Romance

Mots contraints : Île, chercher, jamais, dessus, casser, solaire, lune, bois, tête

Je n’aurais jamais pu seulement rêver d’un baiser de sa part.  Vous imaginez donc ma tête quand un beau jour elle m’a demandé à brûle-pourpoint si j’avais envie de lui casser le cul. D’autant plus que joignant le geste à la parole, elle s’est mise à quatre pattes devant moi et s’est troussée jusqu’à la taille pour m’offrir la vision de sa lune. Rester de bois était parfaitement impossible. Céder à sa demande sans la moindre préparation aussi. Je suis donc allé chercher préservatifs et lubrifiant avant de lui passer dessus.

Ce fut divin.

Je savais que mon amie des îles était une personne solaire. J’ai alors découvert qu’elle pouvait aussi être une sacrée coquine.

Les oulimots des copines et des copains

(image Tresore Prada Hawkins / Flickr)

Chacun son tour

Je sais parfaitement que si je ne respecte pas sa volonté c’en est fini de cette belle soirée et, plus même, de la complicité qui s’est créée entre nous au fil des messages. Je suis donc sa consigne, poussant même le geste en plissant les paupières.

Elle rit.

  • N’exagérons rien ! À moins que tu n’aies décidé de te moquer de moi, ce qui va se payer très cher !

Il y a de l’amusement dans ces dernières phrases. Mais pas que. Je m’en rends compte immédiatement alors qu’elle vient presser quelque chose sur mon œillet.

Les choses sérieuses viennent de commencer. 

Chacun son tour

Elle reste ainsi, mon gland au bord de ses lèvres, à m’interroger du regard quelques secondes qui me semblent interminables mais je n’ose briser le silence lourd de sens qui s’est fait entre nous. Elle finit par le rompre

  • Tu m’as presque rendu folle avec ton chaud et froid. Mais résisteras-tu au doux supplice de ma bouche ? Sache que quiconque s’y est aventuré à fini par crier grâce. Ou plutôt supplié pour que je l’achève.

Ses yeux ont eu un éclat indéfinissable quand elle a prononcé ces paroles. Mais je suis allé trop loin pour reculer. Je me dois d’assumer 

L’éveil

Ce n’est qu’au bout d’une dizaine de pressions et de retraits qu’elle finit par avaler le jouet de verre en poussant un soupir que je devine triomphant. Elle vient, tout autant que moi, de faire tomber la dernière de ses limites. La suite promet. 

Je maintiens le plug en elle quelques secondes, le temps qu’elle s’accoutume aux dimensions de l’objet. Puis, tout doucement, je le retire. Elle pousse un gémissement et j’y entends sa frustration. Alors je la comble à nouveau, tout aussi lentement. Et puis je recommence.

Je sens ma queue se redresser doucement tandis que je la tisonne.

Image Kitten Zer0 / Flickr

Préparation

Je fais courir la pointe du plug le long de sa colonne vertébrale avec une infinie lenteur. Est-ce le froid ? La douce griffure de la pointe de verre ? Quoi qu’il en soit son corps s’arque sous ma caresse jusqu’à ce que je vienne m’arrêter à la lisière de sa raie. 

Elle enfouit alors sa tête entre ses bras et replie ses cuisses sous elle afin de réhaussser sa coupe. Elle est maintenant offerte, les reins creusés et son cul se balance sous mon regard que son œillet froncé semble sonder . Elle est tout à la fois obscène et tellement délicate. 

Gueule de bois

Il doit faire grand jour alors que j’ouvre péniblement un œil. C’est en tout cas ce que me dit la lumière qui perce à travers les volets. J’essaie de rassembler mes esprits, même si une migraine atroce me vrille le crâne.

