20181118 : oulimots

Une contrainte convaincante :

Débats, convaincre, argumenter, voter, échanger, expliquer, délibérer, écouteur, Assemblée Nationale.

Elle avait la politique dans le sang. Elle s’était inscrite sur les listes électorales sitôt qu’elle avait été en âge de voter et n’avait raté aucun scrutin depuis. Ni aucun meeting à proximité. Et les débats que je pouvais avoir avec elle étaient réellement passionnés. Elle essayait de m’expliquer les arcanes du pouvoir et, de mon côté, je ne cessais d’argumenter sur le fait qu’il nous fallait une révolution afin d’instaurer un modèle plus humain, plus respectueux. C’était parfois houleux mais, quand bien même, nous finissions toujours par nous réconcilier sur l’oreiller. Bref, j’aimais beaucoup échanger avec elle et, même si jamais l’un d’entre nous n’arrivait à convaincre l’autre, nous nous entendions bien.

Jusqu’à ce jour où, alors que nous étions en train de nous câliner et que je m’apprêtais à descendre entre ses jambes pour lui prodiguer un de ces cunnilingus qu’elle aimait tant, elle se coiffa d’une paire d’écouteurs sans autre forme de délibéré. J’allais protester qu’il fallait qu’elle soit  tout entière à mes caresses, mais le regard à la fois implorant et coquin, qu’elle me lança à ce moment m’en dissuada instantanément en même temps qu’il m’électrisait. Bah, c’est une nouvelle lubie, faire l’amour en musique me dis-je. Pas pire qu’une autre. Et, finalement, cela pouvait être amusant qu’elle me guide vers son plaisir au rythme de ce qui lui passait entre les oreilles. Alors je me mis la lécher tandis que, de ses mains sur mes tempes, elle modulait la la pression de mes lèvres sur mon sexe. Et, ce soir là, je dois avouer que son orgasme fut particulièrement intense. J’étais curieux de savoir quels morceaux avaient pu l’emmener si loin, conjointement à ma langue. Alors j’attendis qu’elle s’endorme et je pris le baladeur qu’elle avait rangé dans le chevet. Il ne contenait que des podcasts récupérés sur LCP.

Elle s’était fait jouir au son des questions au gouvernement à l’Assemblée Nationale.

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20181117 : oulimots

Une contrainte qui fait peur :

19eme siècle,  allée, parc, château,  craquement, peur, étreinte, grince, ment.

Le coeur battant, elle se hâtait de regagner son domicile. Elle avait du mal à se remettre de la peur qu’elle avait éprouvée et essayait tant bien que mal de remettre de l’ordre dans une tenue bien dépenaillée.

Mais pourquoi avait-elle accepté cette invitation ? Pourquoi était-elle allée à ce rendez-vous tardif dans ce parc ? Le garçon avec qui elle discutait depuis un moment sur messagerie et qui lui avait donné rencard avait pourtant l’air très correct. De bonne famille, un peu vieille France il inspirait la confiance. Et ce petit charme 19eme siècle qu’il avait. De quoi succomber en espérant vivre une aventure romanesque.

Hélas la réalité avait été tout autre. À peine l’avait- il vue qu’il s’était jeté sur elle comme un sauvage et, s’attaquant à sa jupe, l’avait fait céder dans un grand craquement. Heureusement que, rompue à l’art de la self défense, elle avait réussi à le mettre hors d’état de nuire avant qu’il n’abuse d’elle. Ce qui aurait été une étreinte bien éloignée de ses aspirations premières où il fallait que le sommier grince, mais en douceur. En tout cas, ce fut une aventure bien éloigné de la vie de château qu’elle avait lue dans ses romans.

Comme quoi, parfois, bon sang ment.

20181116 : oulimots

 

Une contrainte à genoux :

20181116 contrainte

Il voulait La rencontrer depuis des mois. Elle avait enfin accepté qu’il lui rende visite. Fou de reconnaissance, il s’était jeté à Ses pieds sitôt qu’il fut en Sa présence. Mais, cruelle, Elle lui refusa la vue sur Son intimité qu’il espérait tant en croisant ostensiblement Ses jambes gainées de nylon. Il n’en demeurait pas moins que la proximité de Son sexe portait à ses narines un parfum envoûtant. Elle ne le le laissa toutefois pas avancer plus, restant à la fois présente et inaccessible. Sa première leçon serait donc la frustration se dit-il. Il se prit à aimer ça.

20181115 : oulimots

Une contrainte somnambule :

clavier, écran,  yeux, envie, soif,  espoir, somnambule, arithmétique, vésicule.

