Le temps dun café (2)

Je n’ai finalement pas composé le numéro. Ma foutue réserve. Mais je suis au bar le lendemain. À la même heure, pour être sûr de ne pas la louper. Mais j’ai beau regarder partout je ne la vois pas. J’aurais dû m’en douter. C’était trop beau pour être vrai. Elle a bien dû s’amuser à m’allumer avec son bristol. Un carton d’invitation pour un beau voyage m’étais-je dit. Un nouveau lapin au final.
Je suis en avance. Autant prendre un expresso. Ils sont bons ici. La plupart du temps le café a un goût de brûlé du fait d’une torréfaction exagérée. Pas ici. Ils doivent avoir un bon fournisseur. C’est une maigre consolation mais le plaisir est bon à prendre si petit soit-il. Mes doigts pianotent toutefois nerveusement sur le zinc en l’attendant, signe s’il en est de ma frustration.
Le voilà enfin entre mes mains. Et, assis sur mon tabouret, le nez dans ma tasse j’en respire les arômes quand la serveuse m’appelle.
— Monsieur ! Pour vous !
Et elle me tend une feuille de papier pliée en quatre. Ça ne va pas recommencer quand même.
Eh bien si. J’ai à peine le temps de tourner la tête et de vois sa silhouette disparaître dans l’encadrement de la porte. Elle n’a pas le manteau ample de la veille par contre. Mais une veste courte et cintrée qui met en valeur sa taille fine. Et son cul dois-je m’avouer. Car madame est callipyge. Mais la vision reste hélas fugace et je n’ai pas envie de lui courir après.
Reste la lecture de ce qu’elle m’a écrit. Peut-être exprime-t-elle ses regrets.
Je parcours son texte. Et je sens une douce chaleur irradier dans tout mon corps. Car c’est bien plus qu’une lettre d’excuse.
Voyez-vous donc. Elle a encore pris le temps de m’observer, tout entier pris dans ma rancœur et s’est fixée sur mes mains. Et qu’est-ce qu’elle ne leur fait pas faire. Ce cul que j’ai entraperçu alors qu’elle partait s’est réchauffé à leur contemplation. Et elle leur demande maintenant de venir attiser le feu par de douces et viriles caresses. Et si je savais hier où la joindre, je sais maintenant où la retrouver. Et je crois, à la lire, qu’elle considère nos retrouvailles comme étant urgentes.
Ce qu’elle ne sait visiblement pas c’est que je suis aussi joueur qu’elle. Et que je vais prendre un malin plaisir à entretenir sa frustration. Chacun son tour.
Je sors mon smartphone de ma poche.
Madame (je ne vous connais pas encore assez bien pour utiliser l’autre mot que vous me proposez),
Je vous suppose rentrée chez vous, humide et brûlante, attendant ma venue.
Je dois toutefois vous annoncer qu’il va vous falloir mettre la main à la pâte pour ne pas laisser retomber le soufflé de votre désir. Car je dois expédier mes affaires courantes et ne passerai que dans une heure. Mais je vous veux tout aussi échauffée que ce que vous m’avez dépeint dans votre missive.
Vous avez le droit de me traiter de salaud. Mais soyez rassurée. Je mettrai ensuite tout ce qui est en mon pouvoir pour parfaire la combustion de vos sens.
Votre dévoué
Envoi.
Et je commande un nouvel expresso.

Le temps d’un café

 

J’arrive au travail beaucoup trop tôt. Personne n’est là et je n’ai pas la clé. C’est l’occasion d’aller tâter l’ambiance du café d’en face. Je l’ai remarqué quand je suis venu passer mon entretien d’embauche mais je n’ai pas pris le temps de pousser sa porte. Ce temps que j’ai à tuer avant qu’un collègue n’arrive est un excellent prétexte pour y remédier.

J’entre et j’aime aussitôt. Un joli comptoir aux sièges hauts en bois délicieusement surannés, des tables entourées de fauteuils de cuir, tout est fait à mes yeux pour que je m’y sente bien. La lumière n’est pas aveuglante, c’est un atout supplémentaire pour l’établissement. Il respire le feutré.

C’est un rituel pour moi. Le premier café dans un nouveau lieu se prend sur le zinc. Pour être plus proche du serveur. En l’occurrence il s’agit ici d’une jeune femme blonde. Elle semble professionnelle et avenante. Il n’y a pas grand monde à cette heure et j’engage la conversation, histoire d’en savoir un peu plus sur le quartier. J’apprends que c’est essentiellement un bar d’habitués. Les professionnels du quartiers aiment s’y retrouver. Une belle occasion pour moi, qui suis nouveau dans cette ville, pour faire de nouvelles connaissances.