Un premier regard circulaire me rassure un peu. Au moins je suis dans ma chambre. Parce que je n’ai aucun souvenir de comment j’ai pu y arriver. La dernière chose dont je me souviens c’est cette fille avec qui je m’étais chauffé il y a quelques jours, qui tenait absolument à me rencontrer « parce que je suis fan de tes œuvres » et que je suis allé rencontrer dans un bar hier soir. Alors oui, nous avons pas mal picolé. Mais de là à ce que ça me provoque un trou noir pareil…

Mon mal de tête me donne la nausée. Il me faut un cachet. Je me lève. Ça tangue encore alors que je me dirige vers la salle de bain. La cuvette des WC me fait de l’œil pendant un bref instant. Je résiste et essaie d’avaler un Doliprane. J’ai la bouche trop sèche et ça ne suffira pas. Alors je fais fondre un comprimé de citrate de bétaïne dans le verre qui me sert usuellement à ranger ma brosse à dents. Je manque tout rendre. J’ai vraiment pris une cuite incroyable on dirait. Et pourtant j’ai la sensation diffuse d’être revenu ici sur mes deux jambes. Mais alors que s’est-il passé ensuite ?

Je comprends tout quand je rentre dans le salon. Il y règne un désordre indescriptible et ça pue un mélange d’herbe froide, et d’alcool éventé. Nous avons dû nous finir chez moi. Mais ça sent aussi le stupre et la fornication. Et il y a une culotte sur la bouteille de bourbon qui trône sur la table basse. Nous avons donc baisé ? J’espère qu’elle en garde un bon souvenir. Parce que moi… 

Il y a aussi un mot. 

Cher ami, 

Je voulais savoir si tes actes étaient à la hauteur de tes œuvres. J’ai eu un peu peur d’être déçue au début tellement tu étais réservé. Alors quand nous sommes allés chez toi j’ai tenté ma botte secrète en sortant de mon sac le Jack qui ne me quitte jamais. Et là, au bout de trois verres, tu es devenu un autre. Tu as commencé par déclamer des vers tellement crus que j’en ai mouillé ma culotte. Je te l’ai dit. Tu t’es agenouillé devant moi et tu me l’as arrachée. J’ai défait ton pantalon. Tu bandais. Un peu mou certes mais je t’ai vite fait reprendre vigueur avec ma bouche. Tu me l’as d’ailleurs littéralement baisée  avant de me basculer sur le canapé et de t’occuper de ma chatte. Tu m’as d’abord fait miauler. Puis crier. Je ne sais pas si c’était l’alcool mais tu semblais ne jamais pouvoir t’arrêter de me limer. Il me fallait faire une pause, j’étais trop échauffée. Tu ne l’as pas vu ainsi et, le temps que mon sexe refroidisse, tu m’as proposé de t’occuper de mon cul. Nous sommes repartis pour une nouvelle cavalcade. Tu as improvisé une ode à la sodomie pendant que tu me besognais.

Et puis tu as eu envie d’un nouveau verre. Celui de trop. Il t’a foudroyé net. Alors je suis allée te coucher. Je vais te laisser, je n’aime pas finir ma nuit avec un garçon la première fois. Mais je suis heureuse de t’avoir découvert. Surtout ta part d’ombre. 

Bisous. 

Viviane. 

P. S. Tes vers sont gravés dans ma tête. Pas sûre qu’ils soient restés dans la tienne. Si tu veux les récupérer, tu sais où me trouver.

Mise en condition

— Tu es à moi maintenant.

Cette phrase que l’on me dit au moment où une cagoule de latex vient de me couvrir les yeux, juste avant d’entendre le cliquetis des anneaux que l’on ceint à mes poignets et mes chevilles, pourrait m’inquiéter. Mais il n’en est rien. Dès notre rencontre j’ai su que je pouvais lui vouer une confiance aveugle.

Aveugle je le suis maintenant. Et, bientôt, je n’aurai plus de sens que le goût de ce qui va m’être glissé au fond de la gorge à travers l’ouverture qui libère ma bouche ainsi que le toucher des mains ou autres choses qui vont tour à tour me caresser, me pétrir, me mordre, me griffer, me cingler, dans un ordre que j’ignore et sur lequel je n’ai pas la moindre influence.

Quand j’y pense, cela pourrait être effrayant. Je ne sais pas combien il y aura de personnes autour de moi, ce qui m’est destiné, ni même combien de temps cela va durer. Et pourtant je sais que je vais en tirer ce plaisir fou qui me dévaste à chaque fois.

