Une rencontre (3)

Ses mains en conque sur sa queue dressée. C’est tout ce qui le sépare de l’irréparable. Il sait que ce dernier rempart est illusoire. Qu’elle le fera bientôt tomber. Et céder, c’est tout ce qu’il désire à présent. 

Il ne l’aurait pas cru il y a seulement une heure quand elle lui a demandé s’il avait du feu alors qu’il buvait son café en terrasse. Il ne fume plus alors il a pensé que l’histoire s’arrêterait là. Qu’elle passerait à un autre. Et puis non. Elle l’a regardé dans les yeux et lui a dit qu’il avait raison, qu’il y avait d’autres façons de se faire plaisir que la cigarette. Et elle s’est assise en face de lui. Un serveur est passé, elle a commandé deux expressi. Parce que, bien sûr il n’allait pas la laisser boire seule. Il a aimé le pluriel qu’elle a utilisé et qui a fait tiquer le garçon de café. Et puis elle a engagé la conversation. 

— Ça vous arrive souvent d’attendre en terrasse qu’une femme tombe dans vos bras ? La chasse à l’affût est interdite en cette saison, vous savez ? 

 Lui est trop réservé pour dire ce genre de choses. Et il ne se connaît de talent que pour répondre, pas pour engager. Mais là il, même si elle s’est montrée extrêmement directe, il n’ pas été désarçonné. Bien au contraire. Il s’est senti tout de suite à l’aise. Avec cette drôle d’impression, celle de connaître son interlocutrice depuis bien plus que les cinq minutes qui ont précédé cette question. Elle a un air tellement avenant aussi. Qui ne serait pas totalement détendu face à elle ?

— Un point pour vous. Je me dois toutefois de vous corriger. Je n’attends que ce qui m’arrive en général. C’est à dire rien. Et, sauf erreur, c’est vous qui avez lancé vos filets avec votre prétendu besoin d’une flamme. 

— Le besoin de flamme est réel. Je suis une fumeuse invétérée. Mais j’ai vite compris dans votre attitude que vous étiez disposé à m’en offrir d’une autre manière. 

— Voyez-vous ça. Me croyez-vous donc si facile comme garçon ? À vouloir sauter sur tout ce qui bouge ?

— Point du tout. Mais j’ai la prétention de penser que je ne suis pas tout ce qui bouge.

— Un deuxième point pour vous. Je vais finir Fanny à ce train. 

Elle n’a pas répondu. Mais  a laissé glisser ses doigts le long de son poignet. Et cette caresse l’a électrisé. Il a appelé le serveur et réglé les consommations. Puis s’est levé et lui a proposé son bras. Elle s’y est pendue. Ils ont commencé à marcher. 

— Où allons-nous ? 

— Je n’en ai aucune idée. Mais je suppose qu’en descendant cette avenue et en continuant tout droit nous tomberons forcément sur un endroit où nous serons au chaud et à l’abri des regards. Car je pense deviner à votre tenue que vous êtes frileuse. Je ne présume de rien par contre quant à votre exhibitionnisme. 

Elle a eu un joli rire d’oiseau et s’est un peu plus accrochée à son bras. Pour être plus proche de lui. Il s’est surpris de cette répartie dont il ne se serait jamais cru capable. Mais, il a aimé sa réplique. Ils ont fini par arriver à la porte d’un hôtel de quartier. La façade n’était pas trop moche. Ils sont entrés. Le réceptionniste leur a demandé combien de temps ils allaient rester. Ils se sont regardés et ont répondu en choeur que la fourchette allait de dix minutes à toute une vie. Le groom a grimacé et à marmonné quelque chose de très désobligeant par rapport aux couples illégitimes. Mais les affaires étant ce qu’elles sont, il leur a tendu la carte magnétique qui fait désormais souvent office de sésame dans les hôtels.

— Chambre 316. Troisième étage. L’ascenseur est par là. 

L’appareil, hors d’âge, leur a permis de commencer à faire connaissance. Elle lui a tendu ses lèvres et il l’a embrassée. Puis sa main s’est posée sur sa hanche et il l’a collée contre lui. Leurs ventres se sont touchés. Ils ont frémi. Et ils sont arrivés à destination. Ils étaient pressés maintenant. La porte de la chambre n’a pas été un obstacle bien longtemps. Et leurs vêtements non plus une fois refermée.

Et les voilà maintenant face à face. Aussi nus qu’ils pouvaient l’être. Un dernier réflexe de pudeur le pousse à masquer son sexe. Elle ne l’a pas et il la voit dans toute la plénitude de la quarantaine qu’il lui attribue. Mais l’âge est une donnée dépassée à ce moment. Seuls comptent leurs épidermes qui leur crient silencieusement leur désir de se retrouver l’un contre l’autre. 

Ils se regardent. Il est encore un peu emprunté. Alors elle prend les devants et vient déposer un doux baiser sur son torse. Avant de se placer derrière lui, son abdomen contre ses fesses, et de l’entourer de ses bras. Elle a maintenant les mains sur les siennes. Elle les laisse quelques secondes. Puis passe dessous pour venir effleurer son sexe. La pulpe de ses doigts est douce et ce contact le fait se tendre encore un peu plus. Il s’y attendait pourtant. Mais pas à ce que ça l’amène presque à la jouissance.

Il relâche finalement ses épaules et ses bras descendent le long de ses flancs. Il est vaincu. Elle peut maintenant faire de lui ce qu’elle veut. Il est à elle, corps et âme. 

Il l’est de toute façon depuis qu’elle s’est penchée vers lui et qu’elle lui a adressé la parole.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s