Mais l’heure tourne et il est maintenant probable que quelqu’un est arrivé au bureau. Il me faut donc y aller.

Je fouille dans ma poche à la recherche de l’appoint pour mon expresso et d’un pourboire pour la serveuse qui a eu la gentillesse d’accorder un peu de son temps au nouveau venu que je suis. Mais elle me sourit et me dit que ma consommation est déjà réglée. Devant mon air incrédule elle désigne du menton un point derrière moi. Je tourne la tête. À une table proche de l’entrée se trouve une femme dont je situe l’âge sensiblement dans la zone du mien. Nous nous fixons un bref instant. Puis elle se lève, m’adresse un petit signe du bout des doigts et sort. Interloqué je n’ai pas la présence d’esprit de la suivre. Un coup d’œil à ma montre m’indique que je n’en aurais de toute façon pas eu le temps.

Je rage intérieurement de cette occasion manquée de faire connaissance, d’autant plus que j’apprends de la barmaid que cette personne lui est inconnue. C’est dommage. Je n’ai vu cette femme que quelques secondes mais cela m’a suffi pour prendre conscience de son charme. Et avoir l’impression de ne pas lui être indifférent. Mais il est trop tard. Elle s’est fondue dans l’anonymat de la foule parisienne. Dommage.

C’est au moment où je vais quitter le bar que je remarque une carte sur la table de mon inconnue. Et la curiosité prend le pas sur ma déception. Est-ce un indice qu’elle m’a laissé ? Je lis rapidement. C’est un simple bristol blanc sur le recto duquel a été griffonné au stylo un numéro de téléphone. Je sais désormais comment la joindre. Je regarde maintenant le verso.

— Demain ? même heure ? Fabienne.

Je souris et me promets de lui confirmer notre rendez-vous par SMS à la pause déjeuner. Il va toutefois falloir se montrer patient jusqu’à demain.

Je le suis.

Séduction

 

La soirée bat son plein. Les verres se remplissent et se vident, les conversations vont bon train. On peut même voir ça et là des lèvres qui se frôlent, des mains qui s’égarent.

Bref, les gens s’amusent.

Et moi dans tout ça ? Je ne me fixe pas. Je papillonne d’un groupe à l’autre, lançant ça et là un bon mot ou une œillade. Et surtout j’observe. Qui parmi toutes les présentes pourrait être celle qui accompagnera ma nuit ?

J’ai noté un regard qui s’est attardé sur moi plus qu’il n’était nécessaire.

Et alors, de chasseur, je suis devenu proie.

J’aime.

The beginning

Elle était assise à côté de lui et sa tenue, conçue pour souligner les pleins et les déliés de son corps plus que pour les dissimuler, était un appel à ce qu’on la lui enlevât.

Il se contenait pourtant d’avoir sa main posée sur sa cuisse. Sans oser aller plus loin. Ils étaient censés n’être qu’amis. Pas amants. Même si là où ils étaient la frontière était des plus ténue.

Et puis elle avait ouvert les jambes. Pour mieux emprisonner sa dextre en les recroisant.

Il rêvait de ce moment depuis qu’il la connaissait. Ce soir, la réalité le rattrapait.

In cafe veritas (2)


L

a glace était rompue. J’en remerciais intérieurement la chaleur communicative de mon expresso.
— Voyons à présent si le processus est réversible.
Et j’avais à mon tour bu une gorgée. Très lentement.
J’avais remarqué qu’elle avait laissé une légère trace de rouge à lèvres sur la tasse. J’y avais passé la pointe de la langue.
— J’ai encore un peu de mal à pénétrer votre esprit ma chère. Je sais toutefois que vous avez bon goût.
J’étais stupéfait par ma hardiesse. Elle semblait l’apprécier.
— De l’esprit pour alimenter vos pensées. Vous me plaisez très cher.
Et son sourire, d’amusé, était devenu gourmand.

In cafe veritas

— Il paraît que si on boit dans le verre de quelqu’un on peut lire dans son esprit.

Et, avant que je n’aie pu répondre, elle avait pris ma tasse, l’avait portée à ses lèvres et y avait bu une minuscule gorgée. Avant de la reposer, son regard planté dans le mien

— Ajoutons à cela que je tiens d’une de mes aïeule, sorcière de son état, le don de lecture dans le marc de café et vous voilà perdu mon cher. Plus une seule de vos pensées ne pourra m’échapper désormais. Et Dieu qu’elles sont impures là. J’aime…

Démasqué, j’avais rougi.