Me voilà immobile et disponible. Une dernière fois sa main vient caresser ma peau, comme pour me rassurer et m’encourager. Je ne serai plus qu’un objet après son départ. 

Le jeu peut commencer.

Sous le Pont Mirabeau

Une fois n’est pas coutume, j’accueille aujourd’hui une invitée en la personne de Julie-Anne de Sée.

Elle a participé au dernier Prix de la Nouvelle Érotique, mais n’a pas été retenue cette année. Elle m’a donc confié son texte afin de le partager avec vous.

Puissiez-vous lui réserver le meilleur accueil.

****    

Sous le Pont Mirabeau     

Pourquoi ce soir encore, vais-je revenir vers toi, comme le voilier après la tempête rentre au port, les voiles déchirées et le mât brisé ?

Pour de nouvelles noces, émues et joyeuses, en un corps à corps attendu, féroce et tendre, dans les cris et les gémissements que tu m’arracheras sous les assauts furieux de ton vit flamboyant ? Ton ardeur se fera délire quand nos corps affamés se saisiront l’un de l’autre, le tien toujours pesant sur le mien, affirmant sa virile suprématie sur ma jeunesse et ma folle dilection. Depuis plus d’un an déjà -comme passe le temps- nous badinons avec l’amour, de délices majeurs en douleurs mezzo forte. Un an que le petit archer ailé nous mène à la baguette, molto vivace, jouant à nous réunir en bonheurs fous, nous séparant dans les déchirements et les larmes, jouant de nous sur une partition  avec queue et tête, que nous avons souvent peiné à déchiffrer ensemble, mais que nous continuons à interpréter à cœur joie pour danser tous deux au bal de nos désirs incandescents.

         Pourtant, rien n’aurait dû me guider vers toi, m’attacher à toi comme un chien sans cesse en quête de la caresse de son Maître. Toi, déjà vers l’automne de ta vie quand je ne comptais que dix-neuf printemps. Toi, sans réelle envergure, tes tempes grises et ces petites rides qui griffent tes yeux au bleu délavé te donnant ce faux air de clown triste parfois. Moi, dans l’éclat insolent de la beauté du diable, boucles sombres d’un Tadzio brun et regards ardents, dans la fierté de mon corps souple, fin encore, mais prometteur, fesses rondes et fermes, teint si lisse et érubescence aux joues quand pour la première fois tu m’en as fait le compliment. T’en souvient-il ? C’était un jour de fête, toutes sortes de musiques se faisaient entendre dans Paris où le hasard nous a guidés l’un vers l’autre. Ta séduction, ton charme, ton charisme, ton autorité naturelle, je ne les ai découverts que lorsque nous nous sommes retrouvés chez toi, Avais-je bu ? Pourquoi t’ai-je si vite emboîté le pas, je ne sais plus, parce que ce qui a suivi cette nuit-là a effacé tout autre souvenir. Je venais de découvrir l’amour dans tes bras, et dès cet instant, tu as pris possession de moi, Un envoûtement, qui m’a ravi l’âme et offert mes premières vraies jouissances. Las, j’ignorais encore que mon âme, justement, deviendrait errante, victime de ma déréliction, me vidant de toute substance.

         Un an… C’est si court et si long. Maintes fois, au bord du désamour, j’ai voulu te laisser à tes certitudes, à tes croyances, à tes perversités. De quel bois te pensais-tu fait pour que ma reddition soit toujours sans condition, obéissant aux seules injonctions de ton vit aimant ? Du vulgaire bois bandé, qui me liait à toi, au plaisir qu’il savait m’offrir et que ma bouche toujours insatiable lui rendait au centuple. Il arriva même que les contradictions battissent son plein et que je tente d’aller chercher ailleurs ce que je voulais désespérément de toi. Je revenais alors, tête basse, la queue entre les jambes. Toi seul savais tout de moi, pour jouir de moi, et me faire jouir. Alors, la quête éperdue de ton amour me reprenait de plus belle, le mien aux armes rendues, pour chasser les images nauséeuses de ces escapades mornes et sans saveur qui m’avaient un instant fugace donné à croire en ma liberté et que, peut-être, à mon tour je pourrais jouer à faire de toi mon pantin. D’ailleurs, à ce moment de notre réunion, tu vins manger dans ma main. Elle enserrait déjà ton sexe, et très vite, nos corps soudés repartirent ensemble vers ces délirantes extases qui nous reliaient si fort. En nous aimant, nous devenions l’amour, en nous caressant, nous devenions la caresse, en nous embrassant, nous devenions le baiser. Du moins cette croyance, préceptes de Shiva, étaient ancrée dans mon esprit englué de romantisme orientalisant. Nous n’étions plus acteurs de notre amour, mais l’amour lui-même en ces instants magiques.

