Yaoi

Mots contraints : Japon, étrange, gay, promesse, partir, foule, coloré, honte, toujours

Toujours friand de ce qui touche au Japon, je ne pouvais pas passer à côté de son profil sur lequel il publiait des Haïkus d’une puissance inouïe. Et, bien sûr, j’avais succombé au charme de la personne qui se cachait derrière la poésie. Rien d’étrange alors au fait que cela avait fait remonter en moi la remarque d’un ami gay lors d’une sortie en discothèque :

— Tu plais aux hommes, c’est un fait avéré. Mais comment réagirais-tu si l’un d’entre eux essayait de te séduire ?

A ma grande honte, je n’avais su que répondre à cette époque. Enfin, rien d’intelligent. Mon visage s’était juste coloré de rouge.

Et là, sur la promesse de découvrir le wakashudo, j’avais pris l’avion pour Tokyo sans réfléchir. J’aurais pu pourtant me poser une foule de questions quant à cet amour subit. Mais non. Partir le retrouver m’était paru si évident.

Les oulimots des copines et des copains

Un dimanche

C’est dimanche. Je suis seul chez moi et je n’ai pas envie de grand chose. Pas même de faire le moindre effort de toilette. Alors, depuis mon lever, je reste nu. De toute façon je n’attends pas de visite et n’ai pas reçu la moindre invitation à mettre le nez dehors. C’est agréable d’évoluer ainsi dans mon appartement auquel les volets mi-clos donnent une ambiance intime et calme.

Est-ce à cause de cela que, depuis quelques minutes je rêvasse, alangui sur mon canapé, en attendant que la bialetti se mette à chanter ? Probablement. Peut-être me faut-il aussi ce temps pour songer à mon prochain texte. 

Le café est prêt. Je m’en sers une première tasse. C’est habituellement celle qui dilate mon imagination, celle avec laquelle je me lance. Mais aujourd’hui c’est la panne sèche. Qu’à cela ne tienne. Ce sera avec la suivante. Alors je me lève et marche vers la cuisine pour me la servir.

Mon attention est soudain captée par mon reflet dans le miroir de l’entrée. Je me trouve beau dans la lumière tamisée qui règne chez moi. L’occasion de faire quelques photos ? Je saisis mon smartphone et prends quelques poses. Je n’ai pas l’intention de faire grand-chose de ces images mais, si elles peuvent lancer ma journée de création, elles sont bienvenues.

Tasse fumante dans une main et téléphone dans l’autre, je regagne mon canapé. Mes clichés ont un rendu qui m’émeut. Je me suis un peu arrondi, alourdi, mais je trouve que cela me confère une nouvelle virilité, plus mûre qu’avant.

Je tiens mon idée : une exhibition par écran interposé. Ce n’est pas un sujet nouveau mais j’aime m’y renouveler. Les mots viennent assez vite.

Soudain on sonne. Mon premier réflexe est de ne pas me lever, de laisser l’importun s’escrimer sur le bouton. Je n’attends personne après tout. Il insiste et  la curiosité finit par me gagner. Je file alors vers l’interphone. C’est une voix tout à la fois étrangère et familière. Comme dans un rêve, j’actionne à distance le verrou électrique avant d’ouvrir ma porte et d’aller me rasseoir dans mon salon. Je ne pense même plus à ma nudité, elle me semble naturelle au vu des circonstances. Juste à l’attendre le plus posément possible en sirotant mon café.

J’entends du bruit dans le couloir. Cette rencontre que nous nous disions inévitable va devenir réelle. Je n’y suis certainement pas prêt. Mais cela n’a désormais plus aucune importance.

Le fantasme va se faire chair.

Le docteur

Image apox apox on Flickr

Trouver un nouveau médecin traitant fait partie des choses à faire pour ma nouvelle vie. Alors je suis dans la salle d’attente de celui qu’elle m’a chaudement recommandé pour une prise de contact. 

II n’y a pas grand monde devant moi. Je devrais donc passer assez rapidement. C’est sans doute idiot mais j’ai une légère appréhension. C’est un toubib certes. Il n’en est pas moins un inconnu auquel je vais me confier et je ne sais pas quel va être le feeling entre nous. 

C’est mon tour. Il me fait un signe de la main et j’entre dans le cabinet. Je suis immédiatement frappé par ce que dégage cet homme. Je ne saurais dire s’il est beau, il n’en demeure pas moins qu’il en impose. Son sourire bienveillant fait tomber mes dernières réserves et je me livre sans la moindre hésitation. Tout y passe. J’ai quelques antécédents pas forcément faciles à avouer mais je suis en confiance. 

Vient à présent le temps de l’examen. Il me fait me déshabiller, à l’exception de mon boxer et je m’allonge sur la table. Son auscultation est à l’image de son discours. Prévenante et douce. Je ferme les yeux.

Ce n’est pas du tout déontologique mais je pense à ses mains sur moi et sens immédiatement mon sexe se dresser. S’il s’en rend compte, il n’en fait pas état, mais je me sens horriblement gêné. 

Il se fait plus léger à présent. Plus précis. J’ai la sensation que la palpation se fait caresse. Nous nous regardons. Je crois que nous nous sommes compris car il se penche sur mon visage jusqu’à ce que je sente son souffle.

– Embrassez-moi 

Ces mots sont sortis de ma bouche presque malgré moi. Il sourit et pose ses lèvres sur les miennes. Un simple baiser d’oiseau et il se redresse avant de regagner son bureau et m’inviter à me rhabiller. 

Les dernières formalités se passent comme dans un rêve. Je ne sais plus vraiment où j’en suis et c’est plein de ce trouble que je vais la rejoindre chez elle.  

– Alors ? Ça s’est bien passé ? 

Je ne peux pas ne pas lui dire ce qu’il y a eu entre le docteur et moi. Elle se met à rire. 

– Confidence pour confidence, je ne t’ai pas adressé à lui par hasard. Il m’a fait le même effet et nous nous voyons en privé à l’occasion. Ça ne te dérange pas j’espère. 

Je ne vois pas du tout d’objections à cela. Et mon esprit se met aussitôt à échafauder toutes sortes de scenarii. 

Je vais être bien dans cette ville je crois.