trouver le meilleur cadrage possible. Je ne pense même pas au fait que, non seulement ces photos ne sortiront pas de mon téléphone, mais que, de plus, je ne saurai jamais qui était de l’autre côté de la rue. Non, je profite juste de ce moment où je me donne du plaisir sous un regard extérieur parfaitement anonyme.

J’ai envie de faire durer le spectacle encore un peu. Mais une goutte de liquide vient  de perler à mon méat.

Et je sais ce signe annonciateur.

Balcon Nu (10)

Plus rien ne compte à présent que mon plaisir qui monte et que je dois canaliser. Ce plaisir que je ne veux pas montrer trop vite, que je veux faire attendre. Mais que c’est difficile de ne pas exploser. 

Il est peut-être temps que je prenne quelques photos. Avant qu’il ne soit trop tard. De ma main libre j’attrape mon smartphone, et active la caméra frontale.

Me voilà donc en train de m’exhiber à la fois devant une personne et devant un objectif ce qui décuple mon excitation.

C’est un délire narcissique, je le sais. Mais Dieu que c’est bon. 

Balcon nu (9)

Je ne cesse pas de fixer la silhouette qui se dessine derrière la fenêtre, à la fois si près et si loin. Comme si je désirais créer un lien avec nos regards qui se croisent. Il y a un reflet et je ne distingue pas grand chose. Mais je mate ainsi la personne qui me mate et spécule sur ce qu’elle est en train de faire. Je la suppose dans une caresse synchrone à la mienne et me demande qui cèdera le premier.

De façon presque automatique j’assure un peu plus la prise de mon sexe et accélère le mouvement