Que j’aimais alors ton visage. Je lisais ton désir quand tes lèvres esquissaient ce demi-sourire de  carnassier moqueur, et que tes yeux trop clairs luisaient soudain d’un éclat d’acier. J’entends encore ta voix, qui baissait dans les graves, murmurant à mon oreille énamourée :

— Ma petite salope, vois comme tu me fais bander… Oui, écarte-toi plus encore, cambre et creuse tes reins que je puisse t’admirer.

J’ai tenu cette promesse des débuts de nos amours :

— Je te ferai toujours bander

Tu m’avais alors répondu ce en quoi j’avais cru, en toute innocence :

— Tu seras ma dernière petite chienne, ma dernière passion amoureuse. Rien n’est à comprendre, rien n’est logique dans tout cela, c’est, tout simplement, depuis notre première rencontre.

J’étais loin d’imaginer à quel point les suites allaient te donner mille fois raison. Je nous revois, en cette belle journée de ce si bel été, Tu m’avais fait me parer de toutes sortes d’atours, aguichants et soyeux, qui, sans cacher ce qui aurait pu l’être, me dévoilaient de façon impudique et lascive devant ton objectif. L’envie t’avait saisi de faire de moi, de mon corps morcelé, des dizaines de photos. Cette séance de pose fut souvent interrompue, car le photographe ne put s’empêcher d’enfiler son modèle. Le modèle s’offrait sans retenue, après avoir si fort excité le désir de son bien-aimé photographe. Ces jeux nous entraînèrent fort tard dans la nuit quand une idée te vint : tu voulus faire des clichés à l’extérieur. Nouvelles parures indécentes, bords de Seine, recoins sous le Pont Mirabeau. Comment ai-je pu céder à cette extravagante demande, prendre à nouveau les poses que tu voulus obscènes, dans une demi-nudité, la peur au ventre d’éventuels regards, ou pire encore. Tu me fis m’accoupler aux peupliers d’une berge, ordonnant, la voix rauque de désir :

— Oui, comme ça, ne bouge plus, lève les yeux, regarde-moi, montre-moi que tu as envie que je te prenne,.. Offre-moi ton petit cul.

La lumière dorée des réverbères a déposé une aura floue sur les courbes de mon corps dont tu as sublimé les images. Tes photos sont belles, et malgré mon émoi, c’est mon envie de toi qui en émane, si vivant, ému, effrayé parfois, au  bruit d’un pas, sans doute. J’avais accédé à toutes tes sollicitations car je n’étais que dans l’amour de toi. Cette nuit-là fut blanche, et ce n’est qu’après avoir encore et encore joui l’un de l’autre que nous trouvâmes le sommeil aux premières lueurs de l’aube.