Il était un de ces beaux esprits qu’on peut croiser sur la Toile mais jamais dans la rue et, jusqu’alors cela lui avait convenu. Ce qu’il pouvait être à l’aise, derrière son écran, à écrire des mots pour les beaux yeux de ses abonnées. Mais, au bout d’un moment, limiter ses échanges à des caresses par clavier interposé ne lui suffit plus. En effet, bien que cela le terrifiât, il avait envie de les rencontrer, ces amantes virtuelles qu’il collectionnait. Alors un jour, il sauta le pas et invita l’une d’entre elles à boire un verre. Ils savaient qu’ils n’habitaient pas loin l’un de l’autre et, pas plus l’un que l’autre, ne voulurent laisser passer cette occasion. Il dormit toutefois assez mal les nuits précédant leur rendez-vous, tenaillé entre espoir de la séduire réellement et crainte de la décevoir.

Et puis ce fut le jour J. Plein d’appréhension et de joie mélangés, il se rendit au bar où il était convenu qu’ils se voient. Elle était en retard. Alors, autant pour se donner du courage que pour étancher sa soif, il commanda une bière. Puis une autre.

A la nuit tombée, elle n’était toujours pas arrivée. Et il ne faut pas être expert en arithmétique pour deviner que, lorsqu’il passa à la caisse, l’addition de ses multiples tournées était salée. Mais, désespéré et passablement ivre, il s’en moquait éperdument. Il paya son dû et regagna son domicile comme un somnambule, jurant que ce lapin serait le dernier et qu’on ne l’y prendrait plus.

Il n’avait pas vu le message où elle lui annonçait que, clouée au lit par une crise de calculs à la vésicule, elle lui demandait de venir chez elle.

20181114 : oulimots

Une contrainte chuintante et animalière :

Chat, chouette, chenille, chien, cheval, chacal, chameau, chèvre, chinchilla.

Entendu vers les cabines d’essayage d’un grand magasin :

— Mon chat, tu ne me trouves pas chouette avec cette veste en chinchilla ?

— Oh, tu sais mon chou, tant que tu ne me demandes pas de t’offrir ce ridicule pull en chenille de coton que tu m’as montré tout à l’heure, tout me va.

— C’est un peu chameau ce que tu me dis là. J’avais quand même du chien avec, non ?

— Pas vraiment. Et, de toute façon, tu me rends chèvre avec tes essayages sans fin. Tout ça pour te pavaner devant tous ces chacals du country club.

— Eh bien, je te trouve bien à cheval sur les principes tout à coup. N’oublie pas que c’est quand même grâce à moi que tu as pu y entrer. Alors dégaine ta Visa, je prends tout !

20181113 : oulimots

L’heure de la contrainte :

Fort,  bienvenue, ciel, heure, massive, hier,  bon,voix, éclaircie.

“Bienvenue dans ma modeste demeure. Le vestiaire est au fond du couloir. Une tenue vous y attend. Mettez-vous donc à l’aise”.

Cette voix dans l’interphone. Grave et chaude. Cela la fit frissonner. Elle poussa la massive porte d’entrée et pénétra, à la fois gênée et excitée, dans la maison. Elle n’en revenait pas d’avoir été invitée à cette soirée. Elle ne connaissait son hôte que de réputation et, jusqu’à hier, n’aurait jamais imaginé qu’il puisse s’intéresser à elle. Il ne fallait pas qu’elle se loupe. À ce qu’il lui avait brièvement dit, elle serait sous le feu des projecteurs et le meilleur de la société locale serait présent. Cela dit, elle ignorait encore à cette heure ce que serait précisément son rôle, même si elle se faisait peu d’illusions. On ne l’avait certainement pas invitée pour sa conversation. Ses doutes furent vite dissipés quand elle entra dans la pièce qu’on lui avait indiquée. Un déshabillé bleu ciel dont elle ne put imaginer qu’il puisse dissimuler quoi que ce soit de sa personne l’attendait sur un mannequin.

“Bon, ma fille, nous y voilà. Il va falloir entrer en piste et amuser ces messieurs dames de la haute*.

Cela ne l’inquiéta pas outre mesure. Elle avait déjà payé de sa personne au cours de quelques soirées entre amis et elle n’en était plus à un ou une partenaire près. Tout juste espéra-t-elle qu’ils n’iraient pas trop loin dans la débauche. Ok, son point fort était sa capacité à accueillir simultanément plusieurs messieurs. Mais toujours dans le respect. Elle n’accepterait pas qu’on la malmène de trop, n’ayant que peu d’appétence pour le masochisme. Enfin, on verrait. Elle n’avait pas tout à fait la main.