Puis vint l’époque des tourments en de nouvelles saisons. Je tentais de m’étourdir, de t’oublier, de me défaire des serres de chagrin qui me déchiraient les entrailles. Je cédais à un autre que toi, tentant de noyer mon mal dans les bras d’un inconnu rencontré dans une boîte, un soir où j’avais abusé des shots de vodka. Je ne parvins pas à éprouver du plaisir, ton image tournait en boucle dans ma tête, déroulant le film de nos jeux amoureux. J’entendais tes mots qui provoquaient mon envol, et tout mon être te réclamait. Tout mon corps était énervé, dans la certitude que toi seul détenais les secrets de la source de leurs délices. Oubliés les chagrins, les douleurs infligées, plus rien n’existait alors que l’attente de toi. Tu avais accepté de me revenir, mais en ce jour béni, tu fus très en retard. Je crus défaillir en entendant enfin le coup de sonnette annonciateur de ton arrivée. Je sus en cet instant où, sans un mot, tu me portas sur mon lit comme une relique sainte, qu’un nœud immarcescible et insensé nous liait l’un à l’autre. Tu fis peser tout ton corps sur le mien, en cette reprise de possession autoritaire et attendrie que j’aimais tant. Je sentis sur ma poitrine battre ton cœur emballé, nos larmes se mêlèrent tandis que ta bouche prit la mienne en un baiser qui sembla durer une éternité. Tes mains agiles eurent tôt fait d’écarter les tissus importuns, les boutons cédèrent, ouvrant la voie de ma peau nue qui appelait toutes tes caresses. Ta langue amoureuse se lança dans l’exploration de mes pleins et de mes déliés, ta bouche gourmande me fit m’envoler trop vite. Surpris et ému de cette fulgurance, tu vins alors me pénétrer, me labourer, criant quand enfin ton extase rejoignit la mienne.

Ainsi notre histoire se déroulait-elle, faite de hauts très hauts et de bas très bas, d’où j’émergeais avec des nausées et le cœur dévasté, me traînant souvent à tes genoux pour te supplier de me reprendre, de tenir ta promesse. Je voulais être ta dernière passion, et dussé-je y laisser ma peau, je ferai tout pour être cet ultime amour.

Cependant, si tu éprouvais des émotions et des jouissances bien grandes à chacune de nos retrouvailles après nos déchirements,  je sentis bien que tu t’éloignais de moi. Tu te fis plus brutal dans tes étreintes, plus obscène dans tes propos. Ta tendresse fit place aux coups. Tu te mis à jouer de ta ceinture. Tu en usas d’abord doucement, pour caresser mon dos, mes fesses et mes cuisses, avant d’asséner des coups violents qui me laissèrent de longues traînées pourpres et boursouflées pendant plusieurs jours. Je souffris en silence, me prenant à aimer cela, puisque tu semblais prendre beaucoup de plaisir à ces nouveaux jeux. Je pliais l’échine, parfois osais une révolte en m’enfuyant quand tu avais abusé de cette cravache conservée dans tes souvenirs de cavalier.

J’ai mal, si mal… Ce n’est pas seulement ma peau dilacérée et suintante qui éprouve de cuisantes douleurs, mais tout mon être qui retombe dans ce trou noir que tu avais su effacer en me grisant d’amour et surtout de sexe.

Alors que je sortais à peine d’une difficile adolescence quand le destin t’avait mis sur mon chemin, toi le mâle que j’espérais dans mes rêves les plus fous, tu avais pansé mes plaies, comme un baume lénifiant apaise la brûlure d’une flamme trop vive. En m’enrobant de tes bras, d’amour et de baise, tu avais sans le savoir entrepris une guérison que je n’osais pas même espérer. Tu avais donné corps aux fantasmes que j’avais enfouis dans le secret de mon âme, tu avais apporté la paix à mon esprit divagant. Le déroulé si chaotique de notre liaison, toi le mentor et moi dans la candeur des découvertes, m’avait jusqu’alors offert tous les bonheurs et tous les tourments d’une flamme extravagante. C’est tout mon être que j’avais remis entre tes mains, tu t’en étais saisi, prenant totalement possession de moi.

Mais vois-tu, ce soir, alors que je contemple le reflet des vilaines marques que tu m’as infligées, seul, abandonné à nouveau à mes errements, je sais que je ne retournerai pas en mendier d’autres pour exister. Si tu as su me donner l’illusion que ta seule présence pouvait effacer tout ce qui n’était pas toi, tu as malgré toi sonné le glas de nos amours déliquescentes. Je ne conserverai de toi que les souvenirs de nos plaisirs. Tu as été mon premier amant, de cela je te sais gré car tu m’as enseigné l’amour d’un homme pour un autre. Je n’ai pas oublié celui que j’ai aimé  à l’orphelinat, ce garçon si doux au beau regard triste, dont je prenais parfois furtivement la main. Qui sait, peut-être le retrouverai-je, et, grâce à toi et à ce que tu m’as appris, oserons-nous nous aimer au grand jour ?