Tout en se déshabillant elle se regarda dans la glace et se félicita silencieusement. Sa toison, qu’elle avait soigneusement éclaircie jusqu’à n’en laisser qu’un mince rectangle sur le pubis, serait certainement du goût de l’assistance. Elle connaissait parfaitement le pouvoir de son sexe et allait en jouer.

Elle finit de se préparer. Il était temps d’y aller. Ils l’attendaient et elle ne comptait pas les décevoir.

20181112 : oulimots

Une contrainte divine :

Disparaître – Trait d’union – Abandon – Airain- Altruisme – Dieu – Musique

Dieu qu’il fut bon ce moment d’abandon entre tes bras ! J’avais cru connaître, jusqu’à présent, la musique pour ce qui est des choses de l’amour. Mais tu m’as permis de prendre acte d’autres manières de jouer de nos instruments, faisant ainsi le trait d’union entre nos côtés masculins et féminins respectifs. J’ai notamment appris que ce n’était pas par altruisme que tu m’offrais l’airain de ta croupe mais bien par souci de réciprocité. Et ça, je le découvris quand tu fis disparaître au fond de la mienne le godemiché dont tu t’étais ceinte. Jusqu’à la garde. Pour mon plus grand plaisir.

 

20181111 : oulimots

Une contrainte d’armistice

Cette guerre que nous nous livrons n’a que trop duré. Et ses dommages, directs autant que collatéraux, sont immenses. Nous en sommes les premières victimes, c’est certain, chacun d’entre nous retranché sur ses positions, à nous envoyer ces mots, ces gestes si destructeurs. Mais notre environnement en pâtit également. Au point qu’il s’est établi un no man’s land autour de nous dans lequel plus personne n’ose s’aventurer de crainte d’être touché par un de nos éclats. Alors dimanche, je te propose de nous mettre autour d’une table afin de suspendre nos hostilités. Ce sera le onze novembre. Tout un symbole.

20181110 : oulimots

Une contrainte chuchotée :

cabane, chuchote, hier, nomades, secrets, refuge,  date, reposer, parfois.

 

Samedi me chuchote une douce évasion,

Que je veux depuis hier, au pays des secrets.

Je vais trouver refuge entre des bras discrets

Pour me livrer à de torrides effusions

 

Mes amours sont nomades. Et quand à l’occasion

De ces dates diffuses une émotion se crée

Elle n’est que bonheur. Un plaisir bien concret

Dont j’admire toujours la subtile éclosion

 

C’est tellement grisant que, sans me reposer,

J’imagine parfois des choses si osées

Qu’elles m’amèneraient sûrement en cabane

 

Car nous vivons hélas en Pudibonderie

Où on ne voit l’amour qu’entre épouse et mari

Et je veux explorer des passions les arcanes.

20181109 : oulimots

Une ténébreuse contrainte :

Folie, temps, ténèbre, speedball, whisky sour, âmes, miroir(s), partir, broyer

“L’amer est mon miroir j’y contemple mon âme”.

Voilà à quelles pensées j’étais réduit, alors que je faisais machinalement tourner mon énième Whisky Sour entre mes mains au fond de ce club de jazz où je n’écoutais même plus la musique.

Vous l’avez compris, je broyais du noir et l’idée de partir, de tirer ma révérence trottait de façon de plus en plus insistante dans ma tête

Mais quelle folie avait-ce été de me retourner sur cette starlette brune au parfum capiteux et de courir l’aborder la  fleur au fusil ? Ça avait été bien entre nous au début pourtant. Les mondanités, la gloire, tout ça était grisant. Ma fortune semblait faite et j’allais pouvoir montrer toute l’étendue de mon talent au monde entier grâce à son entregent. C’était aussi une Messaline au lit et je ne l’en aimais que davantage. Hélas, je n’avais juste pas compris qu’à ses yeux je n’étais qu’un gigolo parfaitement interchangeable et, quand mon temps fut venu, je fus vite remplacé. Et les ténèbres de l’anonymat et de la solitude se refermèrent sur moi.

Et, maintenant, j’étais redevenu qui j’étais à l’origine, c’est à dire personne. Juste un peu plus aigri et désespéré. Alors, en regardant la porte des toilettes, je repensai au kit de shoot et à la dose de speedball que j’avais au fond de ma poche.

“Aujourd’hui est un beau jour pour mourir”.