Cette nuit, j’ai décidé de te dire en face, d’homme à homme, que nous ne nous reverrons plus. Alors que j’allais sonner chez toi, tu en es sorti. Je me suis fait discret pour te suivre. Tes vieux démons t’ont déjà repris : tu es entré dans ce bar du Marais dont je sais que tu fréquentais la back-room avant de me connaître  Si tu as su me faire découvrir le paradis, tu es bel et bien reparti en enfer.

Drum’n bass

Image Anna Carmela On Flickr

A écouter en musique

Mots contraints : Brûlant, survivre, balade, sommet, rêve, perle, âme, pose, jungle 

Elle n’est pas humaine. Elle danse au sommet du mur d’enceintes depuis des heures sur des tempos brûlants de jungle music et c’est à peine si elle transpire. Et je ne peux justement pas détacher mes yeux de cette petite perle qui, née à la base de son cou, s’apprête à présent à disparaître dans l’échancrure de son t-shirt après avoir emprunté le sillon qui sépare ses seins. 

Cela ne doit pas être une balade de tout repos de sortir avec elle me dis-je. Et, pourtant, j’en rêve depuis que j’ai posé mes yeux sur elle. Mais elle semble tellement inaccessible. Alors je me contente de la regarder de loin, accoudé au comptoir de la boîte de nuit. 

La musique s’est arrêtée et elle a fini par redescendre parmi les mortels, fraîche comme une rose. C’est incroyable. Comme la pose provocante qu’elle vient de prendre en se plantant devant moi. Suis-je son élu ? Celui qui va accompagner la fin de sa nuit ?

Cette perspective me fait sourire tout autant qu’elle m’inquiète. Je devrais certes survivre à l’épreuve de son corps. Mais j’ai peur d’y laisser mon âme.

Le barman pose un verre à côté de moi tandis qu’elle vient de glisser un « Salut toi » mouillé au creux de mon oreille. J’ai cru sentir sa langue me chatouiller le lobe et sa main a pris possession de mon épaule. 

Il va falloir se montrer à la hauteur à présent.

Les oulimots des copines et des copains

Passion

Je me glisse tout doucement en elle. Le bout du gland d’abord, puis je m’interromps. J’ai envie de prendre tout mon temps et d’apprécier cette magnifique créature comme il se doit. En appui sur mes bras, au-dessus d’elle, je cherche son regard. Mais elle a les yeux clos et feule doucement. Je prends son attitude comme accord pour que j’aille plus loin. Alors j’entre en elle, centimètre par centimètre. Son sexe est un fourreau brûlant. Elle semble être de ces femmes que l’on n’oublie pas, justement à cause de la chaleur inédite que l’on ressent en les prenant. Et Dieu ce que je peux aimer cela. Je plonge donc au plus profond d’elle, jusqu’à ce que les boucles de mon pubis et du sien finissent par se confondre. Puis je reste immobile un interminable instant. Elle entrouvre les paupières et je vois le feu noir qui sourd de ses iris à travers ses cils.

— Baise-moi !

Ses griffes ont abandonné mes fesses et remontent le long de mes flancs jusqu’à mes omoplates. Je me retire doucement, presque à la quitter. Puis, d’un coup sec, je reprends possession d’elle. Elle étouffe un cri dont je viens cueillir les bribes d’un baiser ardent. Le peu de retenue qui me restait vient de m’abandonner et je la pilonne désormais comme si j’essayais de l’ouvrir en deux comme un fruit trop mûr. Elle me laboure le dos tandis que ses hanches s’animent d’une houle frénétique et je dois me coordonner avec ses mouvements pour ne pas être désarçonné.

Il faut peut-être un temps un peu plus calme à présent, C’est ce qu’elle semble me dire en nouant ses chevilles derrière moi, restreignant ainsi l’ampleur de mes va et vient. 

Je finis par m’immobiliser. Nous soufflons fort tous les deux. Ses mains me saisissent  aux hanches et elle me libère d’elle avant de me poser sur le côté. Elle se redresse.

    — A mon tour d’être en selle.